Le conseil de Gatineau a voté en faveur du projet du 22, rue Principale dans le secteur Aylmer.

Le 22, rue Principale approuvé par le conseil

Coup de théâtre à Gatineau. Après des mois de négociation avec le promoteur, de retraits de l’ordre du jour et des menaces de poursuites judiciaires, le conseil municipal a finalement adopté, mardi soir, le projet controversé du 22, rue Principale à Aylmer. Seule la conseillère Isabelle N. Miron s’est opposée au projet.

La conseillère du quartier, Audrey Bureau, qui s’opposait au projet et qui a tenté une négociation de la dernière chance qui a fait chou blanc avec le promoteur Denis Cléroux a elle aussi donné son appui au projet, le qualifiant au passage de « moyennement satisfaisant ». 

Le changement de ton était aussi perceptible du côté du maire Maxime Pedneaud-Jobin, qui, il y a un mois, prônait la prudence quand vient le temps de construire dans un secteur patrimonial. « On voulait un exercice supplémentaire de négociation avec le promoteur et pour toutes sortes de raisons ça n’a pas fonctionné, a-t-il affirmé. Devant ça, même si je pense qu’on a un projet insatisfaisant, c’est un projet pour lequel je n’ai pas honte de voter et d’appuyer. »

La conseillère Bureau est d’avis que le dossier du 22, rue Principale révèle une problématique claire et urgente pour les gens de son quartier. 

« Nos règles actuelles en urbanisme ne reflètent pas la vision à long terme dont nous voulons nous doter, a-t-elle déclaré lors de son allocution. Notre zonage est inadéquat et les critères du plan d’implantation architectural sont subjectifs. Tenter d’imposer une vision qui ne se reflète pas dans notre réglementation serait toutefois une erreur d’équité. »

La conseillère estime toutefois que le conseil vient de se « mettre le bras dans le tordeur » en autorisant la construction de cet immeuble à condominium de quatre étages en plein cœur du secteur patrimonial du Vieux-Aylmer. 

« Le 22, rue Principale va devenir un comparable pour autoriser de futurs projets dans le secteur et c’est très dangereux. Il y a une faille dans nos critères. Il n’y a pas de distinction entre un comparable qui serait une aberration et un comparable qui serait patrimonial. » 

Mme Bureau a ajouté que la réalisation du projet de condominium sur la rue Principale, aura des impacts importants. 

Selon elle, le secteur s’expose à une surévaluation des prix des terrains qui pourrait inciter les propriétaires d’immeubles à caractère patrimonial à négliger leur bâtiment pour être admissibles à l’obtention d’un permis de démolition.

Le président du comité consultatif d’urbanisme (CCU), Jocelyn Blondin, avait pour sa part retrouvé le sourire, lui qui fulminait après le retrait du dossier de l’ordre du jour du conseil municipal de février. 

« Je disais qu’il fallait être prudent et qu’il fallait de bonnes raisons pour refuser ce projet qui a été analysé et recommandé par nos services et le CCU, a-t-il rappelé. Mme Bureau a une crainte quant à ce qui peut s’en venir comme projet sur la rue Principale dans le futur, mais je peux la rassurer. L’urbanisme ne va pas accepter n’importe quoi, elle n’a pas à s’inquiéter. »

Un héritage et des résidents amers

Les défenseurs du patrimoine du Vieux-Aylmer étaient sous le choc, mardi, en voyant le conseil municipal autoriser la construction d’un immeuble à condominiums de quatre étages au 22, rue Principale. 

Un immeuble à condominiums de quatre étages sera construit au 22, rue Principale, dans le secteur Aylmer.

«Il y a des centaines d’hommes, de femmes et de familles qui habitent Aylmer et qui se sentent floués, qui sont extrêmement déçus, a lancé Ghislain Otis, représentant d’un regroupement de citoyens du secteur. Ils croyaient qu’il y avait une volonté réelle des élus de prendre leurs responsabilités, mais ce qui était inacceptable il y a quelques semaines a finalement fait l’objet d’un vote presque unanime, sans explication. On nous laisse ce soir un héritage amer qui va coller à la semelle de nos élus. C’est un héritage qui va les hanter. Ce mastodonte au 22, rue Principale, ce sera leur bébé et ils ne pourront jamais le répudier.»

La présidente de l’Association du patrimoine d’Aylmer, Micheline Lemieux, avait aussi des mots durs, notamment envers le président du comité consultatif d’urbanisme (CCU), Jocelyn Blondin. «Il a tué toutes nos chances de négociation avec le promoteur, a-t-elle lancé. Je suis déçue. Je suis triste. On a suivi les règles du jeu, mais j’ai été trop naïve et je le regrette.»

Mme Lemieux s’expliquait aussi très mal l’appui au projet donné par la conseillère Audrey Bureau. «Elle fait une belle intervention et ensuite se tourne de bord et vote en faveur du projet, raconte-t-elle. J’ai bien de la misère à suivre nos conseillers d’Aylmer qui ont tous voté pour le projet.»