Madeleine Brunette, mairesse de Cantley
Madeleine Brunette, mairesse de Cantley

La mairesse de Cantley prête à aller plus loin

Le veto de la mairesse de Cantley bloquant une mesure la concernant a créé un malaise vendredi dernier. Après avoir semé le doute en envoyant une lettre de réprimande à un conseiller, Madeleine Brunette se défend : nul n’échappe aux règles du décorum, insiste la magistrate, qui envisage devoir aller plus loin pour le faire respecter.

La séance extraordinaire du conseil municipal de Cantley du 24 juillet s’est terminée sur une dissonance. Le 2 juillet, après une discussion survenue en juin entre le conseiller Jean-Nicolas de Bellefeuille et un fonctionnaire, la mairesse a envoyé à l’élu une lettre de réprimande. Au conseil municipal, M. de Bellefeuille a proposé que la ville paie pour obtenir un avis légal sur le rôle de la mairesse dans ce dossier. Malgré une majorité de votes en faveur de la proposition, Mme Brunette y a opposé son veto, justifiant qu’elle considérait que le dossier devenait « personnel » et que la lettre avait été envoyée en son nom, et non en celui du conseil.

Rejointe par Le Droit lundi, Mme Brunette a expliqué sa version des faits. Une demande de dérogation aux règlements municipaux pour la piscine d’un citoyen est à l’origine de sa lettre. Selon la mairesse, trois inspecteurs sont passés chez le citoyen pour l’évaluer. M. de Bellefeuille était sur place. Dans les courriels que les employés ont ensuite envoyés au directeur général de la municipalité, relate la mairesse, les fonctionnaires auraient fait état de « deux ou trois » mots grossiers que le conseiller aurait utilisés. Rejoint vendredi soir par Le Droit, le conseiller du district des Lacs a émis comme seul commentaire que ces allégations à son égard n’étaient pas fondées. Le citoyen aussi a partagé sa version des faits, avant de rectifier ce week-end que son témoignage était « peut-être erroné », cite la mairesse.

Selon Madeleine Brunette, M. de Bellefeuille aurait voulu que la dérogation soit accordée plus rapidement que le délai normal, d’une durée de quelques mois, tel que le voulait le citoyen. Mme Brunette dit avoir écrit au conseiller deux fois pour en discuter avec lui, mais celui-ci n’aurait jamais accepté son invitation.

Le Droit n’a pas pu obtenir copie de la lettre de réprimande.


« Si ça continue, ce genre de comportement là, je vais avoir un dossier assez complet pour aller à la Commission municipale du Québec. »
Madeleine Brunette

La mairesse explique que son veto visait à faire respecter le Code d’éthique et de déontologie des élus de Cantley, qui exige « le respect envers les autres membres, les employés de la municipalité et les citoyens ».

Sans s’épancher, la mairesse affirme avoir eu vent d’autres comportements similaires de la part de M. de Bellefeuille dans un passé récent. « Le mot menace n’est pas utilisé dans ma lettre », a-t-elle commenté sur Facebook à la suite de la publication d’un article du Droit le 24 juillet, mais sa lettre de réprimande évoque bel et bien des « mesures » qu’elle pourrait prendre, a-t-elle détaillé au téléphone lundi. « Si ça continue, ce genre de comportement là, je vais avoir un dossier assez complet pour aller à la Commission municipale du Québec. »

Parmi ses mécanismes de contrôle, le code de déontologie des élus de Cantley comprend la réprimande et la suspension des élus pour une durée allant jusqu’à 90 jours.

Faire respecter le code de déontologie est l’affaire de tous, croit Mme Brunette. Elle craint un dérapage à long terme si des comportements inappropriés sont tolérés, et dit avoir bon espoir qu’un avis juridique lui donnerait raison. « C’est vrai que ce n’est pas à moi de les discipliner. Je n’ai jamais cru ça, parce que ce ne sont pas mes employés », se justifie-t-elle. À savoir si elle voit un conflit d’intérêts dans le fait qu’elle se soit prononcée sur une motion la concernant, elle a été catégorique : « non ».

Par ailleurs, le soir de la séance, le conseiller Louis Simon Joanisse a reproché à la mairesse de trop utiliser son droit de veto. À ce sujet aussi, Madeleine Brunette s’est défendue. « J’ai fait mes recherches, et j’ai utilisé trois vetos. On a en moyenne 500 résolutions par année. Donc 3500 décisions rendues par le conseil en sept ans, je ne trouve pas que j’ai été déraisonnable, a-t-elle déploré. C’est du salissage de dire ça. »

Dans ce cas de même que dans celui de la lettre de réprimande, Mme Brunette s’attend à « une poursuite quelconque ». « C’est le genre de dossier qui va être judiciarisé. »