Le ministre du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité, Jean Boulet, en entrevue éditoriale au Nouvelliste.

ABI: le rejet de l’offre recommandé

BÉCANCOUR — Lors de l’assemblée générale prévue mardi prochain, l’exécutif de la section locale 9700 du Syndicat des Métallos recommandera à ses membres le rejet de l’offre finale et globale déposée par la haute direction de l’Aluminerie de Bécancour.

Du côté syndical, on ne veut ni confirmer, mais ni infirmer cette information. Mais le député de Nicolet-Bécancour, Donald Martel, a appris que sur la ligne de piquetage, les lockoutés sont invités à rejeter la proposition patronale.

«J’ai eu des échos des travailleurs qui ont été visités par des militants, j’imagine, pour dire qu’il va falloir qu’on refuse la proposition», rapporte le représentant caquiste.

Pour lui, il s’agit d’un pari risqué incompréhensible. «Je trouve que ça ressemble à du dogmatisme syndical. Que le syndicat recommande de voter contre parce que l’offre n’est pas bonne, je peux comprendre, c’est une chose, mais de recommander de refuser l’offre parce qu’elle n’a pas été négociée... Ça fait 18 mois. Je fais confiance aux travailleurs. Ils vont regarder l’offre et si la proposition est acceptable, j’imagine qu’ils vont l’accepter. Je ne perds pas espoir. Je fais confiance au jugement des employés, des syndiqués, mais j’ai beaucoup d’incompréhension à une recommandation défavorable du syndicat. Ils ont le droit, mais j’ai beaucoup d’incompréhension par rapport à ça», ajoute M. Martel.

Celui-ci évoque l’impact d’une telle position. «C’est des relations de travail, je respecte ça. Si jamais il y avait une fermeture de l’usine, c’est 20 % des recettes fiscales de la Ville de Bécancour, il y a un paquet de sous-traitants, ça touche beaucoup de monde. Je demande aux syndiqués de réfléchir à tout ça. Ils ont une occasion exceptionnelle de retourner au travail dans les prochaines semaines. Si l’offre leur semble satisfaisante, j’espère qu’ils vont l’accepter. Pour moi, de la refuser parce que ça n’a pas été négocié, je ne peux pas comprendre ça», souligne-t-il.

«Il n’y aura pas de meilleure offre, on va fermer la dernière série. Est-ce que les gens sont prêts pour attendre encore un an et rentrer à quelle condition? Un tiens vaut mieux que deux tu l’auras», renchérit le député.

Selon le ministre du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale, Jean Boulet, l’ABI risque d’être fermée longtemps si les lockoutés décidaient de rejeter l’offre finale et globale de l’employeur mardi prochain, en assemblée générale. «Si l’offre est acceptée, cela mettra fin à un conflit aux répercussions sociales, humaines et économiques que j’ai souvent décrites. Sinon, ce n’est pas un secret, ils vont fermer la dernière série de cuves qui est en opération et on peut parler pour le très long terme. J’invite les salariés à évaluer le risque qui peut découler d’un rejet. Je souhaite que le vote se déroule dans un contexte de libre expression de l’ensemble des salariés. La balle est dans leur camp. Je me fie totalement au Syndicat des Métallos pour bien présenter l’offre finale», a-t-il prévenu vendredi lors d’une entrevue éditoriale au Nouvelliste.

Ce dernier signale «qu’on vit dans un contexte de relations de travail où le syndicat a un monopole de représentation des salariés». «Ceci dit, la balle est quand même dans le camp des salariés. Ils vont, eux aussi, avoir l’opportunité d’analyser l’offre finale, de se faire une opinion que je souhaite libre et éclairée, et de voter dans des règles de démocratie syndicale. Je pense qu’il y a quand même des avancées significatives dans cette offre-là pour le régime de retraite, pour les libérations syndicales, pour le délai de retour au travail, pour la sous-traitance. Donc, les salariés vont se faire une tête, et ils vont décider et ils vont voter. S’ils décident de rejeter, moi, je vais respecter cette décision-là, comme je respecte la recommandation de rejet de l’exécutif syndical. Pour moi, c’est une prérogative du syndicat», poursuit le ministre régional.

En même temps, il dit souhaiter le règlement du dossier. «C’est un lock-out qui dure depuis le 11 janvier 2018, il y a des répercussions extrêmement importantes, les salariés, les familles, les commerces, l’économie, le PIB. Les activités générées par ABI, ça représente à peu près 500 millions de dollars. Or, il faut en tenir compte», soutient-il.

Par ailleurs, c’est une négociation qui lui apparaît assez traditionnelle, «qui ne s’appuie pas sur les intérêts des parties, mais sur leurs positions, avec un climat de relations de travail qui est assez particulier, qui n’est pas basé sur la confiance entre les parties». «Il y a beaucoup de méfiance, il y a des dynamiques de personnalités qui ne sont pas évidentes non plus», constate le député de Trois-Rivières.

Dans l’éventualité d’un rejet de la proposition patronale, il n’entend pas baisser les bras pour autant. «Cela ne m’empêchera pas d’essayer de trouver d’autres alternatives», affirme Jean Boulet.

Entre autres, il y a toujours la possibilité d’un arbitrage de différend, mais cette option, qui était souhaitée par le Syndicat, exige l’accord des deux parties. Or, cette avenue n’a jamais été privilégiée par Alcoa. «Et je n’imposerai pas l’arbitrage de différend et il n’y aura pas de loi spéciale», a-t-il répété.

Et il y a toujours le recours possible à l’article 58.2 du Code du travail. Cela autoriserait l’employeur à demander au Tribunal administratif du travail de faire tenir un vote sur ses offres, et ce, dans un environnement contrôlé. «J’ai toujours cherché à concilier les intérêts de tout le monde», tient-il à rappeler.

Finalement, M. Boulet ne cache pas sa déception face à la tournure des événements. «On va voir, l’assemblée générale a lieu le 2, mardi prochain. On va attendre le résultat. J’anticipe que ça avance, je joue un rôle de facilitateur, je donne tous les outils qui sont à ma disposition, je fais toutes les interventions que je peux faire pour aider les parties, mais là, je ne peux pas non plus me mettre à leur place», a-t-il conclu.