Une esquisse du projet de tramway, qui passerait en face du Parlement.
Une esquisse du projet de tramway, qui passerait en face du Parlement.

La facture du tramway de Gatineau pourrait atteindre 4 milliards $

Mathieu Bélanger
Mathieu Bélanger
Le Droit
Les coûts réels du projet de tramway à Gatineau commencent à se préciser. Grossièrement estimé à 2,1 millards $ lors de son dévoilement en 2018, le projet est maintenant évalué à entre trois et quatre milliards $, selon si l’insertion à Ottawa se fait en surface sur la rue Wellington ou dans un tunnel sous la rue Sparks.

Ces chiffres ont été rendus publics pour la première fois, vendredi matin, lors d’un breffage technique organisé par la Société de transport de l’Outaouais (STO) dans le cadre de la présentation de son étude complémentaire sur le projet de tramway. 

La portion québécoise du projet allant d’Aylmer jusqu’au pont du Portage équivaut à 2,4 milliards $, alors que la partie insertion en surface sur la rue Wellington à Ottawa représente des coûts évalués à 585 millions $. L’insertion du tramway dans un tunnel qui est actuellement l’option privilégiée par la Ville d’Ottawa coûterait à elle seule un peu plus de 1,4 milliard $. Il est à noter que ces estimations comprennent les montants réservés à la contingence du projet et ont été indexées en fonction des prix prévus en 2026. 


« Et je le répète, c’est quoi le plan B si on ne va pas de l’avant avec ce projet qui fait consensus des deux côtés de la rivière et qui a une capacité de croître pendant 50 ans? Est-ce qu’on s’autocongestionne avec des autobus? Est-ce qu’on revient à l’automobile? Je crois que personne ne veut ça.» »
Maxime Pedneaud-Jobin, maire de Gatineau

Questionné à savoir si ces nouvelles évaluations rendront plus difficile le bouclage du financement du projet, le maire de Gatineau, Maxime Pedneaud-Jobin, a affirmé que les différents partenaires financiers, à savoir Québec et Ottawa, savent maintenant un peu plus à quoi s’en tenir. «Ça précise les enjeux, a-t-il dit. Et je le répète, c’est quoi le plan B si on ne va pas de l’avant avec ce projet qui fait consensus des deux côtés de la rivière et qui a une capacité de croître pendant 50 ans? Est-ce qu’on s’autocongestionne avec des autobus? Est-ce qu’on revient à l’automobile? Je crois que personne ne veut ça.»

Le gouvernement du Québec a déjà confirmé sa participation au projet à la hauteur de 60 %, mais c’était au moment où les coûts étaient estimés à 2,1 milliards $. M. Pedneaud-Jobin n’a pas voulu se prononcer à la place du gouvernement du Québec quant à sa volonté de financer la même proportion du projet dont les coûts pourraient passer du simple au double. «Ce qui est clair, c’est que Québec veut qu’on fasse ce qui doit être fait le plus rapidement possible, a-t-il affirmé. On est devant un projet qui a une dimension interprovinciale […] et le fédéral doit avoir une responsabilité très grande là-dedans.» Actuellement, en fonction du programme d’infrastructures de transport en commun du fédéral, Ottawa ne verserait pas plus de 173 millions $ dans le projet, ce qui est nettement insuffisant aux yeux de Québec. 

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La présidente de la STO, Myriam Nadeau, a rappelé que l’option du tunnel et de l’insertion en surface sont toutes deux viables et acceptables pour la Ville d’Ottawa. «Si le fédéral veut un tunnel, on ne dira pas non à ça, c’est une décision qui ne revient pas uniquement à la STO, a-t-elle indiqué. Pour nous, l’important c’est que le projet se réalise afin de répondre aux besoins identifiés et aux impératifs de mobilité et de croissance de la région.»

La boucle ferroviaire

L’idée de la boucle ferroviaire relancée la semaine dernière par un groupe de gens d’affaires et de politiciens de la région de la capitale fédérale n’est pas contradictoire avec le projet de tramway de la STO, ont insisté M. Nadeau et M. Pedneaud-Jobin. Si le fédéral tient toutefois à ce projet de boucle comme l’a laissé entendre le député de Hull-Aylmer, Greg Fergus, l’option d’une insertion en tunnel à Ottawa devra vraisemblablement être abandonnée. 

La présidente de la STO, Myriam Nadeau.

«C’est clair que si cette boucle devait aller de l’avant, il faudra alors privilégier une insertion en surface sur Wellington, a prévenu Mme Nadeau. Un bout de cette boucle est déjà compris dans l’option d’insertion en surface puisque le tramway se rendrait jusqu’à la rue Elgin. La boucle deviendrait donc un prolongement de cette option vers le pont Alexandra et la rue Laurier. Si le fédéral est prêt à mettre plus d’argent pour financer aussi cette boucle, on ne sera pas contre ça.»

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Le maire de Gatineau a abondé dans le même sens en affirmant n’avoir aucun problème à concevoir le projet de tramway en prévision d’une future boucle. «Si la conception de cette boucle aide à faire bouger le fédéral, nous on sera tout à fait content, mais l’important c’est qu’il bouge, a-t-il ajouté. Je suis content si ce projet de boucle stimule le fédéral à agir. Je considère toutefois que les besoins de Gatineau en eux-mêmes sont suffisants pour que le fédéral réagisse au plus vite et prenne position sur notre projet, il y a urgence.» 

Le maire de Gatineau, Maxime Pedneaud-Jobin.

Ce que le maire Pedneaud-Jobin et la STO redoutent, c’est que ce projet de boucle vienne retarder l’évolution du projet de tramway. 

Réaction à Ottawa

Dans une réponse écrite, le maire d’Ottawa, Jim Watson, a indiqué appuyer fortement les plans de Gatineau qui permettraient de réduire le nombre d’autobus de la STO dans son centre-ville. «Notre personnel a identifié les deux corridors comme étant viables, a-t-il ajouté. Peu importe lequel ira de l’avant dans quelques années, je sais que ce tramway électrique nous aidera à améliorer l’expérience pour les usagers du transport en commun des deux côtés de la rivière, tout en réduisant le montant de gaz à effet de serre qui est émis dans notre ville.»

Quelques étapes restent à franchir avant la recommandation d’un scénario complet et final en juin 2021. Le comité des transports de la Ville d’Ottawa sera d’abord saisi de l’étude complémentaire le 16 novembre prochain, alors que le conseil municipal aura une présentation la semaine suivante. Le tracé final du projet du côté québécois doit être finalisé au cours de l’hiver prochain.