Des manifestants indépendantistes se sont rassemblés devant le parlement catalan. Le premier ministre du Canada Justin Trudeau a été clair vendredi : «Le Canada reconnaît une Espagne unie. C’est notre position».

Le Canada reconnaît «une Espagne unie»

OTTAWA — Le Canada se range du côté de Madrid. Le premier ministre Justin Trudeau a confirmé vendredi qu’Ottawa rejetait la déclaration unilatérale d’indépendance catalane, à l’instar de plusieurs alliés de l’Union européenne, dont la France et l’Allemagne, ainsi que les États-Unis.

«Le Canada reconnaît une Espagne unie. C’est notre position», a déclaré le premier ministre en point de presse à Saint-Bruno-de-Montarville, quelques heures après la proclamation d’indépendance du Parlement de Catalogne.

«Nous espérons que ça se déroulera dans le respect de la loi, dans le respect de la constitution espagnole, le respect des principes de droit international, et surtout, dans la non-violence et les instincts démocratiques», a-t-il ajouté.

Le premier ministre canadien déclinait depuis des semaines les invitations à commenter la crise espagnole, plaidant entre autres qu’il avait appris de ses «batailles référendaires en tant que fier Québécois» qu’un pays ne devrait pas s’ingérer dans les affaires internes d’un autre pays.

Mais le fédéral a décidé qu’il fallait réagir à la proclamation d’indépendance catalane. Avant Justin Trudeau, le secrétaire parlementaire de la ministre des Affaires étrangères, Andrew Leslie, l’avait clairement signalé en Chambre, puis dans les couloirs du parlement.

«On reconnaît une Espagne unie. Point final», a-t-il lancé lors d’une mêlée de presse de moins de deux minutes pendant laquelle il n’a jamais prononcé les mots Catalogne ou indépendance — mais sept fois l’expression «Espagne unie» et quatre fois «point final».

Martine Ouellet déçue

La réaction du gouvernement canadien a déçu la dirigeante du Bloc québécois, Martine Ouellet. En entrevue téléphonique, vendredi, elle a dit espérer que «le Canada, qui se dit un pays démocratique» va «se rajuster», car «c’est pas chic d’avoir ce genre de position-là».

Elle a pourfendu la réaction des «pays qui se disent entre guillemets développés», dont le Canada, qui ne se gênent pas «pour donner la leçon» lorsque des scrutins sont émaillés de violences «en Afrique, en Asie ou en Amérique du Sud».

Au parlement, vendredi, les députés du gouvernement libéral avaient répondu de façon plutôt évasive à l’appel de la dirigeante de la formation indépendantiste.

Tous les élus libéraux croisés au parlement en matinée marchaient sur des oeufs, la plupart offrant des réponses évasives dans lesquelles on détectait néanmoins un certain parti pris en faveur de l’unité de l’Espagne.

Tous, sauf la députée québécoise Alexandra Mendès, qui n’a pas fait de cachette de son opposition personnelle à la reconnaissance de l’indépendance de la Catalogne, telle que proclamée par le Parlement catalan à Barcelone.

«Je pense que la Constitution espagnole est très claire. Je ne crois pas que le Canada devrait reconnaître l’indépendance de la Catalogne», a-t-elle dit en mêlée de presse, reconnaissant toutefois qu’Ottawa se trouvait dans «une situation diplomatique très délicate».

Chez les néo-démocrates, on n’est pas allé jusqu’à réclamer du gouvernement qu’il reconnaisse l’indépendance catalane. Le député Matthew Dubé regrette toutefois qu’Ottawa soit si timide à défendre le «droit fondamental» des peuples à l’autodétermination.

Il a qualifié de «préoccupante» la mise sous tutelle, par le gouvernement de Mariano Rajoy, de celui de Carles Puigdemont — immédiatement après la proclamation d’indépendance, le Sénat espagnol a entrepris des démarches pour suspendre le statut d’autonomie de la Catalogne.

Au Parti conservateur, on a été nettement moins loquace, comme on l’est depuis le début de cette crise politique en Espagne. L’élu Alain Rayes a simplement fait valoir lors d’une très brève mêlée de presse que c’était au gouvernement de Justin Trudeau de se prononcer sur la question.

