Le Cyclorama de Jérusalem sera classé bien patrimonial. La ministre du la Culture et des Communications, Nathalie Roy, en a fait l'annonce sur Twitter mercredi.

Le Cyclorama de Jérusalem sera un bien patrimonial [VIDÉO]

La ministre du la Culture et des Communications, Nathalie Roy, a annoncé mercredi que le Cyclorama de Jérusalem sera classé bien patrimonial.

Voilà deux ans que le Ministère avait émis un avis d’intention de classement de l’œuvre d’art, ainsi que de sa rotonde, installées à Sainte-Anne-de-Beaupré. L’ancien ministre de la Culture chez les libéraux, Luc Fortin, avait parlé d’un «joyau patrimonial».

Seulement, l’absence de réponse inquiétait bien des amoureux d’art, d’histoire ou de cinéma. Avec un prolongement de l’avis en 2018, le préclassement devait prendre fin le 14 août, libérant les propriétaires actuels de leur devoir de préservation. Après cette date, le pire pouvait être envisagé : une vente à l’étranger, ou même une démolition. 

La nouvelle a été annoncée par la ministre sur son compte Twitter.

«C’est un très grand bonheur, j’étais très craintif que ce ne soit jamais fait. Avec le classement, l’œuvre restera dans sa rotonde d’origine. Ça assure qu’elle ne pourra pas être vendue à l’étranger. C’est vraiment un soulagement», a commenté Jean-Pierre Sirois-Trahan, professeur au département de littérature, théâtre et cinéma à l’Université Laval.

M. Sirois-Trahan est impliqué dans ce dossier depuis les débuts. Il était visiblement ému lors de son entretien avec Le Soleil, lui qui fait de la préservation du Cyclorama sa mission personnelle. Il avait d’ailleurs envoyé une première lettre au ministre libéral en 2017 pour demander à ce que l’endroit soit protégé.

Moyen de pression

Même que M. Sirois-Trahan souhaitait transmettre mercredi une lettre à la ministre Roy, afin de lui rappeler le danger que courraient l’œuvre et sa rotonde. Il n’a finalement pas eu besoin de l’envoyer.

«J’ai reçu depuis deux jours 70 courriels de professeurs d’histoire de l’art, de cinéma, d’histoire des médias ou de plusieurs associations nationales de recherches, plusieurs institutions importantes, des gens de tous les domaines comme de l’école du Louvre ou de Paris. C’est quelque chose d’une immense valeur. Il en reste une quinzaine dans le monde des cyclomaras», note-t-il. Le professeur rassemblait plusieurs signatures depuis quelques jours afin d’appuyer sa lettre. 

À la suite de l’annonce sur Twitter, le Ministère a communiqué avec le professeur pour lui indiquer que l’annonce officielle, avec les papiers signés, sera réalisée au retour des vacances de Mme Roy. Celle-ci aurait pris le temps d’annoncer la bonne nouvelle d’avance. 

«C’est l’un des seuls panoramas géants dans le monde, il en reste trois qui ont encore leur rotonde d’origine. C’est vraiment un joyau, ça permet de voir comment les choses étaient faites au 19e siècle. Le Cyclorama est à Sainte-Anne-de-Beaupré depuis plus longtemps qu’il y a du cinéma à Québec», indique le professeur. 

Fermeture

En 2017, le Cyclorama de Jérusalem avait été mis en vente pour 5 millions $ par ses propriétaires, la famille Blouin, qui n’a pas de relève pour s’en occuper. La fermeture au public a été annoncée en octobre 2018. Son classement représente un grand avantage pour un achat potentiel.

«Le Cyclomara peut se détériorer très rapidement. Il y a d’autres choses à faire. Il va falloir qu’il se passe quelque chose, il faut que la mise en valeur se fasse. Une œuvre d’art, on ne peut pas laisser ça aller pendant une décennie», soutient M. Sirois-Trahan. 

Le panorama intitulé Jérusalem le jour de la Crucifixion mesure 14 m de hauteur et 110 m de longueur. Il a été exécuté aux États-Unis, en 1887 ou en 1888, par les peintres Oliver Dennett Grover et Charles Corwin ainsi que d’autres assistants. La conception de l’œuvre est inspirée d’un panorama peint à Munich en 1886. Ce panorama a servi de modèle à plus d’une douzaine d’autres tableaux panoramiques réalisés sur le thème de Jérusalem au moment de la crucifixion. Elle est l’une des plus grandes toiles panoramiques du monde.

«Beaucoup de choses ne fonctionnent pas en ce moment. Le revêtement de la bâtisse date des années 80, elle est vraiment vieillotte et pas très intéressante. Le truc jaune est très laid. Il faudrait retrouver l’authenticité. Quand c’est bien présenté, le charme est encore opérant.»

M. Sirois-Trahan est bien conscient de ce que le Cyclorama à l’air de l’extérieur, l’endroit manque d’amour. Mais l’œuvre à l’intérieur, elle, mérite qu’on lui accorde de l’attention. Le professeur compare même l’expérience du Cyclorama comme la réalité virtuelle d’aujourd’hui. Si on met de côté l’aspect religieux, il s’agit d’une expérience immersive impressionnante qui peut plaire à tout le monde.

Une première étape

Le statut de bien patrimonial est une excellente nouvelle, mais ce n’est que la première étape pour assurer la préservation de l’œuvre et de sa rotonde. Le Ministère a informé M. Sirois-Trahan que l’équipe souhaitait le rencontrer, pour discuter des solutions qui pourraient être envisagées. Ses connaissances du domaine et de l’histoire de l’œuvre se voudraient utiles.

«Il y a tellement de potentiel inexploité, c’est une opportunité. On pourrait par exemple en faire un centre d’interprétation. Beaucoup de musées pourraient le reprendre et en faire quelque chose. C’est peut-être une mise en valeur du Cyclorama qui ferait une renaissance de tout le site, étant donné que tout ce qui est autour de la basilique Sainte-Anne est en train de fermer.»

Le professeur constate les efforts de préservation, la suite augure bien, mais il sait que beaucoup de choses peuvent changer en peu de temps avec le Ministère. Il faudra sûrement être patient avant de voir l’endroit se transformer.