À Lévis, depuis le début de la crise de la COVID-19, les pompiers, mais aussi des employés d’autres services, appellent les citoyens de la municipalité pour savoir comment ils vont.
À Lévis, depuis le début de la crise de la COVID-19, les pompiers, mais aussi des employés d’autres services, appellent les citoyens de la municipalité pour savoir comment ils vont.

À Lévis, briser l’isolement, un appel à la fois

«Bonjour, je m’appelle Simon Vadboncoeur, je suis pompier pour la Ville de Lévis». En général, si les pompiers appellent à votre domicile, c’est que quelque chose ne va pas. À Lévis, depuis le début de la crise de la COVID-19, les pompiers, mais aussi des employés d’autres services, appellent les citoyens de la municipalité pour savoir comment ils vont.

La Ville de Lévis a mis en place deux projets, baptisés «Ça va bien aller» et «Arc-en-ciel», pour s’assurer du bien-être de ses citoyens en cette période de pandémie. Depuis le début avril, les employés ont déjà joint plus de 14 000 foyers.

«Comment se déroule votre confinement? » poursuit le pompier Vadboncoeur au bout du fil. Cet appel de courtoisie se fait dans le cadre du projet «Arc-en-ciel». Une soixantaine d’employés de la ville, tous volontaires, ont pour mission d’appeler les foyers lévisiens et de répondre aux questions qu’ils pourraient avoir.

«Les gens sont heureux de recevoir cet appel, indique Simon Vadboncoeur. Dans la majorité des cas, les citoyens sont bien informés et se sont adaptés à la situation. On me répond souvent qu’ils écoutent M. Legault tous les jours lors de sa conférence.» Les interrogations sont davantage au niveau de la reprise des services municipaux que sur la pandémie, souligne-t-il. Pour cela, les participants du projet peuvent rediriger les citoyens vers le 211, des services existants ou des organismes partenaires.

La famille

Au-delà des questions, les citoyens contactés sont tout simplement très heureux de pouvoir discuter. «Une dame m’a passé sa mère de 97 ans au téléphone, relate Caroline Labrecque, commis au Service des bibliothèques de la Ville et participante du projet. Elle était très contente de recevoir cet appel, de me raconter sa méthode pour garder le moral à travers l’humour ou encore de me parler de ses enfants.»

Ces appels permettent aussi aux Lévisiens de se confier sur leur quotidien. Une thématique revient souvent dans les discussions : celle de la famille et, parfois, son absence. «J’ai eu une fois une personne seule dont le conjoint était malheureusement décédé, confie Caroline Labrecque. Elle était tout simplement contente de pouvoir échanger avec quelqu’un.»

Pour Simon Vadboncoeur, c’est un appel avec des grands-parents en résidence pour personnes âgées qui l’a marqué. «Ils m’ont confié avoir très hâte d’enfin revoir leurs petits-enfants, indique-t-il. Une aide-soignante leur met en place une discussion vidéo une fois par semaine avec leur famille en attendant d’être réunis.»

Ces situations d’éloignements familiales affectent aussi des volontaires du projet «Arc-en-ciel». «Je m’ennuie des colleux de mon garçon de trente ans, confie Caroline Labrecque. Donc quand on appelle les gens, on peut comprendre ce qu’ils vivent et on est empathique.» Montréalais d’origine, Simon Vadboncoeur n’a de son côté pas encore pu retourner rendre visite à sa petite nièce dans la métropole.

«Pensez-vous éprouver des problèmes d’isolement social en cette période?» poursuit l’employé à l’autre bout de la ligne téléphonique. Cette question capitale permet de dénicher des situations nécessitant un suivi additionnel. Une minorité de cas est signalée au deuxième projet de la ville : «Ça va bien aller».

«Ca va bien aller»

Tirant son nom de la phrase symbole de la lutte contre la pandémie, ce projet permet de recevoir un appel hebdomadaire personnalisé afin de lutter contre l’isolement social. Il est possible de s’inscrire soi-même à ce service, ou qu’un tiers s’en charge. Jusqu’à maintenant, une vingtaine de citoyens se sont inscrits au projet «Ça va bien aller».

Secrétaire de gestion au Bureau de la performance de la Ville, Hélène Trudel s’occupe aussi d’appeler une douzaine de citoyens isolés. «On me répond souvent : “J’attendais votre appel” en décrochant », précise-t-elle. Activités de la fin de semaine, animal de compagnie, ou nouvelles des enfants, Hélène Trudel jase de tout, sans compter les minutes. «On prend le temps qu’il faut pour parler, explique-t-elle. À force de discuter, on crée aussi des liens avec ces personnes.»

Les intervenants du projet sont là pour écouter et briser l’isolement. «J’ai été touché par la facilité à laquelle les gens se sont ouverts, indique Kathleen Gosselin, participante au projet et commis-secrétaire à la Direction des affaires juridiques et du secrétariat corporatif. À force de discuter, l’un de mes interlocuteurs, qui a vécu plusieurs épreuves dans sa vie, s’est rendu compte qu’il était résilient. Je l’ai senti plus fort ensuite.»

La majorité des bénéficiaires de ce service sont des femmes et des hommes dans la soixantaine. Il y a aussi quelques jeunes. «J’ai suivi un jeune homme isolé, qui avait quitté son travail et qui était loin de sa famille, décrit Hélène Trudel. Il a fini par retrouver du travail et m’a appelé personnellement pour me dire qu’il n’avait plus besoin du service. J’étais contente pour lui.»

Dans les cas qui le nécessitent, l’intervenant peut recommander l’individu à des travailleurs sociaux.

La Ville de Lévis compte maintenir ses deux initiatives pour la durée de la pandémie.