«La preuve est solide pour la décriminalisation. Ça fait des décennies que la recherche a démontré que nos lois actuelles favorisent la violence faite aux travailleuses du sexe», souligne Frédérique Chabot, porte-parole de POWER, un organisme regroupant d'actuelles et d'anciennes travailleuses du sexe de la région.

La Cour suprême se penchera jeudi sur la validité des lois sur la prostitution

Des organismes représentant les travailleuses du sexe tentent de mobiliser la population canadienne alors que la Cour suprême du Canada se penchera sur les lois touchant la prostitution, la semaine prochaine.
Des activités de sensibilisation ont été organisées dans six villes du pays, samedi, y compris à Ottawa.
«On a décidé de tenir une séance d'information pour que la communauté puisse venir chercher le plus de détails possible sur ce qui va se passer à la Cour suprême, explique Frédérique Chabot, porte-parole de POWER, un organisme regroupant d'actuelles et d'anciennes travailleuses du sexe de la région.
Les juges de la Cour suprême entendront jeudi les arguments des défenseurs de la décriminalisation de la prostitution et ceux du gouvernement fédéral qui souhaite conserver les lois actuelles.
Cette dernière étape judiciaire est le point final d'un long processus entamé en 2009.
La Cour supérieure de l'Ontario avait invalidé trois articles du Code criminel qui traitent de la prostitution. Les trois articles en question concernent les maisons de débauche, l'interdiction de vivre du fruit de la prostitution et la sollicitation. La juge de la Cour supérieure a statué que ces articles violaient les droits à la liberté et à la sécurité accordés par la Charte canadienne des droits et libertés.
Les torts causés aux travailleurs et travailleuses du sexe par l'application de ces lois dépassent largement ceux causés à la collectivité, a estimé la cour de première instance. Le gouvernement canadien ne l'a pas vue ainsi et a contesté la décision jusqu'en Cour suprême.
Pour Mme Chabot, il est primordial que la Cour suprême confirme le jugement de la Cour supérieure de l'Ontario afin d'assurer la sécurité des travailleurs du sexe.
«La preuve est solide pour la décriminalisation, soutient-elle. Ça fait des décennies que la recherche a démontré que nos lois actuelles favorisent la violence faite aux travailleuses du sexe.»
D'autres pays ont déjà décriminalisé la prostitution avec succès, soutient la militante, qui donne l'exemple de la Nouvelle-Zélande.
«Ça fait 10 ans que cela a été décriminalisé. Plusieurs rapports ont démontré qu'il n'y a pas eu d'augmentation du nombre de travailleuses du sexe, ni sur la rue, ni  dans les maisons closes. On a aussi rapporté une diminution petite, mais stable de la violence. Et de plus en plus d'entre elles rapportent la violence qu'elles subissent, soit à la police ou à des organismes.»
La décision du plus haut tribunal du pays devrait être connue d'ici six à neuf mois.