Les chercheurs tenteront de détecter la présence de certains nouveaux contaminants qui font partie de produits de consommation courante, par exemple des produits pharmaceutiques, des plastifiants et des surfactants.

1 M$ pour examiner la santé des bélugas du Saint-Laurent

MONTRÉAL — Des chercheurs ont obtenu près d’un million de dollars du gouvernement canadien pour examiner la santé d’un des mammifères les plus emblématiques du Québec, le béluga de l’estuaire du Saint-Laurent.

«L’objectif principal est d’évaluer l’exposition des bélugas du Saint-Laurent à tout un cocktail de contaminants qui n’avaient pas été considérés dans le passé, a expliqué le professeur Jonathan Verreault, du département des Sciences biologiques de l’Université du Québec à Montréal. On veut actualiser le portrait de la contamination chez cette espèce-là.»

M. Verreault et ses collègues ont reçu ce financement de Pêches et Océans Canada et du Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada. Les premiers résultats sont attendus à la fin de l’été.

Les chercheurs tenteront de détecter la présence de certains nouveaux contaminants qui font partie de produits de consommation courante, par exemple des produits pharmaceutiques, des plastifiants et des surfactants.

«Il y a un lot impressionnant de contaminants qu’on retrouve sur le marché, dont plusieurs ne sont pas suivis de manière régulière dans l’environnement, a dit M. Verreault. Le but est de voir si on n’a pas omis de considérer certains composés chimiques qui s’accumulent dans les tissus du béluga et qui pourraient présenter un risque toxicologique.»

Les analyses seront effectuées sur des carcasses récoltées au fil des ans, mais aussi à partir de biopsies effectuées sur des animaux vivants. Les chercheurs espèrent pouvoir identifier des classes de contaminants qui pourraient présenter des risques plus importants de toxicité.

Mais compte tenu de l’ampleur de leur étude, M. Verreault admet que des surprises sont possibles.

«Ça se peut qu’on retrouve dans les tissus des bélugas des substances qu’on n’a même jamais considérées dans le passé, a-t-il reconnu. Il faut se rappeler que le béluga est une excellente sentinelle dans le Saint-Laurent: ce qu’on ne retrouve pas dans les tissus du béluga est probablement non bioaccumulable chez la plupart des espèces.»

La population du béluga dans le Saint-Laurent est classifiée en voie de disparition par le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC), «ce qui fait que présentement on a une population qui est accumulée au pied du mur», selon M. Verreault.

De plus en plus de mortalité de jeunes femelles

Les chercheurs ont constaté depuis quelques années de plus en plus de mortalité de jeunes femelles dans le processus de mise bas. Certaines de ces complications ont été associées à des perturbations hormonales, qui peuvent être causées par la présence de produits chimiques dans l’environnement.

«On pense que c’est un effet cocktail de différents stresseurs environnementaux qui sont responsables du déclin de cette population-là», a dit le chercheur.

Une fois les contaminants identifiés chez le béluga, il faudra voir si on les retrouve aussi chez d’autres espèces ou dans la chaîne alimentaire du Saint-Laurent, pour décider s’il y a lieu de s’inquiéter et déterminer comment on peut agir.

M. Verreault rappelle que «moins de 1 pour cent des contaminants sur lesquels on travaille proviennent de l’habitat essentiel du béluga».

«Les points d’émission importants de ces composés-là ce sont les effluents municipaux, les effluents industriels, la déposition atmosphérique... En fait, toutes les grandes villes le long du bassin du Saint-Laurent et des Grands Lacs», a-t-il expliqué.

L’étude sera réalisée par l’UQAM, l’Université du Québec à Rimouski, le Groupe de recherche et d’éducation sur les mammifères marins de Tadoussac, l’Université de Toronto, Environnement et Changements climatiques Canada, et Pêches et Océans Canada.

Il y aurait environ 900 bélugas dans l’estuaire du Saint-Laurent. Cette population décline, malgré les efforts de réduction de la pollution sonore et du trafic maritime déployés depuis 30 ans.