Lawrence Greenspon est l’un des avocats les plus en vue du Canada.

L’avocat du peuple

CHRONIQUE LES GRANDES ENTREVUES / Lawrence Greenspon, 63 ans, est l’un des avocats les plus connus et réputés à Ottawa et au pays, lui qui a été au cœur d’innombrables procès hautement médiatisés au cours de sa carrière de 37 ans.

C’est vers lui que s’est tournée la famille d’Abdirahman Abdi pour obtenir justice. 

M. Abdi est cet homme de 37 ans souffrant de problèmes de santé mentale qui a perdu la vie à la suite d’un affrontement avec deux agents du Service de police d’Ottawa (SPO) en juillet 2016. 

Lawrence Greenspon a défendu en justice le sénateur Mike Duffy. Et il a récemment défendu Roxanne Carr, une résidente d’Ottawa brutalisée par des agents du SPO en 2008. Il a gagné cette cause et Mme Carr recevra une indemnité d’approximativement 500 000 $. 

Ce ne sont que quelques causes qui ont récemment défrayé les manchettes et dans lesquelles était impliqué cet avocat originaire de Laval.

« Lawrence Greenspon est celui qui se lèvera pour défendre monsieur et madame Tout-le-Monde contre les institutions, les gouvernements, les compagnies d’assurance et les multinationales », peut-on lire dans sa biographie mise en ligne par sa firme d’avocats Greenspon, Brown & Associates.

« C’est mon père qui m’a transmis ces valeurs, dit-il. En fait, j’ai eu deux pères. Mon père biologique, qui était homme d’affaires. Puis mon beau-père, celui avec lequel ma mère s’est remariée et avec lequel j’ai grandi. Il était un survivant d’Auschwitz, de l’Holocauste. Il a été emmené au camp de concentration à l’âge de 14 ans, et il a été libéré par les Américains à l’âge de 18 ans. Il pesait 60 livres lorsqu’il a été libéré. Sa sœur et ses parents ont été tués à Auschwitz.

«C’est lui qui m’a transmis les valeurs fondamentales de la vie. Il me disait : «si tu veux lever le nez sur les gens, grimpe sur une chaise. Mais n’abaisse jamais personne». C’est mon beau-père qui m’a enseigné à me lever pour défendre la veuve et l’orphelin.»

Philanthrope, Lawrence Greespon n’hésite jamais à s’impliquer pour une bonne cause, pour changer le monde. La liste d’organismes et d’œuvres de bienfaisance qu’il a appuyés et représentés au cours des 37 dernières années est exhaustive. Et il y a deux ans, il a accepté de présider la campagne de financement «Pour toi mon cœur» de la Fondation de l’Hôpital Montfort dont l’objectif était d’amasser 2,5 millions $ pour l’achat d’un tomodensitomètre qui permet de déceler rapidement la plupart des maladies et des troubles cardiaques les plus graves.

«J’avoue que ça m’a surpris lorsque Montfort m’a demandé de présider cette campagne, dit-il. C’est peut-être parce que plusieurs dans la communauté pensent que Montfort est un hôpital uniquement francophone alors que 51 % des patients de cet hôpital ne sont pas francophones. Donc j’imagine qu’on cherchait un francophile bilingue connu dans les communautés anglophone et francophone pour présider cette campagne. Et j’ai dit «oui» tout de suite. Je suis souvent venu à Montfort pour visiter des gens, dont mon bon ami (feu) Mauril Bélanger quand il était aux soins intensifs. J’ai passé plusieurs jours à Montfort avec Mauril et j’ai vu le professionnalisme incroyable du personnel de l’hôpital. Donc de participer à une campagne à Montfort qui vise à sauver des vies, j’ai tout de suite embarqué.

«Mais j’ai un ami qui a parfaitement résumé la situation. Je tenais une campagne de financement pour Montfort dans la communauté italienne, il y a quelques semaines, et mon ami m’a dit : «je pense qu’il y a juste à Ottawa où tu peux avoir un juif qui organise un événement dans la communauté italienne pour amasser des fonds pour un hôpital francophone et catholique». Il avait tout compris !, ajoute-t-il en s’esclaffant.

— Vous qui côtoyez les deux communautés (francophone et anglophone) d’Ottawa, Me Greenspon, croyez-vous que la Ville d’Ottawa devrait être officiellement bilingue ?

— Absolument ! J’ai rencontré les gens du mouvement pour une capitale bilingue et je leur ai dit de m’appeler si je peux aider d’une façon ou d’une autre dans cette cause. D’ailleurs, je croise souvent Jim Watson (le maire d’Ottawa), on se connaît bien lui et moi, et je devrai lui en parler. Je ne sais pas pourquoi il s’oppose au bilinguisme officiel pour la capitale du pays. Ça ne coûterait pas plus d’argent, c’est quoi le problème ?

— Et la question qui tue, Me Greenspon, vous qui êtes de la région de Montréal. Les Canadiens ou les Sénateurs ? (Rires)

— Mon beau-père était Européen, originaire de la Pologne. Quand j’avais six ans, je lui ai dit que je ne voulais pas être comme tous mes camarades de classe qui étaient partisans du Canadien. Alors il m’a dit qu’il y avait un très bon joueur européen du nom de Stan Mikita chez les Blackhawks de Chicago. Alors je suis devenu partisan des Blackhawks, et je le suis toujours. Mais je suis aussi un très grand partisan des Sens.»