Le premier ministre du Québec, Philippe Couillard

La Davie doit recevoir sa part de contrats, martèle Couillard

Le premier ministre Philippe Couillard accentue la pression sur le gouvernement fédéral pour qu’il corrige de manière « décisive » « l’injustice » qu’il fait subir aux employés du chantier maritime Davie, à Lévis.

Dans une entrevue avec La Presse canadienne mardi, M. Couillard a martelé qu’il existe non pas deux, mais bien trois chantiers navals au pays, et que le troisième est celui de la Davie. Il doit demeurer actif, a-t-il dit.

M. Couillard tentait de se faire plus mordant après avoir déclaré dimanche que « quand même bien que je taperais du pied pour demander un deuxième ravitailleur, on risque d’attendre longtemps ».

Le chantier québécois, qui a récemment livré dans les coûts et dans les délais le navire Astérix, s’attendait à recevoir le contrat pour un second ravitailleur, Obélix.

La Marine royale canadienne n’en voulant plus, 113 personnes ont appris qu’elles perdaient leur gagne-pain et environ 800 travailleurs au total pourraient être licenciés d’ici les Fêtes, a déploré M. Couillard, qui reconnaît que le temps de l’année « donne une couleur particulière à cette incertitude ».

« La quasi-totalité des contrats a été concentrée en Colombie-Britannique et dans les provinces maritimes. On a créé une sorte d’état de fait comme ça qu’il faut arrêter ; il faut renverser ça et revenir à beaucoup plus de symétrie, de justice et d’équité dans l’attribution de l’activité », a-t-il déclaré en entrevue.

Le premier ministre s’attend à ce qu’Ottawa envoie rapidement un « signal clair » aux travailleurs de Chantier Davie, en leur promettant du travail dans les mois à venir, par exemple sur les navires de la garde côtière ainsi que sur le traversier qui relie l’Île-du-Prince-Édouard aux Îles-de-la-Madeleine.

M. Couillard n’a toutefois ni quantifié ses demandes ni donné d’échéance pour qu’elles se réalisent. Semblant faire une croix sur le grand projet Obélix, il a reconnu que seul le gouvernement fédéral détenait « les clés » dans cette affaire.

Plus tôt ce mois-ci, l’Assemblée nationale a adopté unanimement une motion de la Coalition avenir Québec (CAQ) pour inciter le fédéral à donner du travail au chantier maritime de Lévis afin de préserver les emplois.

D’Ottawa où il a été interpellé par les journalistes, le ministre fédéral de la Famille et député de Québec, Jean-Yves Duclos, a suggéré que d’autres contrats, plus « limités » et plus « long terme », attendaient la Davie.

« On parle de construction de traversiers, on parle de construction de brise-glaces, on parle d’entretien des bateaux qui vont être construits, on parle de construction de plus petits navires que ceux qui sont prévus à la stratégie navale, donc beaucoup d’opportunités », a-t-il illustré.

L’entreprise avait indiqué lundi en point de presse que d’accepter de tels « petits contrats » équivalait à demander à General Motors de construire des tricycles.

Couillard a jeté la serviette, selon le PQ

L’enjeu a rebondi à la période des questions à Québec, mardi. Le chef du Parti québécois (PQ), Jean-François Lisée, a accusé le premier ministre Couillard d’avoir « abandonné » Chantier Davie.

« Philippe Couillard a jeté la serviette », a-t-il déclaré en point de presse, flanqué du porte-parole de l’entreprise, Frédérik Boisvert.

« C’est possible de mobiliser le Québec face à Ottawa, c’est possible de construire un rapport de force, c’est possible de faire en sorte de faire honte au gouvernement fédéral lorsqu’il y a une injustice de cette nature, oui, c’est possible. Ça prend la volonté politique », a-t-il ajouté.

Les deux hommes soulignent que le Québec obtient actuellement moins d’un pour cent des 76 à 100 milliards $ qui sont investis dans la stratégie maritime canadienne.

« On a beau regarder dans l’histoire du Québec et de ses rapports avec le Canada, on n’a jamais vu un détournement de fonds aussi massif des contribuables québécois vers des travailleurs des deux côtes, on n’a jamais vu ça. C’est un détournement de fonds historique », a déclaré M. Lisée.

Il est clair pour le chef péquiste qu’il y a « une volonté politique de fermer la Davie ».

Le chantier naval Davie a vécu plusieurs difficultés au cours des dernières années. Il a traversé au moins quatre restructurations judiciaires, en plus de frôler la liquidation totale plus d’une fois.