Le Système national d'alertes au public — appelé couramment «En alerte» — n'avait rien de prévu pour les menaces potentielles de missiles.

Le Canada «finalise» un protocole dans l'éventualité d'une alerte de missile

OTTAWA — Près d'un an après qu'une fausse alerte de missile eut terrifié l'État d'Hawaï, le Canada dit être en train de «finaliser» un protocole pour informer le public dans l'éventualité d'une réelle attaque de destruction massive.

D'après des notes internes et des courriels du gouvernement fédéral obtenus en vertu de la Loi sur l'accès à l'information, la fausse alerte envoyée dans la matinée du 13 janvier dernier a amené les autorités canadiennes à se questionner sur leur propre système.

Le message d'urgence envoyé un samedi par l'agence des services d'urgence d'Hawaï, qui exhortait les habitants de l'île américaine à trouver refuge, a été démenti 38 minutes plus tard, suscitant de nombreuses questions sur le système en place.

Le lundi suivant, les responsables canadiens avaient reçu plusieurs requêtes de médias, leur demandant ce que le gouvernement ferait s'il y avait une attaque nucléaire.

Les autorités ont convoqué une téléconférence pour «clarifier les rôles et responsabilités» entre le ministère de la Sécurité publique et celui de la Défense nationale, ainsi que pour coordonner leurs communications, peut-on lire dans les notes récemment rendues publiques.

Selon des documents d'information du ministère de la Sécurité publique datant du 15 janvier, on présumait que le système d'avertissement pour le lancement d'un missile serait effectué par le ministère de la Défense et les Forces armées canadiennes, mais «cette présomption devra être vérifiée», indique-t-on.

Le Centre des opérations du gouvernement (COG), une agence fédérale de gestion des urgences, était «en ce moment en train de mettre au point un protocole d'avertissement» avec le ministère de la Défense relativement à une attaque de missile, selon les notes. Le protocole prévoirait que l'information serait partagée avec les agences fédérales et leurs homologues provinciales et territoriales.

Mais il y avait un problème.

Le Système national d'alertes au public — appelé couramment «En alerte» — n'avait rien de prévu pour les menaces potentielles de missiles. Il se concentrait davantage sur les dangers et catastrophes survenant à l'intérieur du territoire, dont les inondations, la température extrême, les déversements chimiques et les incidents terroristes. Les alertes sont diffusées à la radio et à la télévision, et plus récemment, par messages textes.

Environnement et Changement climatique Canada était le seul ministère fédéral relié au système d'alerte, qui devait diffuser des alertes météorologiques.

«ECCC n'a pas le mandat de lancer une alerte reliée à une attaque de missile potentielle», peut-on lire dans les documents.

Le ministère de la Sécurité publique n'était même pas certain qu'il puisse envoyer une alerte nationale instantanément. Les avertissements sont généralement localisés et se sont déroulés d'une province à l'autre avec le mouvement d'un système météorologique.

Une alerte canadienne concernant une frappe de missile proviendrait probablement du bureau du premier ministre, indiquent les notes.

Un plan plus détaillé élaboré

Quelques jours plus tard, les responsables avaient une meilleure idée du protocole d'avertissement sur le lancement de missiles, selon des informations plus détaillées datées du 18 janvier.

Une fois le missile lancé dans le ciel, les Forces canadiennes en informeraient immédiatement le Centre des opérations du gouvernement, lequel dirait à son tour la communauté de la gestion des urgences par courriel s'il n'y a pas de menace.

«S'il existe une menace potentielle ou réelle pour le Canada ou les intérêts canadiens, le [centre des opérations] organisera une téléconférence avec les principaux partenaires concernés afin de partager des informations et coordonner la réponse pangouvernementale appropriée.»

Les responsables voyaient d'un mauvais oeil la possibilité que ce soit le Centre des opérations du gouvernement qui diffuse l'information sur une frappe de missile. Il faudrait examiner soigneusement la responsabilité juridique et utiliser le centre pourrait créer un chevauchement avec les canaux existants, ce qui entraînerait des messages en double «susceptibles de créer une confusion supplémentaire».

Des notes préparées quelques semaines plus tard précisent le plan.

En cas d'attaque par missile, le NORAD, qui protège l'espace aérien nord-américain, avertirait la Défense, qui en informerait ensuite les «responsables compétents».

«Les Canadiens seraient ensuite informés par tous les canaux disponibles, y compris les médias et les médias sociaux», indiquent les notes. «Les alertes d'urgence sont généralement émises par les agences de gestion des urgences provinciales ou territoriales responsables de l'intervention "sur le terrain".»

Cependant, il reste certains détails précis à peaufiner.

Les agences fédérales sont en train de «finaliser les détail» du protocole, a indiqué Karine Martel, porte-parole du ministère de la Sécurité publique.

«Les détails du protocole seront mis en place en bonne et due forme.»