Une femme refuse de témoigner contre son ancien souteneur accusé de traite de personne parce qu’elle craint de « finir dans un fossé » et de payer de sa vie cet ultime affront judiciaire.

Une victime de traite de personne refuse de témoigner: «Je vais finir dans un fossé»

Une femme refuse de témoigner contre son ancien souteneur accusé de traite de personne parce qu’elle craint de « finir dans un fossé » et de payer de sa vie cet ultime affront judiciaire.

Le procès de Junniko Lavert Beals, 22 ans, a débuté jeudi au palais de justice de Gatineau. Originaire d’une région marquée par la violence et le crime de la Nouvelle-Écosse, le suspect a été arrêté l’automne dernier dans le Plateau, à Gatineau.

Sa victime alléguée s’est réfugiée chez un voisin après avoir été battue, menacée et volée. Selon la police de Gatineau, elle dansait dans les bars de la région et devait donner tous ses revenus à M. Beals, aujourd’hui accusé de traite de personne.

Tout était en place jeudi matin, alors que le juge Gaston Paul Langevin s’apprêtait à écouter l’enregistrement de l’entrevue de la victime au poste de police de Gatineau.

La femme devait témoigner de vive voix après l’audition de cet enregistrement. Résidant à l’extérieur de l’Outaouais, elle assistait à l’audience de jeudi, par vidéo.

« Je ne veux pas témoigner, a-t-elle lancé. Je veux laisser cela derrière moi. »

« Avez-vous peur de quelque chose, madame ? », a posé le juge. « Non », a répondu faiblement la femme éprouvée.

Crainte

L’absence de témoignage de la victime risque de faire dérailler l’affaire, forcer le tribunal à abandonner les procédures et ainsi libérer le suspect.

Mais l’entrevue enregistrée cet automne, au poste de police, conserve sa valeur devant le tribunal. La victime, assermentée, avait juré de dire la vérité. La Couronne a quand même une preuve.

Le juge Langevin a précisé que la témoin n’avait pas le choix d’écouter son entrevue, car elle pouvait être interrogée ou contre-interrogée par les procureurs au dossier.

« Je ne veux pas regarder cela, a-t-elle répété. J’ai un traumatisme, je ne me sens pas confortable. C’est mauvais pour ma santé mentale. »

Le juge a réfléchi à voix haute. « J’ai peur que la santé mentale soit une ‘excuse’, parce que vous avez peur de quelque chose (...) Je sens qu’il y a autre chose. »

Le tribunal a finalement accepté de libérer la femme, mais lui a ordonné d’être présente (par lien vidéo) pour la suite du procès à la mi-mars.

« Vous allez me trouver dans un fossé. Je ne veux pas être ici », a affirmé la victime.

LTF

Junniko Lavert Beals apparaît dans des vidéos de rap sur You Tube. Il arbore fièrement une arme de poing, vante son mode de vie et fait la promotion de son gang « Loyal To The Family (LTF) », bien connu dans les environs de North Preston, en Nouvelle-Écosse.

Détenu pendant les procédures, il a plaidé non coupable aux accusations de traite de personne, de non-respect de condition du tribunal, et de possession de biens criminellement obtenus.