Le premier ministre François Legault
Le premier ministre François Legault

L’alerte maximale devrait être maintenue au-delà du 28 octobre [VIDÉO]

Olivier Bossé
Olivier Bossé
Le Soleil
À moins d’une baisse importante et soutenue des nouveaux cas de COVID-19 au Québec dans les prochains jours, les résidents des zones rouges, c’est-à-dire la grande majorité des Québécois, devront continuer d’endurer les restrictions en vigueur au-delà du 28 octobre.

C’est ce que le premier ministre a laissé entendre, jeudi, lors de son traditionnel point de presse de 13 h.

«Je regarde le nombre de nouveaux cas aujourd’hui et les chances sont faibles», a répondu François Legault, à propos des probabilités de voir les restaurants actuellement en zone rouge rouvrir jeudi prochain. «Si on décidait demain matin de rouvrir les restaurants, on augmenterait les risques que la propagation augmente, et aujourd’hui, c’est le contraire qu’il faut faire.»

Le 29 octobre sera le lendemain du fameux défi de 28 jours lancé par le premier ministre et son ministre de la Santé il y a maintenant trois semaines.

À bien écouter les propos de M. Legault jeudi, on comprend que les chances de voir s’assouplir dans une semaine la majorité des règles mises en place pour réduire les contacts s’avèrent faibles.

«On a encore autour de 1000 nouveaux cas par jours. On va prendre encore quelques jours pour regarder la situation. On va regarder les chiffres de la fin de semaine et on se donne jusqu’en début de semaine prochaine pour annoncer ce qu’on va faire après le 28 octobre. Mais le but reste de réduire les contacts», a martelé M. Legault.

Pas moins de 20 nouveaux décès, dont 8 survenus dans les 24 heures précédentes, et 1033 nouveaux cas ont été annoncés par la santé publique jeudi. Le décompte de Québécois morts de la COVID-19 s’élève à 6094, officiellement.

«On ne peut pas supporter 1000 cas»

Un plateau d’environ 1000 nouveaux cas détectés par jour au Québec se poursuit depuis trois semaines, ce qui coïncide justement avec le début du défi de 28 jours.

«On aurait aimé ça voir une diminution du nombre de nouveaux cas, mais ça semble être vraiment comme un peu gelé à 1000 nouveaux cas par jour. Puis 1000 nouveaux cas par jour, on ne peut pas supporter ça. Notre réseau de la santé ne peut pas supporter les conséquences des 1000 nouveaux cas par jour. Puis 1000 nouveaux cas par jour, ça veut dire, comme aujourd’hui, 20 nouveaux décès par jour. On ne peut pas accepter cette situation-là. En plus, les prochaines semaines, les prochains mois, l’hiver va arriver, donc plus de gens à l’intérieur, la saison de la grippe. Ça va s’ajouter. Ça ne va pas s’améliorer», a expliqué M. Legault.

Le nombre élevé de nouveaux cas se traduira inévitablement pas une hausse des hospitalisations et, par la suite, de décès, calcule le premier ministre Legault, qui était comme toujours accompagné de son ministre de la Santé et des Services sociaux, Christian Dubé, ainsi que du directeur national de la santé publique, Dr Horacio Arruda.

La baisse nette de 12 hospitalisations enregistrée jeudi ne saurait constituer une tendance, croit M. Legault. Il s’attend à une nouvelle augmentation à ce chapitre dans les prochains jours.

Les 553 personnes hospitalisées au Québec en ce moment pour cause de COVID-19 laissent notre réseau de santé «sous contrôle». Mais le «plafond qu’on ne peut pas dépasser» approche, ajoute M. Legault, sans donner de chiffre précis sur ledit plafond.

Peur d’une remontée comme ailleurs

Malgré la stabilisation du nombre de nouveaux cas trouvés chaque jour ici, quand même «une bonne chose», le premier ministre Legault laisse transparaître son inquiétude de voir la situation au Québec suivre celle d’autres pays où la deuxième vague frappe encore plus fort en ce moment, comme les États-Unis, la France et le Royaume-Uni.

«Évidemment, on ne souhaite pas ajouter des consignes. Mais on regarde Boston, ce n’est quand même pas à l’autre bout du monde. Boston, aujourd’hui, a fermé toutes ses écoles publiques. Moi, c’est la dernière chose que je veux faire, fermer nos écoles publiques. Donc, on n’a pas le choix, tout le monde doit réduire ses contacts, a-t-il illustré.


« Si on décidait demain matin de rouvrir les restaurants, on augmenterait les risques que la propagation augmente, et aujourd’hui, c’est le contraire qu’il faut faire. »
François Legault, premier ministre du Québec

«Demandez-vous pas comment on peut faire pour contourner les consignes. Demandez-vous comment on peut faire pour éliminer tous les contacts qui ne sont pas absolument nécessaires», a résumé le premier ministre, s’inspirant du «ne vous demandez pas ce que votre pays peut faire pour vous» de John F. Kennedy.

Pour appuyer son point, M. Legault avait d’abord détaillé les taux de nouveaux cas, d’hospitalisations et de décès par jour par million d’habitants de ces trois pays, tous plus élevés qu’au Québec en ce moment.

«Est-ce que c’est ça qui s’en vient au Québec?» s’est-il questionné, l’air grave.

Le ministre dort mal

Le ministre Dubé a de son côté étalé la situation dans les centres d’hébergement de soins de longue durée (CHSLD), qui s’aggrave. D’aucuns craignent de rejouer dans le même film d’horreur qu’au printemps.

Il reconnaît que «ce n’est pas parfait». Mais «après 50 jours d’une deuxième vague versus 50 jours d’une première vague, on n’est pas du tout dans le même registre, assure M. Dubé.

«On parle d’à peu près 320 personnes contaminées dans 40 CHSLD, alors qu’à la 50e journée de la première vague, c’était plus de 2700 personnes qui étaient contaminées dans à peu près une centaine de CHSLD. Ça fait qu’on n’est pas du tout dans le même registre.»

Quand un journaliste a demandé au premier ministre s’il était prêt à prendre la responsabilité personnelle d’une éventuelle deuxième hécatombe dans les CHSLD, le ministre de la Santé s’est permis de prendre le crachoir. Après son patron, qui parlait d’une «responsabilité partagée» avec les Québécois.

«Quand le premier ministre m’a donné ce mandat-là, il y a quelques mois, il m’a dit clairement qu’il fallait protéger nos aînés dans les CHSLD. C’était carrément ça, mon mandat.

«Je dors très mal ces temps-ci, a reconnu M. Dubé. Je me sens très responsable de cette situation-là. [...] S’il y a quelqu’un en ce moment qui est responsable, c’est moi. Je vais m’assurer qu’on va rester en contrôle. Ce n’est pas facile, mais je pense qu’à date le plan fonctionne, malgré une situation difficile. Mais je suis responsable de ce qui est en train d’arriver», a conclu le ministre de la Santé.