«La mission de la Soupière [...] était de soulager la souffrance dans toutes ses formes. Et je ne veux pas que ça arrête», explique Mme Koller.
«La mission de la Soupière [...] était de soulager la souffrance dans toutes ses formes. Et je ne veux pas que ça arrête», explique Mme Koller.

La Soupière, la mission d'Huguette Koller

Denis Gratton
Denis Gratton
Le Droit
La femme d'affaires Huguette Koller assure qu'il n'y a pas d'intentions cachées derrière le geste d'une générosité renversante qu'elle a posé mardi dernier.
Si elle a sauvé in extremis la Soupière de l'amitié de Gatineau d'une faillite assurée, c'est par conviction et compassion - et rien d'autre -, a-t-elle affirmé dans une entrevue exclusive accordée au Droit. Et elle a la ferme intention de relancer cet organisme sur des bases solides afin de lui redonner la chance de remplir sa mission auprès des gens démunis.
Présidente du conseil d'administration de la Soupière de l'amitié pendant 25 ans, de 1986 à 2011, Mme Koller a épongé la dette de 532 000 $ de cet organisme, en plus de procéder au rachat de deux édifices, dont celui situé au 306, rue Notre-Dame, là où se déroulaient les opérations quotidiennes de la Soupière avant sa fermeture forcée, le 13 juin dernier.
«Quand j'ai entendu la nouvelle que la Soupière de l'amitié allait fermer, le coeur m'a brisé en 1000 morceaux, a-t-elle avoué. Et je me suis dit que ça ne se passera pas comme ça. Je vais faire tout ce que j'ai à faire pour la sauver. Et c'est la raison pour laquelle mon don est si gros et qu'il peut paraître démesuré pour certains. Mais je ne pouvais pas le prendre. La Soupière, c'est 25 ans de mon travail. Et je ne connais personne qui consacre tant d'années à une cause sans l'avoir à coeur.
«La mission de la Soupière de l'amitié, en 1986, c'est-à-dire à mon arrivée comme présidente de conseil d'administration, était de soulager la souffrance dans toutes ses formes. Et je ne veux pas que ça arrête. Donc, c'est aussi ma mission.»
Bien que la dette de la Soupière de l'amitié s'élevait à 532 000 $, c'est un don de 600 000 $ qu'Huguette Koller a offert à cet organisme, en plus de racheter les deux édifices d'une valeur de 1,3 million $ et de 285 000 $, ainsi qu'un terrain vacant de 60 000 $.
«Si on vend les édifices, je me rembourserai, a-t-elle dit. Et je donnerai le reste de l'argent à la Soupière. Il n'y a pas un sou qui ira dans mes poches. C'est l'argent du peuple et il retournera au peuple.»
Ceci dit, Mme Koller n'a pas vraiment l'intention de vendre l'édifice principal de la Soupière, là où les repas sont servis quotidiennement. « Cet édifice est de la bonne grandeur pour la Soupière, croit-elle. Il n'y en a pas d'autres dans le quartier. Et j'ai la ferme intention de le réutiliser et de desservir autant de gens qui en auront besoin.
«Je vais cependant vendre le 321, rue Notre-Dame, soit le plus petit édifice (d'une valeur de 285 000 $). Et je vais vendre le terrain vacant. Et si ce terrain ne se vend pas, je construirai une maison dessus, c'est aussi simple que ça. Mon plan d'action est de rentabiliser la Soupière. Et en ce qui a trait au deuxième étage de l'édifice principal, soit que je le loue, soit que j'établisse un commerce. Et vous me connaissez, je pense que je vais établir un commerce», a-t-elle ajouté, elle qui est concessionnaire de voitures BMW à Ottawa.
Une friperie à la Soupière
Et ce commerce qu'elle compte ouvrir au-dessus de la Soupière de l'amitié sera une friperie. Mais pas une friperie traditionnelle, mais bien une friperie haut de gamme où on y vendra à coût réduit des vêtements habituellement dispendieux.
«Une dame pourra, par exemple, se procurer un costume de 1 000 $ pour la somme de 100 $, d'expliquer Mme Coller. Je ciblerai une clientèle différente. Et ce sera un commerce pour simplement rentabiliser la Soupière de l'amitié.»
Et où compte-t-elle trouver ces vêtements griffés à vendre à rabais?
«Ce sont des gens que je connais qui me les donneront, répond-elle. Des gens qui ont des magasins de vêtements et qui m'ont déjà dit que je pouvais compter sur eux si j'allais de l'avant avec cette friperie. Ça fait un an que je prépare ça. Et j'ai un entrepôt où j'accumule des vêtements et des meubles depuis maintenant un an. Je pourrais ouvrir cette friperie demain matin et emplir l'immense deuxième étage de la Soupière où on tenait autrefois les bingos.»
Les petits-déjeuners
Certains membres du conseil d'administration de la Soupière de l'amitié ont affirmé cette semaine que la Soupière doit cesser de servir ses petits-déjeuners dans les écoles de la région parce que cet organisme ne peut plus se permettre ce service auprès des jeunes.
Mais quand on demande à Huguette Koller si elle a l'intention de préserver le service des petits-déjeuners, elle répond: «Oui, c'est fondamental.»
«Je refuse de ne pas servir les petits-déjeuners, lance-t-elle. Quand j'entends des gens dire qu'il faut cesser ce service auprès des enfants, ça me jette à terre. Je ne peux pas comprendre ça. C'est comme si on disait que les enfants ne sont pas du monde, qu'ils n'ont pas besoin de manger. Non, il n'est pas question qu'on abandonne les petits-déjeuners. Les enfants doivent manger. Et je suis en désaccord total avec les gens qui pensent que c'est trop coûteux.
«Par contre, on n'ira plus aussi loin que nous allons dans le moment, poursuit-elle. On va jusqu'à Thurso, c'est ridicule. Thurso est une petite communauté qui peut se prendre en main pour servir les petits-déjeuners dans leurs écoles. Et si la Soupière de Hull pouvait servir les petits-déjeuners dans les écoles de Hull et d'Aylmer, ça nous aiderait. Et nous desservirions Gatineau et Buckingham. Mais aller plus loin serait ridicule. Et Masson-Angers est aussi une petite communauté qui pourrait se prendre en main pour servir des petits-déjeuners.»
Bien qu'elle compte suivre son plan d'action à la lettre, Mme Koller n'a aucunement l'intention de reprendre la présidence du conseil d'administration de la Soupière de l'amitié.
«Mais je vais guider le c.a. jusqu'à ce que je sois satisfaite des performances. J'aurai un comptable qui me donnera des bilans financiers chaque mois, et je me guiderai par ça. Je vais moi-même trouver un nouveau directeur général et un nouveau président du conseil d'administration. Ce seront des gens compétents parce que la Soupière sera aussi bonne que ces gens le seront. Et je veux les diriger pour commencer comme il faut. Je vais leur donner la philosophie, la mentalité et la mission de la Soupière, et il ne faudra pas déroger de ça.
«Pendant 25 ans, j'ai toujours trouvé des façons d'aller chercher de l'argent pour la Soupière de l'amitié. Et ce n'est pas aujourd'hui que ça va arrêter», de conclure Huguette Koller.