Le ministre du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité, Jean Boulet, est à préparer son hypothèse de règlement dans le dossier d’ABI.

ABI: le ministre Boulet planche sur son hypothèse de règlement

Bécancour — Après 15 mois, le lock-out à l’Aluminerie de Bécancour pourrait connaître un nouveau rebondissement avec le dépôt prochain d’une hypothèse de règlement par le ministre du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale, Jean Boulet.

«Je travaille là-dessus, à finaliser mon hypothèse de règlement et j’anticipe pouvoir la présenter aux parties. J’aimerais ça la semaine prochaine. Ça va peut-être être l’autre, je vais voir. Mais j’ai à peu près complété. Ce sera d’ici deux semaines. C’est clair qu’il va en avoir une», a laissé entendre le député de Trois-Rivières.

Il s’agit pour lui d’une autre étape «pour permettre aux parties de se rapprocher». «Je le vois comme une contribution pour permettre aux parties d’en venir à une entente, susciter une reprise du dialogue. Je veux continuer de jouer un rôle de facilitateur. C’est l’un des outils que j’ai dans mon coffre pour permettre aux parties de régler ce dossier-là, qui est devenu d’intérêt public», expliquait récemment le ministre régional.

«Une hypothèse de règlement, moi, je la considérerais acceptable et raisonnable, respectueuse du code du travail, de la jurisprudence, d’entreprises similaires qui travaillent dans le même environnement, qui permettrait aux parties de respecter les cinq objectifs que j’ai identifiés, de flexibilité, productivité, stabilité des jobs, pérennité de l’usine et climat de communication. Moi, je veux vraiment que cette hypothèse-là contribue à, soit un règlement, ou à un rapprochement des parties, parce que je ne veux pas forcer les parties à présenter ça à leur mandat respectif. Elles auront à prendre des décisions. Je veux vraiment demeurer extrêmement actif dans ce dossier-là», avait-il aussi déjà précisé.

Par ailleurs, le ministre Boulet avait aussi souligné par le passé que les parties ne sont pas obligées d’accepter son hypothèse de règlement. «Ce n’est pas de quoi que j’impose, mais que je propose. On va à une étape ultérieure. Je ne peux pas aller plus loin», avouait-il dernièrement.

«Ce qu’on veut, c’est une entente négociée, pas une hypothèse de règlement. On en a fait une hypothèse de règlement et l’employeur n’a pas daigné la regarder pour la discuter avec nous», a déjà fait savoir le président de la section locale 9700 des Métallos, Clément Masse.

Pour sa part, la direction de l’ABI, qui a déjà refusé l’avenue de l’arbitrage, considère que les processus alternatifs ne sont pas les solutions appropriées pour résoudre le conflit.

Devant l’impasse dans les négociations, le Syndicat des Métallos vient de lancer une campagne mondiale pour soutenir le millier de travailleurs concernés. Leur président syndical, Clément Masse, est toujours en Australie pour s’adresser aux délégués du Congrès de l’Australian Workers Union (AWU), le plus grand syndicat australien qui représente des travailleurs de Rio Tinto et Alcoa sur le continent. La semaine dernière, le président de la section locale 9700 avait eu l’occasion d’expliquer le conflit aux Métallos de tout le Canada, réunis en congrès d’orientation à Vancouver.

«Alcoa est fermée à toute négociation, ils ne cessent d’ajouter de nouvelles demandes et cherchent à casser notre syndicat. L’appui des syndiqués de partout fait la différence pour résister à cette multinationale», avait-il commenté.

C’est à cette occasion que les leaders des Métallos de l’Amérique du Nord, du Canada et du Québec auront annoncé une campagne mondiale pour soutenir les lockoutés d’ABI.

«Là où Alcoa a des installations, des fournisseurs, des clients, nous irons. Ça prendra le temps qu’il faut, mais on va leur montrer qu’ils doivent conclure un contrat négocié avec les travailleurs d’ABI», lançait le président du syndicat international des Métallos, Leo Gerard.

«La seule façon de gagner ce bras de fer, c’est en montrant à Alcoa qu’on est unis. Nous sommes unis derrière les lockoutés de Bécancour pas juste au Québec, au Canada et aux États-Unis, mais dans le monde», renchérissait le directeur canadien des Métallos, Ken Neumann.

De son côté, le directeur québécois des Métallos, Alain Croteau, confirmait que des lockoutés se rendront également à Pittsburgh le 8 mai prochain pour l’assemblée des actionnaires. «Alcoa pense forcer les lockoutés à rentrer à genou. Ils font un mauvais calcul. C’est mal les connaître et c’est mal connaître les Métallos», déclarait-il.

Tant la préparation d’une hypothèse de règlement par Jean Boulet que le lancement d’une campagne mondiale par les Métallos se déroulent dans un contexte politique où le premier ministre François Legault a ouvertement critiqué les demandes syndicales. Plus d’une fois, le chef du gouvernement québécois a affirmé la semaine dernière que le Syndicat n’était pas raisonnable.