Le nouveau conseil d'administration est en mode analyse et refonte des activités.
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La Soupière sauvée in extremis

Daniel Leblanc
Daniel Leblanc
Le Droit
La femme d'affaires dans le domaine automobile et ex-présidente du conseil d'administration de la Soupière de l'amitié de Gatineau, Huguette Koller, vient de lancer toute une bouée de sauvetage à l'organisme qui était à deux doigts de la faillite et dont les portes sont closes depuis le 13 juin. Les chaudrons pourraient donc ne pas avoir été remisés très longtemps.
Dans un geste inattendu, Mme Koller a décidé d'éponger la dette de l'organisme, qui s'élève à 532 000 $, en plus de procéder au rachat de deux édifices dont celui situé au 306, rue Notre-Dame, où se déroulaient les opérations quotidiennes de la Soupière. Celle qui a présidé l'organisme pendant maintes années souhaite le faire revivre avec un nouveau conseil d'administration et une nouvelle équipe de direction.
Lui qui a dû prendre la difficile décision de dissoudre l'organisme après que les membres du conseil aient voté pour la faillite en raison de la situation financière trop précaire, Joseph De Sylva a confirmé avoir reçu un appel de l'avocat d'Huguette Koller alors qu'il était minuit moins une pour la Soupière de l'Amitié. Le syndic s'apprêtait en effet à régler le dossier de la faillite lorsque le vent a soudainement changé de direction.
L'ex-président et directeur général par intérim, qui a depuis démissionné, a alors convoqué une réunion d'urgence du conseil d'administration, qui a accepté l'offre d'achat à l'unanimité.
La conformité de la transaction sera scrutée à la loupe par une firme d'avocats au cours des prochains jours et la signature des transferts légaux devrait avoir lieu d'ici le 30 juin, selon M. De Sylva.
« Je suis très content que ça permette d'éviter la faillite, mais ce n'est pas fini. Les erreurs du passé ne devront pas être recréées. Quand je suis arrivé en mars, il y avait 192 000 $ en déductions à la source qui n'avaient pas été payés au gouvernement. Les dommages étaient déjà faits [...] Mais si Mme Koller s'entoure d'une bonne équipe, ça ira bien, elle est une femme intelligente », affirme-t-il, disant sortir grandi de cette expérience malgré tout.
Selon l'ancien conseiller municipal gatinois, l'organisme devra revenir à sa mission de base s'il ne veut pas à nouveau être acculé au pied du mur.
« Le local était beaucoup trop gros, ça coûtait 10 700 $ par mois de loger à cet endroit. La Soupière n'a pas les moyens d'assumer un tel montant. Il va falloir trouver un local d'environ 2000 pieds carrés et continuer à offrir les dîners ainsi que le dépannage d'urgence pour des denrées alimentaires. [...] Et avec la subvention de 112 000 $ accordée par l'Agence de santé, ce serait suffisant qu'il y ait trois employés seulement (comparativement à neuf avant) : un chef cuisinier, un poste de direction et une secrétaire commis-comptable », ajoute-t-il.
Huguette Koller n'a pas accordé d'entrevues hier. Un communiqué devrait être publié au cours des prochains jours.
Soupir de soulagement
Écarté de l'organisme au printemps 2012 après au-delà d'un quart de siècle d'implication, le fondateur et ex-directeur général de la Soupière, Noël Charette, n'a pas caché sa satisfaction lorsque joint par LeDroit hier soir. Ce dernier demeure cependant prudent et indique qu'il criera victoire lorsque tout sera réglé et qu'une équipe compétente aura officiellement repris les rênes de l'organisme.
« Ça augure bien, je reçois la nouvelle avec joie. Mais il va falloir trouver une équipe qui ne laissera pas aller les choses comme dans le passé. À mon époque, les congélateurs étaient à moitié remplis de nourriture uniquement avec les dons des gens et surtout les salaires des employés étaient moindres. J'aimais mon travail à tel point que j'ai négligé ma famille », a-t-il lancé.
M. Charette avait lancé un cri du coeur il y a trois semaines à la suite de l'annonce de la fermeture de la Soupière de l'Amitié, ajoutant sa voix à ceux qui souhaitaient le sauvetage de l'organisation. Encore aujourd'hui, malgré ce changement de cap, il compte faire sa part. Il affirme d'ailleurs avoir eu de récentes discussions avec des gens d'affaires et le Diocèse de Gatineau dans le but d'amasser des fonds pour la relance.
« On va avoir besoin de la population, des médias et aussi des politiciens, peu importe le parti. Quand il s'agit de pauvreté, il ne devrait pas y avoir de compétition », dit-il.
Ironiquement, la lettre qui avait été acheminée à M. Charette il y a deux ans pour l'avertir qu'on lui révoquait sa carte de membre avait été signée par Mme Koller, alors présidente.
Le député de Chapleau, Marc Carrière, qui avait affirmé le mois dernier qu'il souhaitait à tout de moins le maintien des services directs à la population dans le besoin, pousse lui aussi un soupir de soulagement.
« C'est une excellente nouvelle et un geste très généreux de la part de Mme Koller. C'est fantastique, car les services offerts aux citoyens, c'est ce qui m'inquiétait le plus. Maintenant, on va pouvoir partir sur de nouvelles bases. Je serai toujours là pour les appuyer », a-t-il confié.
Pour Hélène Desgranges, commerçante et citoyenne impliquée dans le Vieux-Gatineau depuis de nombreuses années, la réouverture de la Soupière est une superbe nouvelle car la population du quartier a besoin de ces services. Par contre, elle est d'avis que l'organisme tirerait avantage à établir ses pénates ailleurs que dans ses locaux actuels.
« Mon point de vue, je l'ai jamais caché quand on voulait relancer la rue Notre-Dame : c'est difficile d'avoir le va-et-vient d'un commerce à l'autre car il y a beaucoup de pieds carrés qui sont pris par des églises et des organismes ayant pignon sur rue. Quand j'avais su que la Soupière voulait se relocaliser parce que ça n'allait pas bien, je me suis dit que c'était peut-être un mal pour un bien, car dans un sens, leur édifice est trop gros et très dispendieux à gérer », a-t-elle réagi.