L’accusé en question, Deepan Budlakoti, 28 ans, compte parmi les sept accusés du projet Landslide visant le trafic d’arme et de drogue.

L’accusé pris dans un «limbo légal»

Un « limbo légal » entre l’Inde et le Canada a poussé un Ottavien à vivre dans la marge, et plus tard à la prison pour des allégations sérieuses de trafic d’armes, plaide son avocat.

L’accusé en question, Deepan Budlakoti, 28 ans, a été arrêté mercredi par la Police provinciale de l’Ontario (PPO). Il compte parmi les sept accusés du projet Landslide visant le trafic d’arme et de drogue, dont les résultats ont été dévoilés en conférence de presse, jeudi.

M. Budlakoti est, en quelque sorte, « apatride ». Né au Canada, mais de parents indiens qui travaillaient au haut-commissariat de leur pays, à Ottawa, il ne possède aujourd’hui aucun passeport.

Il avait pourtant le passeport canadien, mais le fédéral le lui a retiré en 2013, lorsque le principal intéressé est sorti de prison, au terme d’une sentence de trois ans pour trafic de stupéfiants et possession d’arme prohibée.

Le fédéral avait alors affirmé que l’octroi de son passeport était une erreur administrative, car les enfants nés de parents étrangers vivant au Canada ne deviennent pas automatiquement Canadiens.

Ses parents n’étaient plus à l’emploi du haut-commissariat lorsqu’il est né.

Le comité Justice pour Deepan Budlakoti qualifie sa réalité de « limbo légal », et considère qu’Ottawa doit lui rendre sa citoyenneté canadienne.

« Le ministère de l’Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté du Canada a le devoir de respecter la Charte des droits et libertés, plaide son avocat, Me Yavar Hameed. Sans nationalité, cet homme se voit refuser son droit au travail ou à des soins de santé. Ce devoir (du gouvernement) n’est pas éclipsé par l’inadmissibilité découlant des lois sur l’immigration. »

La « marginalisation » de M. Budlakoti le force à travailler au noir, plaide le comité Justice pour Deepan Budlakoti. 

« Les nouvelles accusations ne sont qu’un autre exemple démontrant le type de spirale dans laquelle il est pris », ajoute Me Hameed, qui s’occupe du dossier d’immigration de son client.

En 2016, dans un autre dossier relié au trafic de stupéfiants, en Outaouais, Deepan Budlakoti avait dit au juge de la Cour du Québec qui entendait sa cause qu’il n’avait pas d’autre choix que d’agir ainsi, car il « devait payer ses factures ».

Le prévenu dit n’avoir jamais résidé en Inde, le pays de ses parents.

Professeur au département de criminologie de l’Université d’Ottawa, et membre du comité d’aide à Budlakoti, Baljit Nagra affirme que le jeune homme est « tombé entre les craques du système ».

« Qu’il soit arrêté ne change pas le fait qu’il est Canadien », résume le professeur.