La nouvelle ambassadrice des États-Unis, Kelly Knight Craft, a reçu ses lettres de créance, lundi, à Ottawa.

La nouvelle ambassadrice américaine entre en fonction à Ottawa

OTTAWA - La nouvelle ambassadrice des États-Unis au Canada, Kelly Craft, a présenté lundi ses lettres de créance à la gouverneure générale, Julie Payette.

Mme Craft faisait partie d’un groupe de tout nouveaux diplomates qui sont venus se présenter à la représentante de la reine Élisabeth II au Canada, lundi matin à Rideau Hall. La nouvelle ambassadrice américaine a vanté son pays d’accueil, estimant qu’il n’y avait pas de poste diplomatique plus convoité que celui-là.

Ses premiers mots auront ensuite été pour citer John F. Kennedy - un président démocrate - et pour regretter la mort du chanteur des Tragically Hip, Gord Downie. Pas un mot, par contre, sur la menace de son patron, Donald Trump, de déchirer l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA).

Dans son allocution, elle a cité le président Kennedy en affirmant qu’elle «se sentait vraiment chez des amis». Cette allusion au président démocrate ne figurait pas dans la version écrite remise aux journalistes avant l’allocution officielle.

À titre de représentante du président Trump au Canada, Mme Craft devra notamment naviguer dans des eaux tumultueuses, notamment sur les changements climatiques et le commerce international.

Face au gouffre qui semble se creuser à la table de négociations de l’ALENA, le diplomate canadien à la retraite Colin Robertson estime qu’Ottawa devrait voir en l’ambassadrice Craft une voie de communication privilégiée avec la Maison-Blanche. D’autant que selon lui, les relations semblent être plutôt tendues actuellement entre la ministre canadienne des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, et le représentant américain au Commerce, Robert Lighthizer.

La ministre Freeland a d’ailleurs salué lundi la venue à Ottawa de Mme Craft, une femme «très respectée aux États-Unis» - et la première femme à occuper ce poste, ce que Mme Payette a aussi souligné.

Roland Paris, qui avait été pendant quelques mois le premier conseiller de Justin Trudeau pour les affaires étrangères, admet que Mme Craft aura la lourde tâche de représenter au Canada un président impopulaire. «Elle devra notamment expliquer pourquoi le président Trump semble disposé à traiter le Canada, son plus grand allié et ami, comme un adversaire économique plutôt que comme un partenaire.»

Sans doute très consciente de ces perceptions, Mme Craft a prévenu lundi qu’elle sait être à l’écoute de l’autre, et elle s’est dite privilégiée de pouvoir représenter les États-Unis auprès d’«un ami, d’un allié et d’un voisin si important». Elle a promis d’œuvrer à protéger les liens économiques qui unissent déjà les deux pays, et de poursuivre la collaboration en matière de sécurité aux frontières, tout en facilitant le transport des personnes et des biens entre les deux voisins d’Amérique du Nord.

Mme Craft, grande amatrice de sports et philanthrope notoire, est aussi une importante contributrice du Parti républicain. Son mari, Joe Craft, est un riche magnat du charbon au Kentucky. Elle est aussi très proche du leader républicain au Sénat, Mitch McConnell, l’un des plus puissants législateurs des États-Unis, qui vient lui aussi du Kentucky. Le sénateur McConnell s’est parfois opposé ouvertement au président Trump, dont les déclarations anti-establishment et protectionnistes ne cadraient pas toujours avec les positions traditionnelles du Parti républicain.

L’ex-conseiller Roland Paris estime que Mme Craft aura parfois du mal à représenter son président à Ottawa, «étant donné l’état de confusion de l’administration Trump».