Le créateur de jeux, Yves Tourigny.

La passion de créer ses propres jeux

Yves Tourigny est un maniaque de jeux de société depuis qu'il est tout petit. Ses deux garçons aussi. Leur collection familiale compte plus de 600 titres. Pas étonnant que ce passionné ait fini par créer ses propres jeux.
«Ça faisait longtemps que je jonglais avec l'idée de faire un jeu, mais ça fait trois ans que c'est plus sérieux», résume celui qui a conceptualisé Expedition: Northwest Passage et Blueprints, deux jeux parus respectivement chez Matagot et Z-Man Games, l'automne dernier.
Le premier, un jeu de stratégie, est d'une durée d'environ une heure et demie et a pour trame de fond l'Arctique canadien, lançant les joueurs à la folle poursuite de l'expédition de Sir John Franklin.
Le second, résolument plus familial, ne prend qu'une trentaine de minutes et amène les joueurs à construire des édifices grâce à des dés de différentes couleurs. En suivant les plans proposés, les apprentis architectes peuvent remporter des prix ou des distinctions pour leur travail, leur permettant au final de gagner la partie.
«Blueprints est l'un des rares projets de jeu où il n'y a pas eu beaucoup de travail nécessaire après le premier prototype. On y retrouvait déjà 90% du jeu final», explique l'homme de 35 ans, qui a pondu l'idée après une discussion avec un autre créateur, en mars 2012.
Après quatre mois de tests, il magasinait déjà le jeu, pour ensuite embaucher une agence française, partie à la recherche d'un éditeur.
«Il y a une certaine mesure de chance là-dedans. Tu peux perdre énormément de temps pour trouver un éditeur. C'est un petit milieu et ça fonctionne encore beaucoup avec des contacts», confie M. Tourigny.
«C'est l'une des raisons pour lesquelles j'ai choisi une agence. Moi, ce qui m'intéresse, c'est l'aspect création, pas l'aspect business», poursuit-il.
Un tabac en Allemagne
Ses deux jeux, conçus à 5000 exemplaires il y a quelques mois, ont jusqu'ici été bien reçus.
Blueprints a particulièrement impressionné à la foire Spiel, à Essen, en Allemagne, la grand-messe internationale des jeux de société.
«La majorité des éditeurs lancent des jeux pour cet événement-là, le plus important de son genre dans le monde», fait-il remarquer.
Celui qui se transforme en fonctionnaire à la Défense nationale, de 9h à 17h, n'est cependant pas prêt de démissionner.
«Pour faire son métier dans le jeu, ça en prend beaucoup et ça prend des prix prestigieux», dit-il sans détour.
Une deuxième famille
La création de jeu étant d'abord collaborative, M. Tourigny a largement bénéficié de l'appui de ses collègues de la Game Artisans of Canada.
Ce groupe, composé de créateurs et d'enthousiastes, combine ses efforts dans le seul et unique but de créer de meilleurs jeux.
«Il y a des groupes dans plusieurs villes. À Ottawa, on se rencontre toutes les semaines. Ce n'est pas toujours facile de trouver des testeurs, donc ça sert à ça. Ça sert aussi de conseillers. On est là pour se rendre service», avoue-t-il, humblement.
Depuis cette rencontre avec sa deuxième famille, rien ne semble freiner Yves Tourigny.
Son prochain bébé, Top This!, un jeu de pichenottes sur le dessus d'une fausse pizza, devrait paraître ce printemps.
Quatre ou cinq autres projets ont également pris le chemin de son agent.
Et le fonctionnaire s'amuse avec une douzaine d'autres prototypes.
«C'est l'avantage de travailler avec un groupe. J'ai même fait un jeu avec un gars de Vancouver que je n'ai jamais vu. Tout s'est fait par courriel», conclut celui dont les idées n'ont vraisemblablement pas fini de meubler les tablettes de jeux de la région.