Les quatre Municipalités régionales de comté de l’Outaouais ont adopté ces dernières années des plans de développement de la zone agricole dans le but de se doter d’outils de planification.

L’agriculture en dormance

L’Outaouais possède un potentiel agricole astronomique, mais les friches, ces terres autrefois cultivées qui sont aujourd’hui abandonnées, laissant dans leur sillage des hectares et des hectares de production en dormance, sont au cœur du défi que doivent relever les MRC de la région afin de redynamiser ce secteur d’activité économique. Bref survol d’une problématique complexe et généralisée.

Si vous roulez sur les grandes routes de campagne de l’Outaouais, que ce soit dans la Petite-Nation, en direction de Maniwaki vers la Haute-Gatineau, dans les Collines-de-l’Outaouais, ou dans le Pontiac, vous avez probablement déjà aperçu ces grandes terres envahies d’arbustes ou de mauvaises herbes qui meublent le paysage. Il y a de fortes probabilités que celles-ci soient des friches.

En 2008, un rapport portant sur l’état des friches au Québec et préparé pour le compte d’Agriculture et Agroalimentaire Canada, révélait que plus de 100 000 hectares de terres agricoles étaient abandonnés à l’échelle de la Belle Province. L’étude soutenait également que peu de statistiques étaient disponibles pour l’Outaouais quant à l’abondance de ces terres agricoles délaissées, en comparaison avec les autres régions de la province.

Dix ans plus tard, la situation n’a guère changé en termes de documentation sur le sujet, selon Guillaume Charest-Hallée, aménagiste pour l’Union des producteurs agricoles (UPA) du Québec pour la région Outaouais-Laurentides.

« L’inventaire des friches est assez approximatif. Parfois, on en fait état dans certains plans de développement de la zone agricole que les MRC ont fait ou qu’elles sont en train de faire, mais on ne dispose pas d’une cartographie exhaustive », lance ce dernier.

Cependant, il est clair que l’Outaouais est frappée de plein fouet par ce phénomène qui occasionne une perte de productivité agricole considérable pour la région, comme ailleurs au Québec.

« Quand on se promène sur le territoire de l’Outaouais, on a l’impression qu’il y a plus de terres abandonnées par exemple que dans les Basses-Laurentides ou en Montérégie. Il y a un bon élément de subjectivité dans tout ça, mais c’est une évidence », note M. Charest-Hallée.

Un problème, plusieurs causes

Comme le fait remarquer le président de l’UPA Vallée-de-la-Gatineau, ingénieur forestier et agriculteur, Denis Côté, les terres en friche ne sont pas apparues du jour au lendemain dans le paysage de la région. Dans la municipalité de Messines, dans la Haute-Gatineau, ils étaient 65 producteurs de pommes de terres en activité en 1959.

Aujourd’hui dans le petit village, ils ne sont plus que six agriculteurs enregistrés auprès du ministère de l’Agriculture, des Pêches et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ), dit-il. De ce nombre, plus aucun ne produit des patates.

Le défi pour les MRC est de remettre les parcelles en culture.

« Ce sont toutes des terres qui ont été abandonnées. Vous parleriez avec un historien et il vous répéterait probablement une histoire semblable pour chaque village rural du Québec. Il y a beaucoup de facteurs qui expliquent ça. C’est sûr qu’ici dans la Haute-Gatineau, où nous avons une agriculture plus boréale, il y a probablement eu un abandon plus important que dans le Pontiac ou les Collines à cause de notre climat, de nos sols moins riches et de la distance plus éloignée avec les marchés de Gatineau et Ottawa », explique M. Côté.

De fait, les facteurs expliquant l’augmentation au fil des ans de la proportion de friches dans les campagnes de l’Outaouais sont multiples.

À proximité des noyaux urbains par exemple, là où les sols sont de bonne qualité, c’est principalement la spéculation foncière qui joue un rôle important.

« On achète des terres et on les laisse pousser en friche en croyant que ça va aider à faire dézoner les terrains qu’on veut développer à des fins commerciales ou résidentielles », précise Guillaume Charest-Hallée.

En zone plus reculée, l’utilisation des terrains agricoles pour la pratique de la chasse, la disparation d’entreprises causée par la modernisation des techniques agricoles ou encore la transmission de lots de génération en génération sans nécessairement que la relève familiale poursuive les opérations de la ferme sont autant de facteurs pouvant justifier le phénomène des friches.

Le défi pour les MRC est de remettre ces parcelles en culture.

Les quatre Municipalités régionales de comté de l’Outaouais ont adopté ces dernières années des plans de développement de la zone agricole dans le but de se doter d’outils de planification.

Des pistes de solution sont proposées, mais la tâche demeure ardue puisque l’agriculture est de compétence municipale, souligne M. Charest-Hallé.

C’est que les villes ne disposent pas de mesures coercitives à cet égard.

« On a peu de leviers légaux pour obliger la remise en culture d’une friche au Québec. Le monde municipal est mal équipé pour obliger un propriétaire à remettre sa terre en culture. C’est davantage au niveau des incitatifs que quelque chose peut être fait, par exemple en incitant des propriétaires fonciers qui ne sont pas producteurs à louer ces terres en friche à des entreprises agricoles », mentionne l’aménagiste de l’UPA.