L’étau se resserre

Une reconnaissance internationale de la déclaration unilatérale catalane pourrait donner un coup de pouce au gouvernement régional de Carles Puigdemont, mais cela ne suffirait pas pour en faire un État aux yeux de la communauté internationale, selon Maxime St-Hilaire.

«La question la plus essentielle, c’est la question de l’effectivité. La reconnaissance d’État, ce n’est pas un mécanisme qui donne des effets juridiques», a exposé en entrevue téléphonique le professeur en droit constitutionnel de l’Université de Sherbrooke.

Et dans le cas de la Catalogne, qui «n’a pas de droit unilatéral à la sécession en vertu du droit international», l’«étau commence à se resserrer», car «l’État espagnol est bien présent et bien effectif sur le territoire de la Catalogne».

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Couillard évite de trancher

Le premier ministre du Québec joue de prudence et évite de trancher l’épineux dossier de l’indépendance de la Catalogne. Philippe Couillard appelle plutôt au «dialogue», alors que les partis d’opposition souverainistes réclament la reconnaissance du nouveau pays catalan.

En tournée au Nunavik, le premier ministre a publié une déclaration en fin de journée vendredi, où il rappelle que «le Québec partage une riche relation avec la Catalogne et des liens d’amitié profonds avec l’Espagne.» Selon lui, «ce n’est pas au Québec de s’ingérer dans ce débat de politique ou de dicter la marche à suivre. Nous croyons toujours qu’un dialogue politique et démocratique est incontournable pour dénouer cette impasse.»

M. Couillard rappelle que le 4 octobre, après le référendum houleux sur l’indépendance de la Catalogne, l’Assemblée nationale a adopté une motion à l’unanimité qui enjoignait l’Espagne et la Catalogne à résoudre pacifiquement leurs différends politiques. Selon lui, cette position tient toujours. 

La déclaration de l’indépendance de la Catalogne a beaucoup fait parler aux quatre coins du globe. À l’Assemblée nationale du Québec, Philippe Couillard a évité de prendre parti et il a appelé au dialogue.

Le Parti québécois et Québec solidaire n’ont quant à eux pas tardé vendredi matin à reconnaître et à appuyer l’indépendance de la Catalogne, appelant la communauté internationale à faire de même. 

«Tout a été fait dans les règles de l’art. Il n’y a aucune raison de ne pas reconnaître l’État de la Catalogne», croit Stéphane Bergeron, critique du Parti québécois en matière de relations internationales. Selon lui, les démocraties occidentales qui se rangent encore une fois derrière l’Espagne font preuve de «mauvaise foi» et vont à l’encontre du droit à l’autodétermination des peuples. 

M. Bergeron analyse que le silence de la communauté internationale depuis le référendum du 1er octobre a permis à Mariano Rajoy, le président de l’Espagne, de penser qu’il «avait carte blanche». Il a depuis adopté la ligne dure face aux Catalans, en mettant sous tutelle la région et en destituant les élus de ce parlement régional. «Il est encore temps d’espérer que la communauté internationale va se ressaisir […]pour éviter une détérioration de la situation en Catalogne.»

Le député Bergeron est persuadé qu’à terme, la Catalogne sera reconnue comme un pays indépendant. «Une telle reconnaissance pourrait prendre un certain temps, ça pourrait se faire par étapes», évoque-t-il. Mais comme l’Espagne a «mal manœuvré» depuis le départ, «il est maintenant trop tard pour envisager un autre scénario que l’indépendance», croit-il. 

Chez Québec solidaire, la co-chef Manon Massé se réjouit du résultat du vote parlementaire et invite les Catalans à faire preuve de «courage» au cours des prochains jours. «J’implore Madrid d’arrêter d’utiliser la violence politique.»

Selon Mme Massé, le gouvernement catalan n’a pas à se reprocher d’arriver avec ce moyen ultime. Car au cours des derniers mois, les dirigeants «ont essayé la voie de la discussion, du dialogue, de la négociation. S’il y a quelqu’un qui a des doigts à se mordre, c’est Madrid».

La Coalition avenir Québec n’a pas réagi vendredi à la déclaration d’indépendance de la Catalogne.  Patricia Cloutier