L'Aluminerie de Bécancour est en lock-out depuis janvier.

ABI: la direction porte plainte à la police

TROIS-RIVIÈRES — La température semble monter de quelques degrés dans le conflit de travail à l’Aluminerie de Bécancour. La direction de l’entreprise fait appel à la police de Trois-Rivières pour enquêter sur un présumé cas d’intimidation et de vol d’information commis par des syndiqués lors d’une manifestation tenue vendredi dernier.

Quelque 40 travailleurs ont su qu’une rencontre privée de la partie patronale avait lieu dans un édifice de la rue Notre-Dame et ont décidé de manifester à cet endroit. Selon un communiqué émis lundi par la direction d’ABI, ces syndiqués «ont procédé à des techniques d’intimidation, effectué du vol d’information, extirpé des renseignements personnels des employés présents, tels que leurs numéros de téléphone, et les ont empêchés de poursuivre leur travail».

Voilà pourquoi ABI a porté plainte à la police de Trois-Rivières, un dossier qui s’ajoute à des plaintes remises antérieurement à la Sûreté du Québec.

«On est à l’examen de la plainte et l’enquête va débuter par la suite», confirme l’agente Carole Arbelot, porte-parole de la police de Trois-Rivières.

La sergente Éloise Cossette, porte-parole de la SQ, raconte que des plaintes ont été acheminées à la suite de nombreuses interventions menées entre autres près du piquet de grève où des syndiqués ralentissaient le passage de cadres.

«Je n’ai pas le nombre exact, mais il y a eu des plaintes criminelles qui ont été déposées de part et d’autre pour des voies de fait, des méfaits sur des véhicules, un cas de vol sur un véhicule», dit la sergente Cossette, en ajoutant qu’un dossier concernant des voies de fait a été soumis au directeur des poursuites criminelles et pénales, mais qu’aucune accusation n’a été portée.

L’agente Arbelot précise que personne n’a été arrêté à la suite de la manifestation à Trois-Rivières et que les syndiqués ont bien collaboré lorsque la police a procédé à leur expulsion des lieux à la demande des dirigeants d’ABI.

Le communiqué émis par ABI mentionne que la direction n’émettra aucun autre commentaire par rapport à ce sujet. Cette façon de sortir sur la place publique semble faire sourciller Clément Masse. Selon le président du syndical local, ABI tente seulement de discréditer les travailleurs en lançant ce genre d’information.

«Ça fait partie de leur stratégie. C’est assez rare qu’ils communiquent avec les médias. L’employeur dépose une plainte à la police et prend la peine de faire un communiqué», analyse M. Masse.

Ce dernier était absent de la manifestation de vendredi. Mais selon le compte rendu qui lui a été fait, les observations sont bien différentes de celles d’ABI.

«Les gens ont manifesté poliment durant une demi-heure. Les policiers étaient présents quand on manifestait et personne n’a été arrêté ou ne s’est fait dire qu’on faisait des choses illégales. Il n’y a pas eu de bousculade, de violence verbale. Pour nous, ça a été une manifestation pacifique. Les gens ont manifesté le désir que les négociations reprennent.»

M. Masse ne croit pas que la tension monte beaucoup dans ce conflit de travail.

«Ça reste contrôlé. Parfois sur la ligne de piquetage, ça a été plus tendu dépendamment des moments du conflit. C’est assez calme malgré un conflit qui dure depuis 10 mois où les gens pourraient avoir tendance à perdre patience.»

Selon M. Masse, cette manifestation menée à l’extérieur des installations fait partie des activités de piquetage secondaire, comme il s’en fait devant la maison de cadres.

«Tout ce qu’on fait est légal, déclare le président syndical. On va continuer de manifester et de mettre de la pression sur l’employeur, les actionnaires, les politiciens, pour que l’employeur négocie de bonne foi», raconte M. Masse, qui s’attend à parler d’ici peu à Jean Boulet, député de Trois-Rivières et ministre du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale.

D’ailleurs, les syndiqués viennent d’écrire aux actionnaires d’Alcoa, avançant que l’entreprise n’aurait pas subi un déficit de 41 millions de dollars si ABI produisait à plein régime. Le syndicat réclame l’intervention des actionnaires et du conseil d’administration.

Pour sa part, Donald Martel trouve malheureux que la tension monte entre les syndiqués de l’Aluminerie de Bécancour et l’employeur.

«Ce n’est pas si étonnant. Ça va faire dix mois bientôt. Ce conflit est long et sérieux. Ce que j’ai envie de dire, c’est: ne faites rien qui peut vous éloigner davantage», a commenté le député de Nicolet-Bécancour.

Celui-ci rappelle aux parties «qu’on a un nouveau gouvernement». «Ça va être le dossier de Jean Boulet. Il est dans son domaine. Il a la confiance du premier ministre et j’ai confiance en lui. M. Legault lui a demandé de travailler ce dossier-là en priorité. J’ai parlé avec Jean pour lui offrir toute ma collaboration. On peut amener des choses constructives, des bonnes propositions, des façons de faire, mais c’est évident que si les parties continuent à s’éloigner comme ça, ça va être plus difficile», admet M. Martel.

«Je leur dis: donnez-nous une chance, c’est vous autres qui allez le régler, pas nous, mais on pense qu’on est capable de vous donner un coup de main. Mais les gestes d’éloignement vont rendre la tâche beaucoup plus difficile», a-t-il conclu.

Avec la collaboration de Marc Rochette