La violence conjugale est une affaire de pouvoir et de mainmise sur l’autre, selon la présidente de l’organisme Action ontarienne contre la violence faite aux femmes, Anne Jutras.

Violence conjugale: un organisme ontarien veut revoir le système judiciaire

Le système judiciaire doit être complètement revu et corrigé pour assurer la sécurité des femmes victimes de violence conjugale, plaide un des principaux organismes de défense des femmes de l’Ontario.

Cette large recommandation est au coeur d’un récent rapport publié par l’Action ontarienne contre la violence faite aux femmes (AOcVF).

Ce rapport, qui compte 13 recommandations, doit servir de pilier dans les représentations de l’organisme auprès des gouvernements et des représentants du système judiciaire. Il a été rédigé à la suite du premier colloque provincial sur le droit de la famille et la violence conjugale organisé en octobre dernier.

«Lorsqu’une femme se rend au tribunal pour témoigner de la violence qu’elle subit, on demande sans cesse de lui fournir des preuves, mentionne la présidente de l’AOcVF, Anne Jutras. On craint toujours, dans le système, que de fausses accusations envers le conjoint violent soient déposées. Or, c’est extrêmement rare que cela se produise. Les mécanismes judiciaires placent la femme dans une situation de précarité.»

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La violence conjugale est une affaire de pouvoir et de mainmise sur l’autre, rappelle la présidente de l’organisme.

«Notre analyse concerne la problématique créée par une société qui vit dans un patriarcat, dit-elle. Le pouvoir appartient à ceux qui ont les privilèges. Les hommes blancs anglophones en Ontario. C’est comme cela qu’ils (les hommes violents) exercent le pouvoir sur les femmes, dans 98% des cas. C’est certain qu’il y a des situations particulières (couples gais ou issus de la communauté LGBT). Encore là, c’est une question de pouvoir, le contrôle coercitif. »

L’AOcVF souligne tout de même certains progrès au niveau fédéral. En juillet, Ottawa doit adopter des modifications à la Loi sur le divorce. L’organisme est satisfait que le législateur ait enfin inclus une définition de la violence conjugale du texte.

Les autres recommandations que mettra de l’avant l’AOcVF sur la place publique concernent l’amélioration de la formation des professionnels de la justice (avocats et juges) et d’autres intervenants sociaux, la création d’un groupe de travail provincial sur la violence conjugale, une meilleure définition de l’intérêt des enfants, une communication plus efficace entre les tribunaux impliqués auprès d’une même famille, l’amélioration à l’aide juridique en français, l’écoute accrue des enfants dans les dossiers judiciarisés, une utilisation plus fréquente de la Charte canadienne des droits des victimes (adoptée en 2005), une plus grande utilisation du savoir-faire des intervenantes en centre d’hébergement pour femmes, davantage de campagnes de prévention et un meilleur accès aux services de base chez les femmes vulnérables (logement abordable, nourriture et ressources pour elles et les enfants vulnérables).