Le professeur Romain Chesnaux, ingénieur Ph.D. au Département des sciences appliquées de l’UQAC, a travaillé en collaboration à l’étude partiellement financée par la Fondation Suzuki.

11% des puits fermés de gaz de schiste fuient, selon une étude de l'UQAC

En cette période où le projet de GNL Québec sur la liquéfaction de gaz naturel défraie la manchette, un groupe de chercheurs piloté par le professeur Romain Chesnaux, ingénieur Ph.D. au Département des sciences appliquées de l’UQAC, en arrive à la conclusion qu’au moins 11 % d’un échantillon de puits de gaz de schiste exploités par hydrofracturation en Colombie-Britannique continuent à produire des émissions fugitives même après la fin de leur exploitation.

Les résultats de cette étude publiée dans la revue Proceedings of the National Academy of Sciences constituent une première tentative pour mesurer les impacts environnementaux de ce type d’émissions associées à la production de gaz de schiste par hydrofracturation, explique M. Chesnaux en entrevue.

Il rappelle que l’hydrofracturation consiste à forer un puits d’environ 50 centimètres de diamètre dans le roc s’amenuisant jusqu’à 10 centimètres à des profondeurs de deux à trois kilomètres. Par la suite, un mélange composé d’eau douce, de liquide d’hydrofracturation contenant des produits chimiques et du sable sont injectés sous pression dans le puits afin de faire éclater la formation gazière rocheuse et ainsi libérer le gaz de schiste. Le puits peut être exploité pendant deux à trois ans après avoir effectué plusieurs fracturations. Chaque puits peut nécessiter un investissement variant entre 1 M $ et 10 M $.

Un seul puits peut nécessiter l’utilisation de 30 000 mètres cubes d’eau douce, soit l’équivalent de douze piscines olympiques. M. Chesnaux explique qu’une partie de cette eau doit être récupérée et traitée selon les règlements environnementaux tandis que 40 % est réintroduite pour d’autres fracturations. L’Alberta et la Colombie-Britannique comptent environ 500 000 puits de gaz de schiste actifs ou fermés.

« L’objectif de notre étude a consisté à mesurer l’impact des émissions fugitives de gaz et l’impact sur les eaux souterraines et de surface », explique M. Chesnaux.

Le travail accompli avec la collaboration de Gilles Wendling, de la firme GW Solutions, de Nanaimo, en partenariat avec des collègues Paul Baudron, de l’École polytechnique de Montréal, et Florent Barbecot, a permis d’étudier 25 000 puits exploités ou fermés depuis 2015 dans la région de Fort St. John et Fort Nelson en Colombie-Britannique à partir des données provenant de la British Columbia Oil and Gas Commission.

Résultats

Selon les données fournies par M. Chesnaux, l’étude démontre qu’au moins 11 % des 25 000 puits forés, soit 2134, émettent chacun près de six mètres cubes de méthane par jour, soit l’équivalent de 75 000 tonnes de gaz carbonique par an.

Les émissions de ces gaz résiduels s’expliquent par la présence de fuites de fluide par évent à l’intérieur et l’extérieur du tubage de surface ainsi qu’à la tête des puits abandonnés. Un mauvais captage, une détérioration des puits due à la corrosion du béton et de l’acier des tubages découlant de la présence d’eau salée expliquent ces fuites importantes. Le méthane émanant de ces puits est susceptible de contaminer les eaux de surface. « On croit que la donnée de 11 % des puits produisant des émissions fugitives est sous-évaluée puisque ce n’est que depuis 2005 que la législation de la Colombie-Britannique oblige à colliger des données sur les émissions fugitives.

Outre la pollution par émission de GES et des eaux de surface, M. Chesnaux ajoute que l’hydrofracturation par la modification des propriétés du sol est susceptible de favoriser des glissements de fractures pouvant créer de microséismes laissant filtrer encore plus de méthane.

Selon lui, les réserves mondiales de gaz naturel s’élèvent actuellement à 3470 milliards de mètres cubes, soit l’équivalent de 60 ans de consommation. Quant au Canada, il comprend l’équivalent de trois ans de consommation mondiale.

À ce moment-ci de l’histoire, cette énergie non renouvelable mérite qu’elle soit utilisée avec parcimonie fin de trouver des formes d’énergie durable. Comme citoyen, le chercheur se demande s’il vaut la peine d’investir des sommes considérables dans des infrastructures qui auront une vie utile limitée. Le débat demeure ouvert.