Patrick Duquette
Le Droit
Patrick Duquette
Joanne Galarneau-Lalonde visite souvent son père de 92 ans. Il vit dans une résidence pour personnes âgées d’Aylmer. Au lieu d’entrer, elle passe par la cour arrière pour lui parler.
Joanne Galarneau-Lalonde visite souvent son père de 92 ans. Il vit dans une résidence pour personnes âgées d’Aylmer. Au lieu d’entrer, elle passe par la cour arrière pour lui parler.

Le contact humain... mais de loin

CHRONIQUE / Vous vous rappelez février ? C’était le mois dernier, autant dire une éternité…

On déblatérait contre le temps passé devant les écrans.

Souvenez-vous : le ministre délégué à la Santé et aux services sociaux, Lionel Carmant, avait convoqué des experts à Québec.

L’heure était grave.

Des spécialistes comparaient les effets néfastes des écrans au tabagisme…

L’abus d’écran était désormais considéré comme un problème de santé publique aux yeux du gouvernement du Québec.

Un « problème », imaginez !

Un mois plus tard, un autre « problème » de santé publique occupe toute la place. Et met un tas de choses en perspective.

Ironie du sort, au temps du coronavirus, c’est le temps d’écran qui reprend du galon.

On lui reconnaît maintenant des bienfaits inattendus. Il est devenu l’antidote au confinement et à l’éloignement social.

C’est par nos écrans que le bon docteur Horacio Arruda peut nous transmettre ses consignes quotidiennes ou sa recette de tartelette portugaise.

C’est par nos écrans encore qu’on peut garder contact avec nos proches et nos collègues.

Nos écrans aident à maintenir la cohésion sociale, et même à faire rouler ce qui reste de l’économie.

Ces écrans, tant honnis il y a un mois à peine, obtiennent une réhabilitation inattendue.

Une chance qu’on les a, comme dirait Jean-Pierre Ferland.

Il reste que, pour certains, rien ne vaut un contact humain. Même à distance.

Joanne Galarneau-Lalonde visite souvent son père de 92 ans. Il vit dans une résidence pour personnes âgées d’Aylmer. Au lieu d’entrer, elle passe par la cour arrière pour lui parler.

« C’est une occasion pour lui de prendre l’air et de me jaser du haut de son balcon du 3e. On s’appelle tous les jours. Mais il n’y a rien comme de se voir, même de loin ! », raconte-t-elle.

Elle nous a envoyé une photo. Lui au balcon, elle sous le balcon. Ils se saluent de la main. Roméo et Juliette, variante père-fille, au temps de la COVID-19.

Dites-moi, Mme Galarneau, de quoi jase-t-on du sol au balcon ? Votre père garde-t-il le moral ? Avez-vous toujours été proches ?

« Mon père et moi avons toujours été très proches. Je suis fille unique alors voir à son bien-être est une priorité pour moi. C’est un homme qui se tient bien informé avec son journal (fidèle lecteur du Droit depuis toujours) et la télé. »

« Quand on se rencontre (de loin) pour jaser, on se partage les nouvelles du jour. Entre autres, les conférences de presse journalières de nos gouvernements. Il m’informe des nouveaux règlements de sa résidence.

Je lui fais quelques recommandations pour son bien-être... Je lui parle aussi de mes filles, de qui il est très proche. Je lui raconte des anecdotes à leur sujet et je le fais rire. Cette semaine, je lui ferai un pouding chômeur que je laisserai dans un sac à son intention dans le portique de l’immeuble. »

« Il a un très bon moral et prend tout ça “au jour le jour”, comme il dit.

Comme à partir d’aujourd’hui les repas seront livrés aux appartements, mon père n’aura plus de contact avec ses amis de la salle à manger. Alors je trouve important de garder mon brin de jasette avec lui. Ce sera sa seule activité interactive de la journée. »

Cette crise du COVID-19 a mis maintes fois en lumière la bêtise du genre humain. Il y a aussi de petits gestes, comme ceux-là, qui redonnent foi en l’humanité.