Édith Blais et Luca Tacchetto, disparus depuis le 15 décembre au Burkina Faso

La famille d'Édith Blais à l’affût du moindre indice

SHERBROOKE — Les nouvelles pistes ne sont pas nombreuses pour retrouver Édith Blais et Luca Tacchetto au Burkina Faso, mais la famille de Mme Blais ne lâche pas. Entourées d’amis, la mère et la sœur de la Sherbrookoise, Jocelyne Bergeron et Mélanie Bergeron-Blais, les explorent toutes.

Certains Burkinabès pensaient bien avoir aperçu les voyageurs à Ziniaré, au Burkina Faso, mais il s’agissait d’un couple d’Allemands. Selon plusieurs médias nationaux, la thèse de l’enlèvement serait privilégiée par Ottawa, information qu’Affaires mondiales Canada n’a pas confirmée.

Des connaissances sont continuellement sur Facebook afin d’éplucher les commentaires de chaque publication à la recherche d’un indice, d’un détail qui pourrait les aider à retrouver leur proche. Les nuits sont courtes, mais l’espoir demeure.

Est-ce que le moral demeure quand même bon? « C’est très difficile à dire. On ne dort pas beaucoup, on travaille fort depuis plusieurs jours. On essaie de ne pas se laisser trop envahir par les émotions. On tente de garder la tête froide pour être toute là. On veut répondre à chaque appel. On est une grosse équipe pour gérer tout ça. On n’aurait jamais pensé avoir un tel support, même au Burkina Faso. Petit à petit, une grosse toile d’araignée se tisse. »

Si Mélanie Bergeron-Blais affirme avoir parlé à la famille de Luca Tacchetto, aucune nouvelle piste n’a été évoquée. Aucune voiture n’a été retrouvée, la géolocalisation des cellulaires est infructueuse et aucune transaction bancaire n’a été faite. « On en est à un point mort de part et d’autre. On essaie de les géolocaliser avec la GRC. On sait que la dernière personne qui les aurait vus s’appellerait Robert. Ce serait un Français avec qui ils auraient soupé le 15 décembre. Après, il n’y a plus rien. Il y a plusieurs pistes qui, finalement, tombent », se désole la sœur d’Édith Blais.

Une information semblant pertinente est entrée samedi, mais les deux femmes ne veulent pas trop s’emballer. Une jeune femme avec des dreds aurait été aperçue au Togo dans un village.

« En même temps, il y a Internet là-bas, ce n’est pas plausible. J’ai appelé la mère de Luca et elle a dit “non, mon fils m’aurait contacté” », ajoute la sœur d’Édith Blais.

Une aide précieuse

Depuis quelques jours, les proches de la voyageuse peuvent compter sur Patrick Gagnon, un Québécois habitant au Burkina Faso, qui leur donne un bon coup de pouce. Il s’est notamment rendu aux frontières du Togo et du Ghana pour savoir si le couple les avait franchies. « Il est très actif et très fatigué, décrit Mélanie Bergeron-Blais. On l’entend par le ton de sa voix. Il fait beaucoup de route. Il a distribué une centaine de dépliants dans une région un peu reculée qui a moins accès aux médias. »

Selon Mme Bergeron, Patrick Gagnon a parcouru plusieurs villes dans les derniers jours. « Je ne sais pas combien de centaines de kilomètres il a parcourues jusqu’à maintenant, et il ne demande rien en retour. Il dit que si lui ne le fait pas et que personne d’autre ne le fait, rien ne va bouger. Il faut être sur le terrain pour être capable d’avoir des réponses. Heureusement qu’il est entré en contact avec nous », soupire Mme Bergeron.

« C’est incroyable de voir toute cette compassion qu’il y a dans la communauté, dans l’humanité, qu’on a presque perdue, car nous sommes me, myself and I. Tout va trop vite, mais quand on se retrouve dans quelque chose comme ça qui est terrifiant, qui nous vide complètement, de voir qu’on est soutenues partout, c’est extraordinaire », pense Mme Bergeron.

Un Québécois mène son enquête sur le terrain

Le Québécois situé au Burkina Faso Patrick Gagnon est allé à la frontière du Togo et du Ghana afin de voir si les deux voyageurs avaient passé les douanes. Dans les deux cas, la réponse s’est révélée négative. Il lui faudra peut-être maintenant se rendre à la frontière de la Côte d’Ivoire.

« Luca a dit à sa mère qu’il partirait peut-être vers la Côte d’Ivoire pour entrer au Togo. J’y ai une maison et je connais plusieurs personnes là-bas. J’ai contacté deux personnes haut-gradées, je leur ai donné les dates de naissance pour qu’ils regardent dans le système à savoir s’ils sont entrés », affirme-t-il, ajoutant que, selon ses informations, le Burkina Faso ferait actuellement des recherches aériennes pour retrouver les voyageurs.  

Le Québécois ira à l’ambassade du Canada lundi afin de rencontrer le consul.

Dans les médias locaux, la nouvelle sort de plus en plus. « J’ai fait une entrevue à la radio qui a été reprise par Radio France International. Je sais que demain (lundi), le plus gros journal du Burkina sort l’article à ce sujet à la une. Toutes les radios vont en parler dans les nouvelles du matin », dit-il, avouant que l’attention médiatique se dirige surtout vers l’attentat ayant coûté la vie à plusieurs dizaines de personnes il y a quelques jours à Yirgou.

Patrick Gagnon n’exclut pas la thèse de l’enlèvement. « À ce moment-ci de l’année, c’est le gros moment des braqueurs, des invasions de domicile et des coupeurs de route. C’est peut-être relié à ça », analyse-t-il.

La Tribune a tenté de parler à la ministre du Développement international, Marie-Claude Bibeau, qui est injoignable, elle qui est en voyage à l’étranger. Cependant, par courriel, elle a mentionné que « notre ambassade à Ouagadougou et Affaires mondiales Canada sont au courant qu’une citoyenne canadienne est portée disparue. Nos diplomates font tout sur le terrain pour recueillir l’information pertinente, en étroite collaboration avec les autorités du Burkina Faso. Mon équipe et moi suivons l’évolution de ce dossier de près. Et mes pensées sont bien sûr avec la famille et amis qui vivent un moment extrêmement difficile. » Celle-ci a publié un message semblable sur Twitter. Une employée de son bureau a aussi appelé sa famille pour lui offrir son aide.