Des responsables de services de garde en milieu familial syndiquées à la CSQ ont manifesté à Québec, mardi.
Des responsables de services de garde en milieu familial syndiquées à la CSQ ont manifesté à Québec, mardi.

À la manifestation des services de garde en milieu familial, des intervenantes fatiguées [VIDÉO]

Guillaume Mazoyer
Guillaume Mazoyer
Le Soleil
La grève tournante des responsables en services éducatifs en milieu familial (RSE), qui touche 1500 d’entre eux des régions de la Capitale-Nationale et de Chaudière-Appalaches, a débuté tôt mardi matin. Une centaine de manifestants s’est retrouvée au parc de l’Amérique française à Québec pour ensuite se rendre devant le Parlement dénoncer leurs conditions de travail.

«Pour montrer que nous sommes essentielles, on a décidé de fermer aujourd’hui et d’être présentes devant le Parlement, explique Claudine, RSE. On passe à l’action parce qu’on aime notre travail.»

À leur arrivée au rassemblement, les RSE se font distribuer des frites de piscines qui ont un double-emploi : pour faire du bruit, mais aussi pour aider à se distancier les uns et les autres, la longueur d’une frite. C’est aussi un rappel que la pandémie rajoute un aspect contraignant aux négociations. «Le gouvernement vient d’annoncer que s’il y avait une deuxième vague à l’automne, les garderies resteraient ouvertes. Il a besoin de nous, mais il ne reconnaît pas notre travail et notre statut, explique Brigitte, une autre RSE présente au rassemblement. On est fatigué de la charge de travail et de ne pas être reconnu à notre juste valeur.»

La dernière entente avec le gouvernement s’est conclue en mars 2019 et n’a pas encore été renouvelée. Il y a eu une quarantaine de rencontres depuis entre le ministère de la Famille et la Fédération des intervenantes en petite enfance (FIPEQ) affiliée à la Centrale des syndicats du Québec (CSQ), mais c’est l’impasse, selon la présidente de la CSQ, Sonia Ethier.

Salaire

«Ils veulent nous traiter comme si on était des petites installations, mais nous on travaille à la maison, on est toute seule pour tout faire, tandis que dans les installations, chaque employé a sa tâche d’assignée, poursuit Brigitte. Nous on fait de la désinfection, du ménage, on s’occupe des enfants, on prépare les programmes, et bien d’autres choses. Tout ça, pour être payée en dessous du salaire minimum.»

Le nerf de la guerre est le salaire. Les RSE touchent 12,42 $, un montant inférieur au salaire minimum qui est de 13,10 $ depuis le 1er mai dernier. «Il faut que le gouvernement bouge sur les sommes ridicules qu’il entend donner à nos intervenants», dénonce Sonia Ethier.

La FIPEQ CSQ demande un salaire horaire de 16,75 $. «Ça correspond au premier échelon en centre de la petite enfance (CPE), indique la présidente de la FIPEQ CSQ Valérie Grenon. Demain matin, notre responsable ferme son milieu et s’en va en CPE, c’est le salaire qu’elle va faire pour le même travail auprès des enfants. Imaginez quand elle est en milieu familial, elle a beaucoup d’autres tâches que de s’occuper du développement des enfants. »

Toutes les personnes présentes au rassemblement portaient un masque de clown triste. Elles n’entendent pas à rire aujourd’hui, comme elles ont pourtant l’habitude de faire. «On aime notre travail, mais on a toujours été sous-payé, relate Josée Labrecque, RSE. Comme on travaille à la maison, il [le gouvernement] pense qu’on n’a pas de dépense d’auto ni de commission, il s’imagine qu’on est dans le grand luxe. Mais la réalité c’est qu’on est mal payé et qu’on fait de grosses journées.»

Selon la présidente du FIPEQ CSQ, le ministre de la Famille, Mathieu Lacombe, estimerait que les intervenantes sont suffisamment bien rémunérées, car elles travaillent depuis leur maison. «À l’entendre parler, ce n’est pas grave s’il y a des milieux familiaux qui ferment même si le nombre de demandes de places de 0 à 5 ans au Québec ne fait qu’augmenter. Je crois qu’il ne croit pas en notre réseau, alors qu’il devrait en tant que ministre de la Famille le valoriser», indique Valérie Grenon, présidente de la Fédération des intervenantes en petite enfance du Québec.

La députée de Sherbrooke et responsable en matière de petite enfance pour Québec Solidaire, Christine Labrie, estime que les conditions de travail des intervenantes en petite enfance se sont dégradées dans les dernières années. «Les intervenantes en petite enfance sont le premier maillon de notre système d’éducation et offrent un service essentiel, mais la CAQ persiste à les traiter comme des gardiennes. Ce n’est pas étonnant qu’elles quittent le milieu par centaines et que les parents s’arrachent les cheveux pour trouver une place», indique la députée. «D’ailleurs, leurs conditions se sont dégradées dans les dernières années parce qu’on leur a ajouté de nouvelles responsabilités, par exemple le dossier éducatif, sans prévoir du temps pour qu’elles puissent le faire», poursuit-elle.


« On aime notre travail, mais on a toujours été sous-payé. Comme on travaille à la maison, il [le gouvernement] pense qu’on n’a pas de dépense d’auto ni de commission, il s’imagine qu’on est dans le grand luxe. Mais la réalité c’est qu’on est mal payé et qu’on fait de grosses journées »
Josée Labrecque, responsable en services éducatifs en milieu familial

Pour Josée, RSE, le métier a beaucoup évolué depuis 30 ans. «Avant les gens voyaient ça différemment, c’étaient des gardiennes, mais aujourd’hui ce n’est plus du tout ça, indique-t-elle. Ça demande beaucoup de logistique.» Marie, elle, se dit surchargée par les nouvelles tâches, particulièrement administratives. «En plus de toutes les autres choses à faire, on doit remplir de nombreux formulaires», déplore-t-elle.

Les négociations entre les deux parties concernées doivent reprendre cette semaine. Le ministre de la Famille a déjà déploré que des parents et des tout-petits aient à subir de tels moyens de pression.

La grève tournante, après la région de Québec-Chaudière-Appalaches mardi, se déplacera dans la région de Laval-Lanaudière mercredi et dans l’ensemble des autres régions du Québec jusqu’au 18 septembre. Si les négociations s’enlisent à nouveau, une grève générale illimitée sera déclarée pour le 21 septembre.