François Legault

ABI: Massé accuse Legault de saboter le rapport de force

Pour une quatrième journée consécutive, le premier ministre François Legault a donné des baffes au syndicat des travailleurs de l’ABI. Il a répété ses propos des derniers jours, jeudi, à l’Assemblée nationale, estimant que c’est au syndicat à se montrer plus raisonnable dans le conflit qui l’oppose à Alcoa depuis près de 15 mois. La porte-parole de Québec solidaire, Manon Massé, est quant à elle montée au front l’accusant de saboter le rapport de force des travailleurs.

«Le rôle d’un chef d’État, c’est de défendre les intérêts de son monde, des travailleurs et des travailleuses. Or, c’est l’inverse qui se produit dans le cas d’ABI. Non seulement Hydro-Québec subventionne depuis 14 mois un lock-out de plus de 200 millions $, mais en plus, M. Legault tourne le dos aux syndiqués en leur demandant de faire des “compromis” et en mettant tout son poids derrière le PDG d’Alcoa. Il sabote carrément le rapport de force. Résultat: grâce à la bénédiction du premier ministre, ABI a rejeté l’offre et le lock-out continue», a déploré Mme Massé, lors de la période de questions.

Le premier ministre a alors rappelé sa rencontre avec le syndicat et l’employeur lundi dernier. «Dans le dossier d’ABI, j’ai rencontré les deux parties. J’ai bien écouté le syndicat, bien écouté la direction, et je suis arrivé à la conclusion qu’il y a un problème du côté du syndicat.»

Même si cela ne fait pas partie des points qui achoppent, il a de nouveau fait mention du salaire des travailleurs, à la période des questions. «Des emplois à 92 000 $ comme on a chez ABI, ce sont des emplois qu’on veut, et actuellement, les demandes qui sont faites par le syndicat ne sont pas raisonnables. Si un jour, c’est la direction qui n’est pas raisonnable, je vais le dire, mais dans ce cas-ci, c’est le syndicat qui n’est pas raisonnable.»

Comme autre exemple des demandes syndicales, le premier ministre est revenu sur les 10 000 heures de libération syndicale. «Franchement, je trouve ça exagéré de demander 10 000 heures», a-t-il répété, mentionnant également que la Mauricie et le Centre-du-Québec perdent 500 millions $ en retombées économiques par année en raison de ce conflit. «Oui, je pense que c’est ma responsabilité de m’occuper du bien commun de ces deux régions importantes», a aussi déclaré M. Legault.

Plus tard, en entrevue téléphonique, Mme Massé a affirmé que l’attitude du premier ministre «est vraiment une attaque frontale envers les travailleurs et les travailleuses du Québec». «Il nous avait promis des bons emplois. Il a fait la campagne là-dessus.» Son attitude dans le conflit d’ABI est contraire à cette promesse, soutient-elle. «Que ce soit avec Sico ou Bombardier, on perd des jobs, et dans le cas d’ABI, il nous dit que les jobs sont trop payées et que le syndicat devrait mettre de l’eau dans son vin.»

Elle comprend d’ailleurs mal pourquoi le premier ministre remet toujours sur le tapis le salaire des travailleurs. «Quand Monsieur Legault était millionnaire, c’était correct de faire de l’argent. Pourquoi tout d’un coup, il faut pointer du doigt des travailleurs et des travailleuses qui ont dûment négocié à travers le temps leurs conditions de travail?»

Elle a aussi été surprise d’entendre le premier ministre s’étendre sur la question des heures de libération syndicale qui fait partie des points en négociation. «Depuis quand un premier ministre expose les objets d’une négociation entre un employeur et ses employés? C’est préoccupant pour la classe populaire. Ce qu’on demande au gouvernement, c’est minimalement de rester neutre. Ce n’est pas la job de l’État de négocier sur la place publique.»

Les propos de M. Legault ont aussi fait réagir le Parti libéral. «La prise de position du premier ministre dans le conflit d’ABI est déplorable. Son rôle est de faciliter les discussions pour trouver une solution, pas de se ranger derrière la partie patronale», a écrit sur Twitter, Jean Rousselle, porte-parole de l’opposition officielle en matière de travail.

Rappelons qu’Alcoa a refusé la contre-offre du syndicat, mercredi. Elle a de plus laissé planer la menace de fermer la dernière série de cuves de l’Aluminerie de Bécancour.