Pour la première fois depuis l'incident de 2011, Benoit Richer et son sauveur, le Dr Fraser Rubens (à gauche), fouleront les planches ensemble à l'occasion d'un concert-bénéfice au profit de l'institut de cardiologie de l'Université d'Ottawa, ce week-end, en l'église Saint-François-de-Sales.
Pour la première fois depuis l'incident de 2011, Benoit Richer et son sauveur, le Dr Fraser Rubens (à gauche), fouleront les planches ensemble à l'occasion d'un concert-bénéfice au profit de l'institut de cardiologie de l'Université d'Ottawa, ce week-end, en l'église Saint-François-de-Sales.

Le destin de deux voix et de deux coeurs

Guillaume St-Pierre
Guillaume St-Pierre
Le Droit
Benoit Richer reconnaît enfin sa chance. Deux ans après s'être affaissé durant un concert devant 500 personnes, le ténor s'est bravement relevé.
C'était durant le concert du 25e anniversaire du Choeur classique de l'Outaouais, en 2011. Le Requiem de Mozart, il le connaissait par coeur. Il chante, s'époumone, jusqu'à ce que tout s'arrête.
« J'ai essayé de rester debout et de faire semblant de chanter, mais je ne pouvais plus produire de son parce que je n'avais plus de souffle, se souvient-il. Je me suis assis dans le milieu de la chorale en attendant que la première partie finisse. »
Il est victime d'une dissection aortique. C'est-à-dire que la paroi d'un important vaisseau sanguin se déchire.
Par pur hasard, le ténor invité pour le concert est médecin, mais pas n'importe lequel. Il s'agit de Fraser Rubens, cardiologue de renom à l'Institut de cardiologie de l'Université d'Ottawa.
Pour la première fois depuis l'incident, les deux ténors fouleront les planches ensemble, cette fin de semaine, à l'occasion d'un concert-bénéfice au profit de l'institut présenté en l'église Saint-François-de-Sales, dans le secteur Gatineau.
Durant l'entracte, M. Fraser prend le pouls de la situation. Les premiers constats n'augurent rien de bon. Le médecin reconnaît les symptômes d'une grave situation médicale et arrive à convaincre le ténor de se rendre à l'hôpital de Gatineau, où il prévient les médecins de garde de son arrivée à l'urgence.
« Je leur ai dit quels genres de tests devaient être effectués sur Benoit », affirme M. Fraser, précisant que les dissections aortiques représentent environ 3 % des cas traités à l'institut.
« Les gens qui se présentent dans les hôpitaux après avoir ressenti ces douleurs ne reçoivent pas toujours les soins dont ils ont besoin, le personnel hospitalier les traitant souvent pour de l'hyperventilation, entre autres. Si je n'avais pas fait le lien entre ses symptômes, l'effort requis pour chanter et le stress causé par sa performance sur scène, les médecins auraient peut-être raté leur diagnostic et renvoyé Benoit à la maison. »
Après avoir reçu les examens appropriés à l'hôpital de Gatineau, on décide de son transfert à Ottawa.
Autre heureux hasard : une équipe médicale est déjà en place à l'Institut de cardiologie de l'Université d'Ottawa en raison d'une annulation de dernière minute.
Après une convalescence difficile, Benoit Richer reconnaît aujourd'hui sa chance d'être encore en vie.
« C'est vrai que je suis chanceux d'être encore là, mais c'est difficile d'accepter que ma santé soit déjà hypothéquée, que j'aie des complications médicales que je ne devrais pas avoir à mon âge, confie-t-il. Ça a été un cheminement difficile. Mais quelles sont les chances qu'un chanteur d'opéra soit aussi chirurgien ? »
La force du chant
C'est le chant, toujours le chant, qui lui a donné la force de se battre, et ce, même si la pratique du chant lyrique a peut-être contribué à l'apparition de ses malaises. Car cet art exige une technique particulière, les chanteurs d'opéra n'étant aidés d'aucun microphone. Une pression énorme est générée dans tout le corps afin de donner à la voix toute sa puissance. Avec le temps, c'est possiblement cette force interne qui aurait provoqué la déchirure de son aorte.
« Le chant est la seule chose qui me tient aller depuis deux ans. Trois semaines après mon opération, j'étais déjà sur les planches, raconte-t-il humblement. J'ai trouvé une nouvelle façon de chanter qui ne met pas ma santé à risque. »
« Je ne me vois pas arrêter de chanter. Ce serait tuer une partie de moi. J'aimerais mieux mourir en chantant que de passer le reste de ma vie sans chanter. »