Au total, 708 000 kilomètres carrés de forêt boréale sont maintenant protégés par le gouvernement.
Au total, 708 000 kilomètres carrés de forêt boréale sont maintenant protégés par le gouvernement.

La forêt de l'Outaouais n'échappe pas aux changements climatiques

Mathieu Bélanger
Mathieu Bélanger
Le Droit
Le moment où il faudra arroser nos immenses forêts parce qu'elles manquent d'eau, comme nous le faisons avec nos jardins pour éviter qu'ils s'assèchent lors des périodes de canicule, n'est peut-être plus très loin.
L'image peut sembler invraisemblable, voire ridicule, mais Frédérik Doyon, directeur du département de science naturelle de l'Université du Québec en Outaouais (UQO), l'affirme le plus sérieusement du monde. L'engrenage des changements climatiques est bel et bien enclenché, les signaux sont déjà perceptibles et la forêt de l'Outaouais n'y échappera pas, dit-il.
Des espèces d'arbre aujourd'hui omniprésentes en Outaouais pourraient perdre énormément de terrain, peut-être même disparaître au cours des 50 à 100 prochaines années, précise le scientifique et ingénieur forestier de formation.
«Toutes les espèces boréales seront en danger, indique M. Doyon, aussi chercheur à l'Institut des sciences de la forêt tempérée (ISFORT). L'épinette noire et le sapin connaîtront des moments difficiles. Les espèces sensibles aux sécheresses ne seront plus du tout adaptées et auront de la difficulté à passer au travers des changements climatiques. C'est le cas du bouleau jaune qui a besoin de beaucoup d'eau. Même l'érable à sucre va se retrouver dans des conditions limites, complètement en dehors de sa zone de confort.»
M. Doyon précise que le climat de l'Outaouais doit se réchauffer d'environ 2¿C au cours des 50 prochaines années. D'ici 100 ans, on parle d'une hausse moyenne de 4¿C. «C'est énorme, c'est majeur, dit-il. Il va faire plus chaud, mais les précipitations devraient demeurer les mêmes. Le problème, c'est que nous verrons plus de précipitations sous forme de pluie pendant l'hiver. L'eau va donc s'écouler plus rapidement en surface. Le sol pourra de moins en moins jouer son rôle d'éponge et agir comme réserve pour les arbres pendant l'été. En ajoutant une température plus chaude, des périodes de sécheresse plus longues et plus nombreuses, on se retrouve avec moins d'eau. Ça va mettre de nombreuses espèces d'arbres en position de stress.»