La très grande majorité des expositions surviennent avec une mauvaise manipulation des seringues.

291 employés du CIUSSS touchés par des liquides biologiques

Près de 300 employés du CIUSSS de l’Estrie-CHUS ont subi des expositions aux liquides biologiques des patients entre le 1er avril 2017 et maintenant. Ils ont ainsi été exposés à contracter des maladies du sang comme le VIH ou des hépatites. Il n’y a toutefois eu aucune séroconversion sur ces 291 expositions, c’est-à-dire qu’aucun employé n’est tombé malade après une piqûre sur une seringue par exemple.

De ce nombre de cas, 227 expositions percutanées ont été réalisées, contre 64 expositions mucocutanées. Les expositions percutanées correspondent à des expositions qui impliquent pour l’employé une perforation de la barrière cutanée (piqûre, coupure, morsure...), alors que les expositions mucocutanées correspondent à des expositions où les liquides biologiques ont été en contact avec une muqueuse de l’employé : projection dans les yeux, la bouche ou une plaie non cicatrisée.

« Dès qu’un employé est exposé, peu importe la façon, la procédure est la même : une infirmière clinicienne en prévention en santé et sécurité au travail fait immédiatement un suivi. Chaque événement déclenche un processus. L’employé reçoit les vaccins nécessaires, et il y a tout un protocole qui est mis en place pour assurer sa sécurité », souligne André Jalbert, chef de service au service de proximité, volet prévention et santé-sécurité au CIUSSS de l’Estrie-CHUS.

Lorsque le risque d’infection est élevé, l’employé est souvent dirigé vers la salle d’urgence, où la notion de trithérapie doit être déclenchée dans les deux heures suivant l’exposition aux liquides biologiques.

Qu’est-ce qui distingue « un événement significatif » d’un événement qui ne l’est pas?

« Si un employé se fait cracher dans la bouche ou dans les yeux, oui il y a un doute et le protocole doit être appliqué. S’il se fait cracher sur un bras sain, non, le risque est faible », souligne M. Jalbert.

L’infirmière en prévention en santé et sécurité au travail jouera, au cours des jours ou des semaines suivantes, un rôle essentiel auprès de l’employé dans le but de le rassurer et de veiller à ce qu’il reçoive tous les soins requis.

« Nous avons un protocole post-expositions aux liquides biologiques pour accompagner les employés », ajoute le chef de service.

Quelles sont les principales causes de ces expositions qui causent un grand stress aux employés?

« La très grande majorité des expositions surviennent avec une mauvaise manipulation des seringues. Il y a des consignes qu’on donne par rapport aux seringues : par exemple, on ne remet pas le bouchon sur la seringue. On doit faire beaucoup de sensibilisation à ce niveau », ajoute André Jalbert.

« On parle de 227 expositions percutanées dans une année. C’est beaucoup, c’est trop, mais quand on pense au nombre de seringues qui sont utilisées sur l’ensemble des établissements du CIUSSS de l’Estrie-CHUS, c’est quand même assez peu », ajoute-t-il.

Rappelons qu’il y a environ 17 000 employés au CIUSSS.

La Tribune a par ailleurs vérifié avec une dizaine d’autres CIUSSS à travers la province. S’il est difficile de comparer les données puisque le nombre d’employés et le nombre d’établissements varient beaucoup d’un CIUSSS à l’autre, force est de constater que le CIUSSS de l’Estrie-CHUS s’est tout de même trouvé dans la moyenne supérieure pour de tels incidents au cours de la dernière année. Notons toutefois que le CIUSSS de l’Estrie est l’un de ceux qui comptent le plus grand nombre d’employés dans tous les établissements du Québec.

Consigne claire

Certaines clientèles sont plus à risque de contaminer les employés, lors de crises notamment. La présence de masques anti-crachats est notamment souhaitée par des employés du département de psychiatrie.

« Les crises sont souvent imprévisibles. C’est après qu’on se dit : ç’aurait pris un masque. On doit travailler en prévention, avec une approche centrée sur l’usager », souligne André Jalbert.

Deux employés ont contacté La Tribune pour souligner que, lors d’une exposition muccocutanée, ils n’avaient pas eu le sentiment d’être pris au sérieux par leur direction.

« La consigne de la direction est très claire pourtant : une déclaration doit être faite lors d’un événement. Et ce ne sont pas les gestionnaires qui doivent décider si l’événement est significatif ou non. Ce sont les médecins et l’employé. Si l’employé n’est pas bien là-dedans, s’il a le moindre doute, le protocole doit être immédiatement appliqué. Notre consigne est claire et c’est : ne prends de chance », ajoute le chef de service.

Le service de prévention et de santé et sécurité au travail du CIUSSS de l’Estrie-CHUS a amassé beaucoup d’informations au cours de la dernière année. Dans le courant de la prochaine, l’infirmière clinicienne du service aura comme mandat de travailler en prévention, notamment sur la manipulation adéquate des aiguilles.

« Nous allons aussi travailler à uniformiser les bonnes pratiques à travers l’ensemble des établissements du CIUSSS de l’Estrie-CHUS », ajoute-t-il.
« Ce type d’incident était pris au sérieux dans toutes les installations avant la fusion; c’était un dossier qui était déjà bien pris en main », souligne André Jalbert.

Les employés ont une grande responsabilité dans ce genre d’incident, insiste le chef de service : il faut remplir des déclarations. « C’est un enjeu que nous avons dans plusieurs sphères de la santé et de la sécurité au travail. Les employés doivent faire leur part pour que l’on puisse faire les ajustements nécessaires », ajoute-t-il.