Photo de l'accident de Gabrielle*, qui a eu lieu dans le quartier Charny à Lévis, le 16 juillet 2016

Une vie bouleversée par un chauffard colérique

— «Si j’avais pu prendre ton mal, je l’aurais pris. J’aurais jamais voulu que tu aies ça.» — «Je le sais, je le sais.» — «Je m’excuse sincèrement.» — «Excuses acceptées.»

Maurice Savard, 45 ans, de Québec, sait qu’il a bouleversé à jamais la vie de Gabrielle*, 19 ans.

Au matin de 16 juillet 2016, Savard vient chercher Gabrielle et une copine à Charlesbourg pour les conduire sur la Rive-Sud de Québec.

Le conducteur a bu; une bouteille de bière trône toujours dans le porte-gobelet. Il est fâché et hausse le ton.

Rendu dans le quartier Charny à Lévis, Savard conduit brusquement, en malmenant son frein à main. Il omet les arrêts obligatoires et va rouler jusqu’à 84 km/h dans un paisible quartier résidentiel. «Momo, tu roules tout croche, veux-tu que je prenne le volant?» s’énerve Gabrielle.

Arrivé à l’intersection de la rue du Maréchal-Joffre et des Belles-Amours, Maurice Savard négocie son virage beaucoup trop rapidement.

Il doit soudainement éviter un père qui traverse la rue avec son petit garçon et un couple de personnes âgées qui marchent en se tenant par la main.

Le conducteur perd la maîtrise de son véhicule Chrysler PT Cruiser et fonce violemment contre un arbre.

À l’arrivée des secouristes, Maurice Savard et sa passagère avant, Gabrielle, sont inconscients.

La jeune fille blonde de 18 ans sera plongée dans un coma médical durant plusieurs jours. En plus d’un traumatisme crânien sévère, elle a subi des fractures à la hanche, aux vertèbres du cou, aux côtes et au bassin. 

Elle sera hospitalisée un mois et vivra deux mois en centre de réadaptation.

Douleur, cicatrices et tristesse

Deux ans après l’accident, Gabrielle fait encore de la réadaptation un jour sur deux. Son corps porte les cicatrices de ses blessures au cou, au bras, à la main et à la jambe.

Celle qui marchait plusieurs kilomètres par jour avant l’accident ne sait pas quand et si elle pourra intégrer le marché du travail.

En raison de son traumatisme crânien, la jeune fille a de fréquentes sautes d’humeur. Elle doit tout écrire pour ne pas oublier.

En plus de la douleur, Gabrielle vit beaucoup de stress et de tristesse. «Je suis tannée de ne pas pouvoir faire ce que j’ai envie», écrit-elle.

Elle choisit soigneusement les gens avec qui elle embarque en voiture. À au moins quatre reprises depuis l’accident, elle a demandé à descendre, car elle était mal à l’aise.

La mère de Gabrielle ne veut plus jamais être en contact avec Maurice Savard, cet homme qui, dit-elle, a détruit la vie et le futur de sa fille.

Son enfant qui «avait tout pour réussir et doit maintenant combattre au quotidien», résumera sa mère dans un témoignage écrit déposé à la cour.

Conciliation

Après plusieurs séances de conciliation, un processus encore peu répandu en chambre criminelle à la Cour du Québec, Maurice Savard a choisi de plaider coupable devant le juge Jean Asselin aux accusations de conduite dangereuse ayant causé des lésions corporelles et de conduite avec les capacités affaiblies par l’alcool.

L’individu, qui a plusieurs antécédents criminels, a été condamné à une peine de 30 mois de pénitencier — de laquelle il reste environ 19 mois à purger — ainsi qu’à une interdiction de conduire de trois ans.

* Nom fictif