Des manifestants se rassemblent devant le quartier général de la police de Toronto à la suite de la mort de Regis Korchinski-Paquet, une femme noire de 29 ans,  tombée du balcon d’un gratte-ciel de la métropole après que sa famille ait appelé le 9-1-1.
Des manifestants se rassemblent devant le quartier général de la police de Toronto à la suite de la mort de Regis Korchinski-Paquet, une femme noire de 29 ans,  tombée du balcon d’un gratte-ciel de la métropole après que sa famille ait appelé le 9-1-1.

Le Canada, moins raciste que les États-Unis ?

Émilie Pelletier
Émilie Pelletier
Initiative de journalisme local — Le Droit
Toronto — Bien sûr que non : le Canada n’est pas moins raciste que son voisin du sud. La différence, c’est que les Canadiens qui croient le contraire se plantent la tête dans le sable, juge un expert.

À la lumière des tensions raciales qui explosent actuellement aux États-Unis, de nombreux Canadiens, politiciens inclus, se consolent d’habiter dans un pays où les « racines » du racisme systémique « sont bien moins profondes ».

Pour croire une telle chose, il faut avoir « la tête dans le sable », selon le professeur en communication à l’Université d’Ottawa, Boulou Ebanda De B’Beri.

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Expert sur la question du racisme, celui-ci souligne que la mort de George Floyd, un Noir du Minnesota qui a perdu la vie aux mains d’un policier blanc, est la goutte qui a fait déborder le vase, aux États-Unis.

Pourtant, M. Ebanda De B’Beri remarque qu’il y en a, des assassinats au Canada, citant notamment Ottawa et Toronto.

La semaine passée, justement, Regis Korchinski-Paquet, une femme noire de 29 ans, est tombée du balcon d’un gratte-ciel de Toronto après que sa famille ait appelé le 9-1-1.

Sa mort a suscité l’indignation dans la Ville-Reine puisque des policiers auraient été présents sur la scène lors de sa chute.

Le professeur de l’Université d’Ottawa souligne qu’en refusant d’admettre l’existence du racisme systémique cette semaine, les premiers ministres du Québec et de l’Ontario, MM. François Legault et Doug Ford, perpétuent « cette attitude canadienne de croire que le problème de racisme et de discrimination ne surviennent qu’au sud de la frontière et pas chez nous ».

« Alors pourquoi au Canada, les minorités racisées sont beaucoup plus atteintes par le chômage et par les problèmes d’emplois que les autres ? [...] Pourquoi avons-nous besoin d’une commission de réconciliation avec les communautés autochtones ? », se questionne-t-il.

Après avoir affirmé que le problème de racisme systémique est moins grave au Canada qu’aux États-Unis, lundi, le premier ministre ontarien Doug Ford a changé son discours le lendemain, en affirmant que « bien sûr, le racisme systémique existe en Ontario et partout au Canada ».

Le premier ministre ontarien Doug Ford

Rappelons que le gouvernement Ford a annoncé la mise sur pied d’un groupe consultatif pour se pencher sur les difficultés rencontrées par les jeunes ontariens défavorisés, notamment dans le contexte de la COVID-19.

Toutefois, les partis d’opposition ont remarqué qu’il s’agit d’un programme similaire au conseil jeunesse mis sur pied par le gouvernement libéral précédent, que le gouvernement Ford a annulé à son arrivée au pouvoir.

Il a aussi annoncé un financement de 1,5 million $ pour des organismes qui soutiennent les familles et les jeunes noirs.

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La violence dans les manifestations contre le racisme est-elle justifiable?

La question peut sembler choquante, mais le débat entourant la violence dans les manifestations pour dénoncer le traitement envers les personnes de race noire existe.

Les Noirs manifestent depuis des siècles pour faire respecter leurs droits, pour cesser de craindre les autorités, pour accéder aux mêmes opportunités d’emplois que leurs homologues blancs. 

Certains justifient la violence récemment observée dans les manifestations contre le racisme en affirmant que les manifestations pacifiques ne mènent plus à rien. 

D’autres prônent toujours les manifestations pacifiques et urgent la population à s’opposer à la violence et au pillage. 

« Personne ne s’est réveillé en décidant qu’il allait aller faire du saccage pour aucune raison », souligne la députée néo-démocrate Laura Mae Lindo.

Mme Lindo est la présidente du premier caucus Noir de l’Ontario. 

La députée néo-démocrate Laura Mae Lindo

Sans excuser le comportement violent de certains manifestants, cette dernière remarque que la colère démontrée dans les récentes manifestations est le résultat d’une accumulation de plusieurs années de persécution. 

« Ils se sont réveillés, ont tenté d’avoir une journée normale, en plein cœur d’une pandémie, ce qui cause déjà un grand taux d’anxiété, et quelqu’un qui leur ressemble meurt, alors qu’il criait à l’aide. Il s’est fait tuer par des gens qui sont censés aider. Quand les gens vont directement à l’étape de la condamnation de la violence, ils manquent toutes les étapes qui ont mené à cette violence. »

Pour répondre à la question, le professeur en communication à l’Université d’Ottawa, Boulou Ebanda De B’Beri, estime qu’il faut justement s’intéresser d’abord à la provenance de cette violence. 

« Nous sommes dans un monde construit sur la violence. En Amérique du Nord, nos états ont été construits sur la violence, sur le sang. »

Selon lui, il s’agit d’une fausse question. « Se questionner sur la violence envers le matériel est de déplacer le problème. [...] L’assassinat de George Floyd est la représentation d’une réalité qui n’est pas encore reconnue comme telle. C’est comme si on était en train de rejouer un vieux film. Je vous encourage à observer les changements au cours de l’histoire. Qu’est-ce qui a fait l’histoire, qu’est-ce qui a changé les choses. »