Le pont Alexandra sera démoli d’ici cinq à dix ans. «C’est carrément épeurant comme nouvelle», s’inquiète le président de la Chambre de commerce de Gatineau, Pierre Samson.

La démolition annoncée du pont Alexandra provoque la stupéfaction à Gatineau

La démolition du pont Alexandra d’ici cinq à dix ans suscite de nombreuses craintes au sein de la classe politique gatinoise et dans les milieux économiques de la région. Pour certains, la perte de ce lien interprovincial névralgique pendant quelques années, le temps de la reconstruction, doit forcer les différents acteurs concernés à reconsidérer sérieusement la construction d’un pont à l’île Kettle.

C’est avec stupéfaction que plusieurs ont appris dans Le Droit, lundi, que le gouvernement fédéral a pris la décision de démolir le pont Alexandra. «C’est carrément épeurant comme nouvelle, a lancé le président de la Chambre de commerce de Gatineau (CCG), Pierre Samson. Les impacts seront majeurs, tant au niveau économique que sur le transport et le tourisme. Il faut absolument trouver des alternatives.»

M. Samson demande à ce qu’un comité réunissant Tourisme Outaouais, la Commission de la capitale nationale (CCN), ainsi que les villes d’Ottawa et Gatineau soit rapidement formé pour se pencher sur ce dossier. « C’est très sérieux, dit-il. Il faut agir. »

Le conseiller municipal du centre-ville, Cédric Tessier, n’a pas voulu commenter la nouvelle, précisant qu’il avait été déterminé que c’est le maire Maxime Pedneaud-Jobin qui le ferait. M. Pedneaud-Jobin n’était toutefois pas disponible, lundi, pour réagir.

Pedneaud-Jobin invité à réfléchir

La démolition du pont Alexandra doit forcer le maire Pedneaud-Jobin à revoir sa position défavorable à la construction du pont de l’île Kettle, croit pour sa part le conseiller Mike Duggan. « Je souhaite que le maire réfléchisse, lance-t-il. Il faut définir un plan d’ensemble pour bien desservir les citoyens. Ils ne doivent pas trop souffrir de ça. Il faut le faire sans partisanerie politique. Démolir le pont Alexandra viendra mettre beaucoup de pression sur les autres ponts et ramène à mon avis la pertinence du projet de pont dans l’est. La majorité de la population de Gatineau est dans l’est. Je ne connais pas les échéanciers précis du fédéral, mais le pont dans l’est devrait être construit d’abord, et ensuite on pourrait procéder à la démolition du pont Alexandra. Ça serait logique. »

Le président de la CCG est aussi d’accord pour dire que l’absence d’un lien interprovincial aussi important pendant au moins trois ans redonne de l’importance au projet de pont dans l’est. « Je suis d’accord avec le député Steven MacKinnon, ne serait-ce que pour le transport commercial qui est actuellement très mal planifié, dit-il. Un pont dans l’est permettrait de détourner le transport lourd et réduirait la pression sur les ponts qui restent. »

Le conseiller Daniel Champagne estime pour sa part que cette nouvelle doit agir comme un « électrochoc » pour les élus gatinois. « On parle de train léger, mais il faut planifier à plus court terme, dit-il. Il faut le faire dès maintenant. Nous devons réfléchir à des mesures efficaces pour bonifier notre service de transport en commun et pour faire face à cette situation. On ne peut pas attendre le train. Nos autobus sont déjà pleins. Nous devons nous préparer très sérieusement et rapidement. Cette nouvelle impose une véritable prise de conscience et une réflexion plus large sur la question du transport. Il faut nous questionner avec le fédéral, la CCN, les deux villes et les gens d’affaires. On ne peut pas attendre cinq ans pour le faire. Il sera trop tard. »

Tourisme

Le pont Alexandra est par ailleurs le pont de prédilection pour faire traverser à Gatineau les milliers de touristes qui visitent Ottawa chaque année. « C’est environ 60 % de notre clientèle touristique qui traverse par ce pont, note la conseillère Louise Boudrias. La perte de cette infrastructure, même pendant quelques années, pourrait faire très mal à notre industrie touristique. Il y aura des pertes importantes si on ne fait rien. »

Le conseiller Champagne craint aussi que l’absence d’un lien interprovincial comme celui du pont Alexandra puisse être « dommageable » pour le tourisme à Gatineau. « On a cinq ans pour y réfléchir, pour mettre en place des mesures qui nous permettront de maintenir un lien aussi important, dit-il. Il ne faut pas attendre, il faut agir. »

Tourisme Outaouais n’a pas retourné les appels du Droit.

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UNE OPPORTUNITÉ POUR LE TRANSPORT EN COMMUN, DIT LA STO

La démolition et la reconstruction du pont Alexandra d’ici dix ans représentent une « opportunité », selon la présidente de la Société de transport de l’Outaouais (STO), Myriam Nadeau, pour intégrer à ce lien interprovincial névralgique l’espace nécessaire au transport en commun. « Tant qu’à refaire une infrastructure aussi majeure que celle-là, c’est incontournable de se questionner sur la façon de la refaire pour répondre aux besoins en transport en commun et en transport actif pour les citoyens de Gatineau et d’Ottawa », a affirmé Mme Nadeau en réaction aux informations publiées lundi par Le Droit. « C’est essentiel, a-t-elle ajouté. On ne peut pas se permettre de reconstruire une infrastructure majeure qui relie les deux centres-ville de la 5e plus grande agglomération au pays sans faire une place au transport en commun, aux cyclistes et aux piétons. »

Quant aux enjeux de transport que provoquera ce vaste chantier qui privera la région d’un lien interprovincial pendant au moins trois ans, Mme Nadeau affirme que la STO développera un plan de contingence avec ses partenaires, mais qu’il est trop tôt à l’heure actuelle pour en préciser les tenants et les aboutissants.

Avec Charles-Antoine Gagnon, Le Droit