En Ontario, les femmes francophones victimes de violence conjugale sortent à peine d’un cycle infernal qu’elles doivent surmonter une autre épreuve.

Violence conjugale et droit familial: des Franco-Ontariennes isolées

Il est encore plus compliqué d’être francophone en Ontario lorsqu’on est une femme victime de violence conjugale en instance de séparation, et de surcroît en milieu isolé. Dans l’urgence de la séparation d’un homme violent, vient le paradoxe de la lenteur des tribunaux familiaux surchargés, et de l’indisponibilité des services dans la langue de Molière.

En Ontario, les femmes francophones victimes de violence conjugale sortent à peine d’un cycle infernal qu’elles doivent surmonter une autre épreuve.

Déménager, côtoyer malgré soi un ex-conjoint ténébreux, et enfin trouver un avocat en droit familial qui saura la représenter devant le juge.

Le divorce est compliqué pour tous. Il le devient davantage lorsqu’on doit se résigner à le faire dans une langue qui n’est pas la sienne.

Selon Anne Jutras, de l’Action ontarienne contre la violence faite aux femmes (AOCVF), il est grand temps que les intervenants de partout en province se réunissent pour faire le plein de solutions et d’idées.

Le premier colloque provincial sur le droit de la famille et la violence conjugale aura lieu au Centre Shaw les 8 et 9 octobre. Il réunira des panélistes originaires de la grande région d’Ottawa, et d’ailleurs en province. L’organisation espère recevoir 150 participants.

« C’est aussi une occasion pour les travailleurs du domaine de se réunir. Nous sommes souvent isolés dans nos pratiques, précise Mme Jutras. Ceux et celles qui pratiquent dans des régions éloignées peuvent en témoigner. »

À la fin de ce colloque, les organisateurs veulent remettre un rapport aux bailleurs de fonds et aux élus de tous les gouvernements.

Quand c’est compliqué...

« Je donne l’exemple d’une femme de la région de Prescott qui veut une avocate francophone pour la représenter au tribunal familial. Déjà, elle doit faire 70 km pour aller en chercher une à Ottawa, parce qu’il y a un manque évident de ressources en région. Lorsqu’il y en a, les ressources en ont plein les bras. Alors, imaginez une femme dans cette situation à Timmins, Thunder Bay ou Toronto, où les ressources en français sont encore plus rares que dans l’Est ontarien. »

À ce stress et ces étapes judiciaires complexes, s’ajoute parfois un procès au criminel dans lequel la femme doit témoigner comme victime de son ex.

« Ajoutez des enfants dans tout cela, dit Mme Jutras. Imaginez maintenant une femme immigrante dont la deuxième langue est le français, mais qui ne parle pas anglais. Il manque de ressource en français. Alors pour aller plus vite – puisque leur situation est urgente – elles vont “accepter” le seul service disponible, en anglais. Elle ne peut pas tout comprendre ce qui se passe dans son propre dossier. »

Ce problème en ajoute un autre, précise Mme Jutras.

« Des femmes qui ne peuvent être représentées en français vont se représenter seules devant le juge en matière familiale. Cela rend la chose encore plus compliquée pour tout le monde. Les étapes judiciaires, le manque de connaissances en droit... Ça met la patience du juge et de la partie adverse à rude épreuve. Et ce n’est pas toujours à l’avantage celle qui se représente sans avocat. »