Le Beachbody fait réagir

Un cours de mise en forme destiné aux adultes et aux adolescentes et dispensé par la Ville de Saint-Honoré à compter du 17 avril soulève certains questionnements. Le Beachbody, axé sur le tonus musculaire, est «spécialement conçu pour remodeler la silhouette».

Le cours vise une clientèle adulte, mais comme c’est le cas pour toutes les activités printanières offertes par le service des loisirs, il est ouvert aux jeunes filles âgées d’au moins 14 ans. Dans la plus récente mouture du cahier des loisirs de Saint-Honoré, en guise de description de Beachbody, il est question de «20 minutes de cardio pour brûler un maximum de calories et ensuite s’attaquer à la musculation». 

Invitée à expliquer le choix de la municipalité, dans le contexte où les jeunes filles sont bombardées de stéréotypes et d’images faisant l’apologie de la minceur, la responsable du service des loisirs convient que le nom du cours fait réfléchir. Cela dit, Marie-Josée Paquet assure que le contenu n’a rien à voir avec les régimes ou la quête du corps parfait.

«C’est un partenaire de la municipalité, Majosport, qui donne le cours. Nous ne sommes pas responsables du contenu. Par contre, nous avons eu le même questionnement que vous l’an dernier et nous avons demandé à notre kinésiologue en charge de valider le contenu du cours. C’est un entraînement à haute intensité avec intervalles qui n’a rien à voir avec la diète. Ce n’est certainement pas le message qu’on veut véhiculer et peut-être que c’est un peu maladroit de garder le nom Beachbody», convient Marie-Josée Paquet. 

La directrice explique que la municipalité prône la diversité corporelle et encourage sa population, particulièrement les jeunes, à adopter et à maintenir de saines habitudes de vie. La Ville de Saint-Honoré a d’ailleurs banni de ses installations tout supplément ou substance pouvant être consommé par des citoyens en marge d’un programme de mise en forme. 

Abdos de rêve

Les programmes de conditionnement de la marque Beachbody, offerts en ligne, gagnent en popularité auprès des jeunes femmes. Il en va de même pour le défi 21 Day Fix. Tous deux sont assortis d’exercices à haute intensité, faits à domicile, et de suppléments alimentaires. Sur le site Web de Beachbody, les internautes sont incitées à entreprendre une démarche en vue de détenir «des abdos et un derrière de rêve». 

«Vous pouvez vous façonner un corps ferme et défini en temps réel [...]. Pour obtenir une transformation corporelle complète aussi radicale, votre détermination doit tourner à l’obsession. Êtes-vous prêt à vous donner à fond?», est-il inscrit sur la page d’accueil de Beachbody.

Propriétaire de Majosport, Marie-Josée Gravel insiste sur le fait que le contenu de son cours n’a absolument rien à voir avec ces programmes et ne fait pas la promotion de la minceur chez les adolescentes. Elle explique que la dénomination du cours a été choisie pour sa «résonnance dans la tête des gens» et pour faire «un lien avec la culture populaire».

«On a essayé plusieurs noms. Les gens vont aller avec ce qui leur crée un sentiment et ce qui leur procure une résonnance. Le concept de Beachbody et de 21 Day Fix résonne dans la tête des gens. Au début on s’est questionné sur le nom qu’on voulait donner au cours, qui est en fait un entraînement structuré, encadré par un entraîneur qualifié. On a pensé à Bikini Body, mais finalement, on s’est rendu compte que Beachbody, c’est ce que les gens veulent», a signifié Marie-Josée Gravel, qui affirme n’avoir reçu aucune critique à ce sujet. Au contraire, elle signale que les femmes sont très optimistes en ce qui a trait au cours et à son contenu. 

La psychologue Martine Fortier, qui oeuvre à la Clinique de l'adolescence de l'Hôpital de Chicoutimi, croit qu'un cours nommé Beachbody, destiné aux adolescentes de 14 ans, envoie un mauvais message aux jeunes filles, à un moment où plusieur d'entre elles sont en questionnement au sujet de leur apprarence physique.

«Modeler son corps n’est pas une voie pour le bonheur»

Les filles de 14 à 17 ans, qui sont souvent en questionnement au sujet de leur apparence physique, représentent le noyau de la clientèle de la Clinique de l’adolescence de l’hôpital de Chicoutimi, où sont reçus des jeunes aux prises avec des troubles alimentaires. Pour la psychologue Martine Fortier, le message qu’envoie la dénomination Beachbody est inquiétant.

La professionnelle ne souhaite pas commenter ce «produit» en particulier ni le cours dispensé à Saint-Honoré. Elle admet toutefois que ce type de situation la rend perplexe.

«Des appellations comme ça, qui visent les jeunes, me questionnent beaucoup. Disons que pour ce groupe d’âge, c’est inquiétant. Ce n’est pas une voie pour le bonheur de tout le temps modeler son corps et c’est ce qu’on dit aux adolescentes qu’on rencontre. Quand on s’engage dans une quête comme ça, on combat notre nature parce que les standards de beauté qui sont véhiculés sont tout simplement irréalistes», note Martine Fortier. Elle ajoute que les adolescentes rencontrées pour des troubles alimentaires comme l’anorexie ou la boulimie sont souvent influencées par les images qui leur sont envoyées chaque jour sur la toile. 

«Il y a un effet pervers avec les médias sociaux. Avec les algorithmes, il suffit qu’on clique sur un contenu ou que l’on mette un ‘‘J’aime’’ pour être bombardé d’images. On devient surexposé», enchaîne la psychologue.

Le printemps est source de stress pour de nombreuses jeunes filles, qui ne veulent pas exposer certaines parties de leur corps. Le personnel de la clinique de l’adolescence travaille à déconstruire les idéaux que peuvent avoir certaines adolescences.

«Les filles sont beaucoup plus préoccupées au printemps. On les encourage à s’accepter et à ne pas se cacher si elles ont envie de se mettre en short, en camisole ou en maillot de bain. On les encourage aussi à remettre en question les standards de beauté véhiculés par la société», poursuit Martine Fortier. Elle cite une étude réalisée en 2017 au sujet des régimes, laquelle démontre que le taux d’échec sur cinq ans est de 95 pour cent.