« Depuis mars, je dois me stationner à côté du centre communautaire et emprunter leur réseau wifi », raconte Jean Ménard, fonctionnaire fédéral et résident de Carlsbad Springs.
« Depuis mars, je dois me stationner à côté du centre communautaire et emprunter leur réseau wifi », raconte Jean Ménard, fonctionnaire fédéral et résident de Carlsbad Springs.

L’accès à Internet, un enjeu dans les secteurs ruraux d’Ottawa

Julien Paquette
Julien Paquette
Le Droit
Même au sein de la capitale d’un pays développé comme le Canada, de nombreux résidents n’ont pas accès à une connexion Internet haute vitesse à la maison, un enjeu que la pandémie de COVID-19 remet à l’avant-plan.

Le fonctionnaire fédéral et résident de Carlsbad Springs, Jean Ménard, doit payer près de 200 $ par mois pour 100 gigabits (Gb) à une vitesse de 25 mégabits par seconde (Mb/s) qui lui provient d’un réseau LTE.

« Ce n’est pas fiable. Dans une bonne journée, je vais avoir 8 Mb/s, soutient M. Ménard. Pour mon travail, je dois faire des transactions et ça passe par un réseau très secret qui nécessite une connexion avec une bonne vitesse. Depuis mars, je dois me stationner à côté du centre communautaire et emprunter leur réseau wifi pour réaliser ces transactions. »

Le secteur de Jean Ménard est desservi par le fournisseur Internet par satellite Xplornet. Il indique que l’entreprise n’acceptait de nouveaux clients au début de la pandémie de COVID-19 pour éviter de surcharger son réseau, le forçant à se tourner vers une connexion LTE.

Intéressé depuis longtemps à la question de l’accès à Internet haute vitesse dans les secteurs ruraux, le résident de West Carleton Ken Holmes indique que le service de Xplornet — le fournisseur disponible dans l’ensemble des secteurs ruraux d’Ottawa après une entente entre la Ville et l’entreprise en 2007 — n’est plus satisfaisant.

« Nous avons désespérément besoin d’une amélioration, soutient M. Holmes. Le service est irrégulier et juste généralement de mauvaise qualité. »


« L’Internet haute vitesse est devenu nécessaire pour l’éducation, la vie familiale, de plus en plus afin de garder nos aînés connectés avec le monde autour d’eux, ainsi que pour le développement économique. »
Ken Holmes

Si on se fie à la carte de l’Autorité canadienne pour les enregistrements Internet (ACEI), la majorité des secteurs ruraux de la capitale fédérale offre une vitesse de téléchargement entre 2 et 13 Mb/s. Or, la norme établie par le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) dans l’ensemble du pays est de 50 Mb/s en téléchargement.

« L’Internet haute vitesse est devenu nécessaire pour l’éducation, la vie familiale, de plus en plus afin de garder nos aînés connectés avec le monde autour d’eux, ainsi que pour le développement économique », insiste Ken Holmes.

Résident du quartier Osgoode et consultant en informatique, Louis Vincent se dit toutefois satisfait du service obtenu avec Xplornet. Son forfait lui donne accès à une connexion d’une vitesse de 25 Mb/s et ça lui permet de travailler de la maison depuis environ 10 ans.

« Ça serait plus difficile si des enfants regardent un film en même temps que je travaille, mais je suis seul qui utilise l’Internet chez moi, alors ce n’est pas un problème, explique M. Vincent. Une vitesse de 25 Mb/s, c’est vraiment le minimum par contre pour travailler de la maison de façon efficace. »

« Service essentiel »

« Il faudrait que ce soit déclaré un service essentiel », estime le conseiller de West Carleton-March et vice-président de l’Association des municipalités rurales de l’Ontario (AMRO), Eli El-Chantiry.

Ce dernier indique que l’AMRO fait des pressions sur les gouvernements provincial et fédéral depuis quelques années à ce sujet. Il estime qu’avec la pandémie de COVID-19 qui a forcé plusieurs personnes à travailler de la maison, l’enjeu est devenu prioritaire.

« Ce serait particulièrement dans l’intérêt du gouvernement fédéral à Ottawa où la moitié de la population travaille pour toi, soutient M. El-Chantiry. Ce n’est pas seulement des fonctionnaires ou des gens qui travaillent dans un bureau qui en ont besoin, les fermiers aussi. De plus en plus, leur machinerie utilise un système informatique qui nécessite une connexion WiFi pour la localisation GPS. »

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Des résidents de Carlsbad Springs seraient prêts à débourser une partie des coûts pour le prolongement du réseau de fibre optique afin que l’opération ne soit pas déficitaire pour Rogers.

CARLSBAD SPRINGS, UN POTENTIEL LABORATOIRE POUR ROGERS

Excédé des allers-retours incessants entre sa résidence et le centre communautaire de Carlsbad Springs pour réaliser des opérations qui nécessitent une connexion Internet stable, Jean Ménard a pris le taureau par les cornes et a décidé de contacter les dirigeants de Rogers pour que la fibre optique se rende chez lui.

Le fournisseur de connexion Internet est présent dans le secteur de Carlsbad Springs, mais uniquement sur les artères principales, comme le chemin Piperville où est situé le centre communautaire.

M. Ménard soutient que les discussions avec Rogers ont été fructueuses et que l’entreprise a fait preuve d’ouverture d’esprit même si, a priori, ça ne semble pas rentable d’investir dans des infrastructures de fibre optique sur des rues où les résidences sont rares et espacées.

«L’idée, c’est de partager les coûts, explique Jean Ménard. Maintenant, il faut évaluer ces coûts et déterminer ce qui serait acceptable pour les résidents de payer.»

Le concept développé par le géant des télécommunications et les résidents de Carlsbad Springs serait que ceux-ci déboursent une partie des coûts pour le prolongement du réseau de fibre optique afin que l’opération ne soit pas déficitaire pour Rogers.

«Je ne sais pas combien ça coûterait, mais si c’est 1500$, même 2000$, c’est une idée intéressante, soutient le conseiller municipal de West Carleton-March, Eli El-Chantiry, lorsqu’on lui parle de cette idée. Quand on y pense, ce n’est pas si cher si on considère l’argent que l’on économise en essence et en entretien de la voiture si on est capable de travailler de la maison. Tout le temps qui est sauvé aussi, ça compte dans la balance.»

Si après avoir bien évalué la situation, Rogers décide d’aller de l’avant, M. Ménard explique que l’Association communautaire de Carlsbad Springs — qui l’accompagne dans ses démarches depuis le début — et lui devront obtenir la participation d’une bonne partie des résidents du quartier actuellement non desservis par l’entreprise pour que l’aventure soit rentable.

«Ils veulent se servir de Carlsbad Springs comme projet pilote qui pourrait être appliqué dans d’autres régions rurales de l’Ontario», souligne Jean Ménard.