Lucien Bouchard, Pauline Marois et Bernard Landry ont salué tour à tour au micro l'«immense respect des institutions démocratiques», l'intelligence et le charisme de René Lévesque.

Landry, Marois et Bouchard réunis pour les 30 ans de la mort de René Lévesque

Trois anciens premiers ministres du Québec, des ex-collègues et une multitude d’autres personnalités péquistes et indépendantistes ont rendu hommage à l’ancien premier ministre René Lévesque, mercredi, à l’occasion du 30e anniversaire de sa mort.

À Montréal, à l’invitation de la Fondation René-Lévesque, Pauline Marois, Bernard Landry et Lucien Bouchard ont salué tour à tour au micro son «immense respect des institutions démocratiques», son intelligence et son charisme, son amour de ses concitoyens et sa passion tournée vers l’action.

M. Landry a surtout salué sa détermination envers la création et la redistribution de la richesse, pour le peuple et non «pour lui ou pour le 1 pour cent».

«Lui-même n’était pas intéressé par l’argent. Il était d’une honnêteté absolue, ce qui, dans le contexte actuel, devrait être une leçon», a-t-il laissé tomber en entrevue après son discours.

Soulignant les mesures envers les services de garde en milieu scolaire dans les années 1980 - «premier jalon» de la politique d’aide à l’enfance -, Mme Marois a fait valoir que M. Lévesque était toujours «habité» par le désir de résultats concrets et qu’il réclamait la même «obsession» de la part de ses ministres.

«M. Lévesque, c’est un grand démocrate, et c’est quelqu’un qui ne voulait pas bousculer son peuple, qui était très respectueux de son peuple. C’était quelqu’un qui croyait à la justice sociale, ça aussi c’est important. Et c’était un homme d’une intégrité absolument exceptionnelle. On devrait toujours être intègre comme lui l’a été, surtout dans les temps un peu troubles que l’on vit maintenant», a déclaré Mme Marois en entrevue après son allocution.

«Et son intégrité l’a amené aussi à vouloir corriger les lois, alors c’est un homme qui nous a laissé un immense héritage, au niveau des institutions, du financement des partis politiques, de la loi électorale. C’est aussi quelqu’un qui était curieux et ne prenait jamais rien pour acquis», a-t-elle ajouté.

Parlant d’un «éveilleur de peuple» ayant inculqué le désir d’»être maître de son avenir», M. Bouchard a tout de même déclaré qu’une partie de la «ferveur» et de l’»engagement collectif» était disparue avec lui.

«René Lévesque a mis sur un piédestal le respect qu’on doit porter à la démarche politique comme telle, a dit M. Bouchard en entrevue. Aujourd’hui, elle est très battue en brèche. (...) La population a perdu beaucoup de respect pour les dirigeants politiques, il y a de moins en moins de gens qui veulent s’y engager, alors que lui croyait à l’engagement. Et ce qu’il nous a laissé, René Lévesque, c’est justement le respect des institutions, et l’idée que ce qu’on peut faire de plus noble, de plus important, c’est de s’engager pour le bien commun. Ce sont des idées qui font un peu rire aujourd’hui. Parler du bien commun aujourd’hui...»

Au micro, le grand chef de la nation huronne-wendat Konrad Sioui est venu dire que M. Lévesque avait fait de «grandes choses» pour l’ensemble des Premières Nations du Québec, le remerciant de tout son coeur de les avoir fait grandir dans une relation de nation à nation.

«On est dans votre équipe. On est avec vous. Je me souviens», a déclaré M. Sioui à l’endroit de M. Lévesque.

Plus tôt mercredi, les députés du Parti québécois (PQ) avaient aussi rendu hommage à M. Lévesque. Durant une cérémonie commémorative organisée devant sa statue près de l’Assemblée nationale à Québec, le chef péquiste Jean-François Lisée a salué «l’extraordinaire volonté politique et la détermination» dont avait dû faire preuve son prédécesseur pour «entraîner le Québec dans des changements importants».

M. Lisée a assuré que les troupes péquistes étaient demeurées fidèles aux valeurs et aux convictions de M. Lévesque, et qu’elles étaient là pour terminer ce qu’il avait commencé.

Doyen de l’Assemblée nationale et député péquiste d’Abitibi-Ouest depuis 1976, François Gendron a pour sa part affirmé que M. Lévesque était un homme simple et humble qui était apprécié du public pour sa franchise et son authenticité.

La voix brisée par l’émotion, M. Gendron a qualifié le disparu «d’homme d’exception» et a soutenu que les Québécois auraient toujours un devoir de mémoire envers ce qu’il a réalisé.

Figurant parmi les politiciens les plus marquants de l’histoire du Québec, René Lévesque a été terrassé par une crise cardiaque à son domicile de Montréal le 1er novembre 1987, à l’âge de 65 ans.

M. Lévesque a été premier ministre du Québec de 1976 à 1985 et avait précédemment été un ministre influent au sein du gouvernement libéral du premier ministre Jean Lesage de 1960 à 1966. Il a fondé le PQ en 1968.

Avant de se lancer en politique, il avait mené une carrière de journaliste à la radio et à la télévision pendant une vingtaine d’années. Après la politique, il a brièvement renoué avec le journalisme, jusqu’à sa mort.

René Lévesque a vu le jour au Nouveau-Brunswick, mais il a passé son enfance à New Carlisle, en Gaspésie. C’est d’ailleurs dans cette municipalité qu’est présentement construit l’Espace René-Lévesque, un lieu où son parcours sera évoqué et dont l’inauguration est prévue le printemps prochain.