Michel Letellier, président et chef de la direction d’Innergex

630 M$ pour des éoliennes entièrement québécoises

GASPÉ — Les municipalités de la Gaspésie et des Îles-de-la-Madeleine pourraient s’offrir une participation dans les cinq parcs éoliens de Cartier que la québécoise Innergex vient de racheter en totalité à l’albertaine TransCanada.

Innergex a annoncé jeudi matin qu’elle achète, au coût de 630 millions $, la participation de TransCanada dans cinq parcs gaspésiens totalisant 589,5 mégawatts (MW). L’albertaine détenait 62% de l’actif; Innergex ajoute donc, au net, près de 366 MW à son portefeuille. 

La québécoise devient aussi propriétaire à 100% des entités qui exploitent ses parcs de Baie-des-Sables, Gros-Morne, montagne Sèche, L’Anse-à-Valleau et Carleton. TransCanada en possédait 50 %.

Innergex estime que ces ajouts rapporteront annuellement 82,9 millions $ en produits projetés, dont 68,4 millions $ en bénéfices avant intérêts, impôts et investissements (BAIIA).

Facilités de crédit

L’entreprise a obtenu des facilités de crédit à court terme pour couvrir le prix d’achat et les frais de transaction. Elle souhaite en rembourser 240 millions $ en cédant une participation minoritaire dans les parcs Cartier et dans d’autres actifs.

Une option qui intéresse la Régie intermunicipale de l’énergie Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine, indique son directeur général, Gilbert Scantland : «C’est quelque chose qu’on examine. On a eu des discussions préliminaires avec Innergex […]. On va sûrement relancer les discussions à la fin de l’été.»

La Régie, qui regroupe 37 municipalités, possède encore une capacité d’investissement de 100 millions $ grâce à la valeur foncière dans ces localités. Elle est déjà partenaire communautaire dans les parcs Le Plateau 2 et Roncevaux dans la MRC d’Avignon ainsi que du parc Nicolas-Riou au Bas-Saint-Laurent. Elle distribue des profits d’environ 3 millions $ par an aux municipalités membres.

COMME BORALEX

M. Scantland fait le parallèle entre la transaction d’Innergex et celle survenue récemment entre la québécoise Boralex et l’américaine Invenergy. «Ça démontre la maturité de l’industrie. C’est une occasion d’affaires à long terme pour les entreprises québécoises, qui ont confiance dans l’industrie éolienne», dit-il.

Le 20 juin, la québécoise Boralex a annoncé qu’elle rachetait la participation d’Invenergy dans cinq parcs éoliens en Gaspésie et dans la Chaudière-Appalaches, au coût de 215 millions $. La Régie est partenaire de deux de ces parcs.

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LES MUNICIPALITÉS, «UN PARTENAIRE IDÉAL»

Le président et chef de la direction d’Innergex, Michel Letellier, verrait «d’un très, très bon œil» la prise d’une participation minoritaire par les municipalités gaspésiennes dans ses cinq parcs éoliens de la région. «On serait honorés», dit-il, qualifiant la Régie intermunicipale de l’énergie Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine de «partenaire idéal».

L’entreprise veut continuer à exploiter les parcs à l’échéance des contrats d’achat d’électricité, entre 2026 et 2032. «Cartier a fait un entretien préventif de ces machines […]. On pense qu’au-delà des 20 ans [du contrat], on peut continuer au moins 10 ans avec les turbines existantes», estime le président. 

Ces contrats d’achat avec Hydro-Québec ne sont pas renouvelés de façon automatique, admet M. Letellier. «On parle un peu de surplus [d’énergie], mais dans 10 ans, ils devraient avoir été épongés. Forcément, ça va dépendre du prix […]. On a confiance de trouver un terrain d’entente avec Hydro-Québec.»

Fondé en 2004, le consortium Cartier énergie éolienne, formé de TransCanada et d’Innergex, avait remporté la part du lion, soit 72 % de la puissance à installer, lors du premier appel d’offres d’Hydro-Québec pour de l’énergie éolienne, lancé en 2003.

À l’époque, cet appel d’offres était une «grosse bouchée» pour Innergex seule, dit M. Letellier. Depuis, elle a grandi et a développé sa propre expertise. Innergex atteindra sa cible de 2000 MW nets grâce à la transaction avec TransCanada, et s’attend à atteindre 2500 MW d’ici 2020.