La Couronne réclame 12 mois de prison ferme

Régis Bouchard
Le Droit
«Il a entaché la crédibilité de tous les policiers et du système de justice. Il a attaqué les fondements mêmes du système et la confiance que les gens doivent avoir dans le système de justice.»
Pour ces motifs, le ministère public réclame un peine de prison ferme de 12 mois à l'endroit de l'ex-policier Yves Blais qui a reconnu sa culpabilité à des accusations de fraudes au montant de 51 500$ mais aussi à deux autres chefs d'entrave à la justice.
Sur sentence, l'accusé de 55 ans est venu imputer ses déboires financiers et ses écarts de conduite à sa condition de joueur compulsif qui, depuis l'ouverture du Casino du lac Leamy, a englouti entre 250 000$ et 500 000$ dans le machines à sous de l'établissement de jeu.
«Je ne souhaite pas à personne de devenir un joueur compulsif. C'est dur à expliquer quand on ne sait pas ce que c'est», a dit Yves Blais qui travaille maintenant comme chauffeur de taxi et qui ajoute que par définition, les joueurs compulsifs deviennent des manipulateurs prêts à tout pour assouvir leur dépendance.
L'ex-agent de la SQ et de la Police de Gatineau y est allé d'une charge contre les méthodes utilisées par le casino pour encourager des joueurs comme lui à s'enliser encore davantage avec des promotions comme la carte client privilégié ou encore VIP.
Une des victimes de M. Blais, Gordon Lamb qui a perdu 10 000$, n'a pas mâché ses mots en parlant de l'accusé. «C'est de la bullshit. Ce gars-là c'est un manipulateur», a déclaré au Droit M. Lamb.
Du montant fraudé, Yves Blais a, à ce jour, remboursé la somme de 27 500 $ même si, comme l'a souligné son procureur, Me Luc Carbonneau, son client n'avait aucune obligation légale puisque les victimes des fraudes ont été incluses parmi les créanciers identifiés de la faillite de l'accusé en juillet 2004.
Toutes les victimes des fraudes connaissaient Yves Blais et son statut de policier et, à ce titre comme l'a souligné le procureur de la Couronne, Me Claude Doire, ont «fait confiance à l'uniforme» lorsque l'accusé leur promettait des rendements importants moyennant un investissement dans l'achat de matériel provenant d'entreprises ayant fait faillite.
Le montant(51 500 $) sur lequel se sont entendues les parties est beaucoup moindre que les sommes qui avaient été mentionnées au départ puisque, selon la défense, les victimes ne sont pas en mesure de se rappeler les chiffres exacts.
Me Carbonneau souligne d'ailleurs que quelques-unes des victimes ont réalisé des profits mais là encore sans qu'elles soient précises sur l'étendue de ces mêmes gains.
La défense comme la poursuite ont par ailleurs précisé que les deux accusations d'entrave à la justice auxquelles M. Blais a plaidé coupable, représentaient un "geste déshonorant" qui est venu entacher l'image de la justice, a admis Me Carbonneau.
À deux reprises, en 1993 et en 1994, Yves Blais a reconnu avoir obtenu de l'argent(2 500 $ et 3 000 $) de deux individus accusés de conduite avec facultés affaiblies à qui le policier avait promis de faire disparaître leur dossier, ce qui ne s'est jamais concrétisé. Fait à noter, Yves Blais a depuis remboursé la presque totalité des montants impliqués
Tout en reconnaissant que la peine suggérée par son collègue en poursuite n'avait pas de caractère déraisonnable, Me Carbonneau a plaidé en faveur d'une emprisonnement dans la communauté envers un individu qui s'est repris en main, qui ne joue plus et qui veut rembourser la totalité des pertes encourues par les victimes.
Le juge Valmont Beaulieu rendra sa décision le 23 janvier 2009.