Quelques instants avant de faire sa déclaration au sujet de son arrestation par l’Unité permanente anticorruption, le député indépendant Guy Ouellette a été accueilli à l’Assemblée nationale par la députée de la CAQ Nathalie Roy.

Lafrenière en commission parlementaire: l’opposition reviendra à la charge

Les précisions apportées en fin d’après-midi mardi par le commissaire Robert Lafrenière confortent chaque camp politique dans ses positions. Le Parti québécois et la Coalition avenir Québec réclament toujours d’entendre le patron de l’UPAC en commission parlementaire. Ils reviendront à la charge.

La situation «est à la fois grave et exceptionnelle», a déclaré mardi Philippe Couillard en parlant de l’arrestation du député Guy Ouellette. «Je n’aime pas voir ça», a dit le premier ministre avant d’inviter l’Unité permanente anticorruption à s’expliquer davantage — ce qu’elle a fait plus tard en journée.

«Un membre de l’Assemblée nationale, président d’une commission parlementaire, dont le mandat inclut la vérification d’un corps de police, est arrêté par ce même corps de police sans que des précisions aient été données sur les motifs de son arrestation», a résumé M. Couillard pour illustrer le côté inouï de la situation.

Commission parlementaire

Ces propos tenus, et même si certains de ses propres députés voient cette perspective d’un bon œil, le premier ministre n’a pas accepté, mardi, que Guy Ouellette et Robert Lafrenière soient convoqués en commission parlementaire afin d’être interrogés par les parlementaires de tous les partis. C’est en vain que ceux de l’opposition en ont fait la demande.

Il serait inusité d’entendre dans une même instance une personne arrêtée et celle qui l’a arrêtée, estime le premier ministre. Il s’est appuyé sur la «séparation» devant exister entre les pouvoirs législatif et judiciaire.

La Coalition avenir Québec souhaite aussi entendre Annie Trudel en commission parlementaire. Mme Trudel, qui vit une relation personnelle avec le député Ouellette, a dénoncé l’existence d’un stratagème impliquant l’UPAC et l’Autorité des marchés financiers pour certifier des entreprises voulant obtenir des contrats publics.

L’AMF a vigoureusement nié que ce soit le cas. À la suggestion du gouvernement, la Vérificatrice générale du Québec enquêtera sur cet aspect du feuilleton politico-policier.

Intimidation?

Reprenant les propos de son ministre de la Sécurité publique, Martin Coiteux, Philippe Couillard pense que le projet de loi 107 accordant plus de pouvoirs à l’UPAC doit être amendé. Il devrait comporter des mécanismes de reddition de comptes, de transparence et d’imputabilité, a-t-il fait valoir. Il n’avait jamais été question de ces amendements avant les récents événements.

«Le problème, ce n’est pas la reddition de comptes», soumet Amir Khadir, de Québec solidaire. C’est le fait que des enquêtes comme celle de Mâchurer, portant entre autres sur Jean Charest, «piétinent».

Les partis d’opposition réclament depuis longtemps que le patron de l’UPAC soit nommé avec l’appui des deux tiers des députés, et pas seulement par le gouvernement. Ce dernier refuse en brandissant les recommandations de la Commission Charbonneau.

Philippe Couillard a par ailleurs éludé les questions sur l’«intimidation» dont aurait fait preuve le patron de l’UPAC à l’égard du gouvernement, comme l’a affirmé Guy Ouellette en entrevue. Notamment en procédant à l’arrestation de l’ex-vice-première ministre Nathalie Normandeau au printemps 2016 au moment où son premier mandat expirait, ce qui aurait en quelque sorte forcé la main au gouvernement.

M. Couillard a indiqué laisser chacun libre de faire ses propres analyses, tout en notant, tout de même, que son gouvernement avait reconduit M. Lafrenière dans ses fonctions afin de ne pas interrompre les enquêtes qui étaient en cours. Il sait tout le tollé qu’aurait provoqué à ce moment-là une décision de non-renouvellement du mandat de M. Lafrenière.

Le député Pascal Bérubé s’est interrogé sur les liens familiaux entre le patron de l’UPAC et celui de la Sûreté du Québec. Le second est le gendre du premier. «Il faut tout mettre sur la table», a affirmé l’élu péquiste.