Les maisons dans lesquelles habitaient les allumettières dans l’Île-de-Hull entre 1900 et 1920.

Le château fort des allumettières

Le secteur aujourd’hui formé de la rue Saint-Rédempteur et des boulevards Sacré-Cœur, Maisonneuve et des Allumettières a jadis été, en quelque sorte, le château fort des allumettières. C’est à cet endroit qu’on retrouvait la plus grande concentration de ménages comptant au moins une d’ouvrière de la E.B. Eddy au début des années 1900. Elles étaient plus d’une soixantaine dans ce secteur à certains moments. Sur des rues comme Kent et Dollard, elles étaient souvent carrément voisines l’une de l’autre.

Ces informations sur les lieux de résidence des allumettières ont été compilées par Kathleen Durocher grâce au croisement des informations des recensements et de ce qu’on appelait à l’époque les « planches du plan d’assurance-incendie » de la Ville de Hull. L’étudiante au doctorat en histoire à l’Université d’Ottawa a ainsi pu déterminer avec précision, maison par maison, où ont habité les allumettières dans l’Île-de-Hull entre 1900 et 1920.

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L’étudiante au doctorat Kathleen Durocher a pu déterminer avec précision, maison par maison, où ont habité les allumettières dans l’Île-de-Hull entre 1900 et 1920.

« Il y en a eu un peu partout, mais ce secteur-là est particulier, note Mme Durocher. C’était surtout une question de prix du loyer. Celles qui arrivent à s’en sortir, on les retrouve dans ce coin-là. Mais il y a aussi une autre tranche de la classe ouvrière pour qui c’est beaucoup plus difficile. Ainsi, on voit à cette époque se développer tout un quartier, pratiquement un bidonville, dans le secteur où se trouve aujourd’hui l’Imprimerie nationale. Il y a là quelques allumettières qui vivent dans des situations très précaires, seules où avec leur mère veuve, dans des petites maisons de tôle d’une seule pièce. Ça ressemble beaucoup à ce qu’on retrouve à la même époque près du ruisseau de la Brasserie. »

Les données compilées par Mme Durocher permettent d’affirmer que les allumettières vivaient dans des maisons allumettes qui comptaient en moyenne cinq pièces. Les ménages s’y entassaient souvent à six, sept ou huit personnes. Il y a aussi des exemples plus frappants comme celui de Georgina Cabana. Cette allumettière habite au 16, rue Wellington avec ses parents âgés, sa sœur, le mari de cette dernière et leurs neuf enfants. Quatorze individus dans une petite maison de bois de six pièces. 

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L'ALLUMETTIÈRE HULLOISE TYPIQUE

Elles ont été plus de 1000 allumettières à travailler pour E.B. Eddy, entre 1854 et 1928. Le Droit a demandé à l’étudiante au doctorat en histoire à l’Université d’Ottawa, Kathleen Durocher, de brosser le portrait type de l’allumettière hulloise. 

D’abord, elle est canadienne-française. Elle a entre 15 et 16 ans. Elle n’est pas mariée encore. Elle est célibataire. Elle habite chez ses parents avec ses six ou sept frères et sœurs. Il y a de fortes chances que sa mère a aussi déjà été allumettière.

 Elle a peu de scolarité, mais elle sait lire et écrire. Elle habite dans une maison allumette typique de l’Île-de-Hull, probablement dans le secteur situé à l’angle des rues Eddy et Saint-Laurent (aujourd’hui le boulevard des Allumettières). 

Elle doit marcher entre un et deux kilomètres pour se rendre à l’usine. Elle quitte son domicile vers 6 h 30 pour être à son poste, prête à travailler lorsque la cloche de l’usine sonne à 7 h 30. Elle fait sa journée de dix heures et retourne à la maison. 

« Pendant les années de la prohibition, Hull est une ville assez dangereuse, note Mme Durocher. Déambuler sur la rue Eddy en début de soirée n’a rien de très rassurant pour une jeune femme de 16 ans. Ça inquiète beaucoup ses parents. Une fois de retour à la maison, elle doit s’occuper de ses frères et sœurs plus jeunes, aider à faire à manger et le ménage. Elle va se coucher et recommence comme ça six jours par semaine. »