Certains craignent que le contrat controversé de plusieurs milliards de dollars conclu entre le Canada et l’Arabie saoudite soit menacé par cette querelle diplomatique.

L’avenir du contrat de blindés à l’Arabie saoudite inquiète les gens de London

La détérioration soudaine des relations entre l’Arabie saoudite et le Canada attire probablement l’attention des résidants de London, en Ontario, plus que partout ailleurs au pays.

L’usine General Dynamics Land Systems installée dans la ville fournit des véhicules blindés légers aux forces de sécurité saoudiennes, grâce à un contrat de 15 milliards $ signé par le gouvernement fédéral en 2014. Le précédent gouvernement conservateur avait décrit le contrat d’armement à l’époque - qui fournit des emplois directs à 2000 personnes - comme le plus important contrat d’exportation de fabrication de pointe de l’histoire du Canada.

Au cours de la fin de semaine, l’Arabie saoudite a annoncé qu’elle gèlerait tout nouvel accord commercial et d’investissement avec le Canada, expulserait l’ambassadeur canadien et rappellerait son propre émissaire à Ottawa. Le royaume entend également annuler les bourses de 15 000 étudiants saoudiens fréquentant une université au Canada.

Ces mesures ont été prises en représailles à un message du gouvernement canadien sur Twitter qui exprimait ses préoccupations concernant l’arrestation de militants des droits de la personne dans le royaume saoudien.

Certains craignent que le contrat controversé de plusieurs milliards de dollars conclu entre le Canada et l’Arabie saoudite soit menacé par cette querelle diplomatique.

«C’est vraiment inquiétant», a déclaré Jim Reid, un dirigeant syndical qui représente près de 500 travailleurs de l’usine de General Dynamics à London, une région qui a connu de nombreuses fermetures d’usines au fil des ans.

General Dynamics «est maintenant le plus grand employeur de la région de London», a-t-il souligné.

M. Reid, président de la section locale 27 d’Unifor, a affirmé que les activités de l’usine soutenaient jusqu’à 7000 emplois indirects et a dit espérer que le gouvernement saoudien continuerait de respecter les contrats existants.

Selon lui, plusieurs facteurs jouent en faveur de l’accord: les Saoudiens devront payer des pénalités s’ils abandonnent le contrat, un retrait pourrait nuire à la réputation du pays avec d’autres partenaires commerciaux internationaux et, plus important encore, Riyad veut que les véhicules soient fabriqués à London.

«Il faut espérer que cette affaire se dissipe», a souhaité M. Reid, qui a souligné que son syndicat appuyait pleinement la décision d’Ottawa de dénoncer les atteintes aux droits de la personne et les violations des droits fondamentaux des femmes en Arabie saoudite.

Le commerce des armes entre le Canada et l’Arabie saoudite, un royaume dirigé par un régime largement considéré comme répressif, a suscité de nombreuses récriminations de groupes de défense des droits de la personne et de contrôle des armements.

Depuis que le conflit diplomatique a éclaté dimanche, le gouvernement Trudeau a insisté sur la pertinence de sa décision de communiquer ses préoccupations en matière de droits de la personne à Riyad.

«Nous allons défendre les valeurs que nous savons importantes pour les Canadiens, et l’Arabie saoudite prendra les décisions qu’elle prendra», a déclaré mardi le ministre des Finances, Bill Morneau, à qui l’on demandait si la dispute pourrait compromettre l’accord avec General Dynamics.

Doug Wilson-Hodge, directeur des affaires générales de General Dynamics, a affirmé mardi que la société refusait de commenter la situation, puisqu’il s’agit d’une affaire politique entre Ottawa et Riyad.