Une main tremblante dans un gant d'hiver

Main tremblante recouverte d'un épais gant d'hiver, Shakti Ramsurrun a sonné une cloche dans l'esprit du commerçant d'Aylmer qui lui a vendu des cigarettes, quelques heures après le triple meurtre de son ex-conjointe et des deux parents de celle-ci.
Le procès de cet homme de 33 ans, originaire de l'île Maurice, se poursuit au palais de justice de Gatineau. M. Ramsurrun est accusé des meurtres prémédités d'Anne-Katherine Powers, qui avait 21 ans le jour de sa mort, le 23 mai 2012, de sa mère Louise Leboeuf, et de Claude Lévesque, le conjoint de cette dernière.
Le lendemain de ce triple meurtre allégué, le 24 mai 2012, le suspect s'est rendu au dépanneur Deschênes, sur le boulevard de Lucerne, à Gatineau.
Il y a acheté un paquet de cigarettes, vers 7 h 20, a témoigné vendredi le propriétaire de l'endroit, Chadi Kassem, lors du procès.
Dans une série d'images vidéo tirée des caméras de surveillance du commerce, le jury a pu voir M. Ramsurrun se présenter à la caisse, derrière laquelle se trouvait M. Kassem.
Le client suspect portait un gant d'hiver à la main droite, et tenait le gant gauche sous son autre bras.
« J'ai trouvé cela bizarre, se souvient le témoin. Il faisait 20 ou 25 degrés, ce jour-là. »
Pansements 
Plus tôt dans le procès, la Couronne a montré des photos du gant, saisi après l'arrestation de Shakti Ramsurrun. Un gros plan montre des pansements tachés de sang, collés à l'intérieur des gants foncés qui, selon la poursuite, sont les mêmes.
Le tueur présumé aurait ainsi voulu cacher les blessures qu'il se serait infligées en agressant ses victimes alléguées avec une arme blanche.
M. Ramsurrun était un habitué du dépanneur, depuis son arrivée au Canada, cinq mois auparavant. Il s'y rendait « deux ou trois fois par semaine » pour acheter des cigarettes.
« Cette journée-là (du 24 mai 2012) sa main tremblait quand je lui donnais sa monnaie, a dit le commerçant. L'expression dans son visage était 'dérangée'. Quelque chose n'allait pas, mais je ne pouvais pas savoir... »
Le lendemain, M. Kassem a vu le visage de Shakti Ramsurrun dans les médias. Arrêté, il devait comparaître pour le triple meurtre. « J'ai tout de suite appelé la police. »
L'avocat du suspect, Me Richard Dubé, a souligné, en parlant avec le témoin, que M. Ramsurrun « n'était pas dans son état normal ».
Le Droit et Radio-Canada ont obtenu, vendredi, copie des images tirées des caméras de surveillance, le 24 mai 2012.
Des comportements inquiétants avant le drame
La famille aux prises avec Shakti Ramsurrun se serait inquiétée du choc culturel et du comportement de ce dernier, avant que le pire survienne, en mai 2012, à Gatineau.
« (Shakti Ramsurrun) «avait un problème d'adaptation, à cause du choc culturel», a proposé l'avocat de la défense, Me Richard Dubé, lors du contre-interrogatoire de Belinda Forcee, une amie du couple de Claude Lévesque et de Louise Leboeuf.
Cette partie de l'histoire a été abordée vendredi, lors du procès de l'accusé de 33 ans, originaire de l'île Maurice.
M. Ramsurrun a rejoint la mère de son fils, Anne-Katherine Powers, au début de 2012. Le jeune couple résidait chez les parents de Mme Powers, Claude Lévesque et Louise Leboeuf, dans le secteur Aylmer.
Inquiète
Une autre témoin, Virginie Lamaute, a rapporté au jury les confidences de son amie Anne-Katherine, à son retour de l'île Maurice.
En août 2011, la famille préparait l'arrivée du nouveau papa au Canada. La mère et l'enfant étaient déjà revenus au pays.
«(Anne-Katherine) m'a dit que, là-bas, elle avait eu des menaces. Que si elle ne mangeait pas cinq choses qui se trouvaient dans la poubelle, (Ramsurrun) il allait tuer sa mère (Mme Leboeuf, qui s'était rendue à l'île Maurice pour apporter son aide après l'accouchement) avec un couteau.»
Toujours à l'île Maurice, le jeune homme, ivre, serait déjà parti en voiture avec le bébé.
À Gatineau, Mme Powers et sa famille auraient entamé les procédures pour faire venir M. Ramsurrun, en septembre ou en octobre 2011, car la jeune mère souhaitait que l'enfant connaisse son père.
Au printemps 2012, le couple s'est séparé, et le jeune homme a été sommé de quitter la résidence du secteur Aylmer. Mme Powers, M. Lévesque et Mme Leboeuf ont été trouvés morts le 24 mai de la même année.