le centre-ville de Kingston

Philippe Orfali
Philippe Orfali
Le Droit
KINGSTON - Chris Hutchison, le gérant du bar The Toucan, se souvient des soirées tranquilles qui caractérisaient les établissements de la rue Princess, au centre-ville de Kingston, ces dernières années.
« Exception faite du samedi, si on était chanceux, on avait quatre ou cinq groupes qui venaient prendre une, deux bières », dit-il. Mais ça, c'est de l'histoire ancienne.
« Une fois les fonctionnaires et les employés de bureau partis, le centre-ville était tranquille. Pas mort au point où les bars et restaurants songeaient à fermer, mais tu vois ce que je veux dire », explique le barman, en astiquant son comptoir.
C'était avant la construction et l'ouverture du Centre régional de sports et de divertissement de Kingston, ou K-Rock Centre, un aréna multifonctionnel de 5 700 sièges (jusqu'à 6 800, les soirs de concert), construit en plein centre-ville, à quelques centaines de mètres des berges du lac Ontario, et à un jet de pierre des principaux bars, hôtels et attraits touristiques de la ville.
Un aréna de taille moyenne, domicile des Frontenacs de Kingston, pleinement équipé pour recevoir des spectacles d'envergure de même que des présentations plus modestes. Un aréna semblable à ce que rêve de construire le maire de Gatineau Marc Bureau, au croisement des rues Montcalm et Wellington, dans le secteur Hull.
Comme à Gatineau, le projet a connu son lot de détracteurs. « Certains voulaient qu'on rénove et qu'on agrandisse l'aréna Memorial, qui tombait en ruines. D'autres voulaient qu'on aille construire le nouveau stade en banlieue. Mais la seule option viable, c'était un centre multifonctionnel au centre-ville », explique Leonore Foster, conseillère municipale depuis 22 ans et présidente du Groupe de travail sur le K-Rock Centre, formé au lendemain des élections de 2003 par le maire Harvey Rosen afin de sélectionner l'emplacement et le modèle financier adéquat du nouveau complexe.
Elton John, Bob Dylan...
Depuis son inauguration, en février 2008, le Rock est parvenu à attirer nul autre qu'Elton John, Bob Dylan, Leonard Cohen, Jerry Seinfeld et Sheryl Crow, pour n'en nommer que quelques-uns. À la fin du mois, ce sera au tour des Internationaux de Patinage Canada de débarquer dans l'ancienne capitale canadienne.
« Nous sommes en mesure de les convaincre de faire un arrêt entre Ottawa et Toronto et de rivaliser avec de plus grandes villes en raison de la qualité technique des installations », soutient le maire Harvey Rosen.
La plupart du temps, le K-Rock fait salle comble. Certains croyaient que les Frontenacs ne seraient jamais en mesure de remplir l'aréna. Pourtant, on se sert bien rarement des rideaux qui ont été installés pour dissimuler le dernier niveau des estrades, assure Mme Foster. « Et après la partie, tout ce beau monde se ramasse au centre-ville. »
+20 % en chiffre d'affaires
« C'est ça, l'attrait principal du K-Rock Centre pour Kingston, explique Tim  Patter, propriétaire de trois restaurants situés au centre-ville. Plutôt que de repartir directement chez eux après le match, ils viennent manger avant, et sortent prendre un verre après. Notre chiffre d'affaires augmente de 20 %, les soirs d'événements. Et plusieurs d'entre eux décident de revenir par la suite. »
De l'avis du conseiller municipal Ed Smith, la plupart des grands spectacles « rapportent jusqu'à 200 000 $ » en profits pour les bars, restaurants et commerces du centre-ville de Kingston.
« Si j'ai une chose à dire aux élus gatinois, c'est ceci : le K-Rock a été un véritable moteur pour faire revivre le centre-ville, et y attirer un afflux supplémentaire de gens. Rénover notre Memorial de banlieue pour le rendre conforme aux normes du hockey junior majeur n'aurait rien rapporté, et la vie du centre-ville ne s'en serait pas mieux portée. »
Oui, il y a parfois des bouchons de circulation après les matches, reconnaît-il. « Mais la dispersion de terrains de stationnements dans tout le quartier a permis de le réduire au maximum », dit-il.
Les soirées tranquilles ne sont plus aussi fréquentes, au Toucan. « Les soirs d'événements, pas une personne de plus ne pourrait entrer ici ou dans les autres bars du coin, tant on est plein à craquer, assure Chris Hutchison. Si seulement le K-Rock pouvait être ouvert chaque soir...
 
Inauguré en 2008, le projet de Centre régional de sports et de divertissement de Kingston a coûté 50 millions $, soit 4,7 millions $ de plus que prévu aux contribuables. La ville est propriétaire de l'édifice et du terrain, tandis qu'une multinationale spécialisée en gestion d'installations sportives, SMG, s'occupe de gérer l'édifice et d'y attirer des spectacles. 
La construction du K-Rock a engendré une dette de 33 millions $ pour les Kingstoniens. Une somme de 8 millions $, attendue du gouvernement fédéral, n'est jamais venue, alors que la province a limité sa participation à 4 millions $. Et seul 1,37 des 2 millions $ qui devaient être récoltés dans la communauté l'ont été.
En guise de loyer, 10 % de chaque billet de partie des Frontenacs est versé à la Ville. Contrairement à la plupart des municipalités ontariennes ou québécoises comptant une équipe de hockey junior majeur, Gatineau n'exige pas, elle, de loyer aux Olympiques.
Philippe Orfali, LeDroit