Les services aux toxicomanes étaient toujours offerts mardi soir

Le CPS plie bagages dans la Basse-Ville

Le jour même où un nouveau centre d’injection supervisée ouvrait ses portes aux Bergers de l’Espoir sur la rue Murray, les responsables du controversé centre non autorisé d’injection situé à quelques pas de là ont annoncé qu’ils allaient remiser leurs tentes, non sans toutefois écorcher au passage le maire Jim Watson et le conseiller municipal de Rideau-Vanier, Mathieu Fleury.

«C’est le coeur gros que le Centre de prévention des surdoses (CPS) d’Ottawa met un terme au service qu’il offrait au terrain situé au 307, rue St-Patrick depuis le 25 août 2017», ont indiqué les responsables dans une déclaration publiée mardi.

Les services aux toxicomanes étaient toutefois toujours offerts mardi soir. James Hutt, un bénévole de l’organisation, a indiqué que le Centre aura cessé ses activités au parc Raphael-Brunet d’ici la fin de la semaine, mais il était dans l’impossibilité de préciser quand exactement.

«Pour le moment, nous allons parler avec nos invités ce soir (mardi) et déterminer quel sera le meilleur moment pour eux pour partir d’ici. Nous savons que les roulottes aux Bergers de l’Espoir sont ouvertes et nous voulons nous assurer qu’il y aura une bonne transition pour nos clients entre nos services et les leurs», a expliqué M. Hutt.

Le Centre a accusé le maire Watson et le conseiller Fleury de tenir deux discours «en prétendant prendre des mesures pour répondre à la situation d’urgence des surdoses d’un côté, et ensuite refuser des services aux consommateurs de drogues de l’autre». Les intervenants n’ont pas digéré voir les deux élus refuser d’appuyer leur projet.

«La situation était intenable au parc, a répliqué M. Fleury. Il y a un problème réel de toxicomanie que l’on a observé dans la Basse-Ville. On pensait avoir une piste de résolution avec Santé publique Ottawa qui a ouvert un site d’injection supervisée, mais au même moment le CPS a dit que ce ne serait pas assez. Je suis heureux du leadership d’Inner City Health d’aller de l’avant avec huit espaces aux Bergers de l’Espoir. Ça répond aux besoins du CPS et aux besoins des clients des refuges qui sont pour la plupart des toxicomanes».

Lors des 74 jours d’opération au parc Raphael-Brunet, le centre d’injection illégal a eu 3445 visites de toxicomanes, a traité cinq surdoses avec du naloxone et a permis d’en éviter «des centaines d’autres» grâce à des interventions variées.

La suite des choses

«Nous entrons en mode transition», a précisé M. Hutt mardi soir, tout en signalant que l’organisation va continuer à défendre les droits des personnes que «le système de santé a laissé tomber».

Les responsables du CPS n’écartent pas la possibilité d’offrir les mêmes services ailleurs dans la ville. M. Hutt a indiqué que les bénévoles prendront du repos et examineront avec la clientèle ce que sera la suite des choses pour l’organisation.

«Le Centre de prévention des surdoses d’Ottawa a été le premier dans la ville à offrir un endroit public sécuritaire pour l’usage de drogues, notamment pas injection et inhalation», ont tenu à préciser les intervenants du CPS dans leur déclaration. Ceux-ci ont offert leur service grâce à l’implication de plus de 100 bénévoles, à l’aide de dons du public et sans contribution des gouvernements, ont-ils mentionné.

Le Centre de prévention des surdoses d’Ottawa a cependant provoqué la colère des citoyens du quartier qui ont affirmé avoir observé une recrudescence des revendeurs de drogue et de prostitution près de chez eux.

Mathieu Fleury recommande aux policiers de s’attaquer aux problèmes des revendeurs de stupéfiants dans la rue.

«Il y a beaucoup de transactions de drogue pour lesquelles on ne voit pas beaucoup d’arrestations. Ça contribue donc à perpétuer la dynamique de la toxicomanie. On demande aussi aux Bergers de l’Espoir de mettre en place un continuum vers le traitement, les centres de désintoxication», a expliqué M. Fleury.

Le nouveau centre d’injection supervisée autorisé aux Bergers de l’Espoir sera ouvert sept jours sur sept, 24 h par jour. Santé publique Ottawa a ouvert un centre d’injection supervisée sur la rue Clarence, en septembre. Le CPS s’accorde le crédit d’avoir forcé la main aux autorités pour accélérer l’ouverture des centres. Un autre site d’injection autorisé doit ouvrir prochainement au Centre de santé communautaire Côte-de-Sable.