Le grand chef du conseil mohawk de Kanesatake, Serge Simon.

Le chef mohawk refuse de discuter avec le maire d’Oka

MONTRÉAL — Une guerre de mots entre un grand chef de Première Nation et un maire d’une petite ville du Québec a mené à de longues heures de pourparlers, vendredi, avec des représentants fédéraux et provinciaux, mais le conflit foncier entre les deux communautés qui remonte à plusieurs siècles ne semble pas près de se régler.

Le grand chef de Kanesatake, Serge Simon, et le maire d’Oka, Pascal Quevillon, ont participé à des entretiens séparés avec Marc Miller, le secrétaire parlementaire de la ministre des Relations Couronne-Autochtones et la ministre québécoise des Affaires autochtones, Sylvie D’Amours, dans un immeuble à bureaux du centre-ville de Montréal.

Les rencontres se sont déroulées l’une après l’autre ; MM. Simon et Quevillon ne se sont pas parlé directement.

À la fin de la journée, M. Simon et son conseil de bande ont juré de rompre toute communication avec le maire Quevillon, qui a refusé de s’excuser pour avoir formulé des propos désobligeants au sujet du territoire des Premières Nations.

« Les ponts sont coupés, a reconnu M. Simon devant les journalistes, aux côtés de Ghislain Picard, le chef régional de l’Assemblée des Premières Nations pour le Québec et le Labrador. Nous n’aurons plus de discussions avec lui. Mon conseil est d’accord avec moi. »

M. Quevillon a dit aux journalistes que ses citoyens sentaient qu’ils n’étaient pas écoutés et qu’ils étaient pris en otage.

« Ça fait 300 ans que les citoyens d’Oka sont installés à Oka et là et on vient nous dire que finalement ce sont des terres qui devraient revenir aux Mohawks », a-t-il lancé.

Un projet qui divise

Les émotions sont vives depuis l’annonce du projet du promoteur local Grégoire Gollin de faire don de 60 hectares de la pinède d’Oka au conseil mohawk de Kanesatake. Le territoire des Premières Nations et la ville québécoise sont établis côte à côte, le long du lac des Deux Montagnes, au nord-ouest de Montréal.

Le maire Quevillon a offensé de nombreuses personnes sur le territoire lorsqu’il avait exprimé sa crainte d’être enclavé par Kanesatake. Il avait affirmé que la valeur des propriétés diminuerait et a fait craindre une hausse du nombre des marchands de cannabis et de cigarettes.

M. Simon avait qualifié ces propos de « racistes » et a réclamé des excuses, sans quoi il ne rencontrerait pas le maire.

À sa sortie de la rencontre, M. Quevillon s’est excusé – en quelque sorte. « Il y a peut-être des mots que j’ai utilisés qui ont pas fait l’affaire de tous, ça je m’en excuse », a-t-il soutenu, précisant qu’il ne savait pas quels mots avaient pu offenser.

« Moi, à date, de ce que je comprends, j’ai utilisé les mots “cabane à pot”, “cabane à cigarettes” et le grand chef a utilisé les mêmes mots. »

Malgré le conflit avec le maire d’Oka, le chef Simon a déclaré qu’il avait eu des discussions positives avec M. Miller et Mme D’Amours. Il a précisé qu’ils avaient discuté avec lui de la possibilité d’établir des relations de communication plus officielles entre son conseil et les gouvernements fédéral et provincial concernant les revendications territoriales et l’expansion du territoire de Kanesatake.

Les politiciens optimistes

La ministre des Affaires autochtones, Sylvie D’Amours, a rappelé que malgré le manque de communication entre les deux parties, elles s’entendaient sur l’importance « d’avoir un dialogue » et d’écouter les citoyens, qui ne souhaitent pas de crise.

« Je pense que le dialogue peut se faire à une table, peut-être pas en même temps pour commencer. On verra par la suite. Moi, je suis très satisfaite de ma journée », a-t-elle soutenu.

« Je vais continuer autant au fédéral qu’au municipal d’être le lien entre les deux. »

Mark Miller dit avoir eu une discussion ouverte, honnête et franche avec MM. Simon et Quevillon – mais il a semblé se ranger du côté du grand chef. « M. Simon est dans son droit de réclamer des excuses. Il y a eu des propos irresponsables qui ont été tenus », a-t-il soutenu.

Le député fédéral semblait optimiste pour la suite. « Ce n’est pas irréconciliable, ce sont des gens qui représentent leur communauté ; ils se doivent d’être des leaders, c’est-à-dire d’écouter les gens qui leur demandent de vivre en paix, ce qu’ils ont fait pendant très, très longtemps », a-t-il indiqué.