La traite de personnes est perpétrée à la fois par des réseaux criminels organisés et des individus qui n’ont pas de liens avec eux. Au Canada, elle est axée principalement sur l’exploitation sexuelle.

Une jeune femme de 18 ans libérée de ses deux présumés proxénètes

Des patrouilleurs de la police de Québec ont libéré une femme de 18 ans de deux présumés proxénètes, le matin du jour de l’An, dans un hôtel de Québec.

«Quand on parle de traite de personne à des fins d’exploitation sexuelle, c’est quand une personne est forcée de le faire par des violences ou des menaces», explique Cyndi Paré, porte-parole du Service de police de la Ville de Québec (SPVQ). 

Le ministère de la Justice du Canada décrit la traite de personnes comme «une forme moderne d’esclavage».

Dans ce cas présumé, les faits remontent à la matinée du 1er janvier. Vers 10h35, un individu que la police préfère ne pas identifier a appelé le 9-1-1 «pour une personne qui semblait en détresse» dans un hôtel de Sainte-Foy, indique Mme Paré.

Sur place, les policiers ont arrêté l’homme de 24 ans et la femme de 21 ans pour proxénétisme et pour traite de personne, ainsi que pour avoir proféré des menaces, complot de vol et bris d’engagement.

Les deux suspects ont été détenus et rencontrés par les enquêteurs de l’unité d’exploitation sexuelle des mineurs du module des crimes majeurs du SPVQ. Ils pourraient comparaître jeudi au palais de justice de Québec. 

La victime et les deux individus arrêtés ne résident pas dans la ville de Québec, mais dans une autre ville de la province. 

La SPVQ tente de vérifier si les présumés proxénètes auraient fait d’autres victimes et poursuit son enquête. 

Forte hausse

Les cas de traite de personnes — aussi appelé «trafic de personne» ou «traite des êtres humains» — sont en forte hausse au pays, selon la plus récente étude de Statistique Canada sur le sujet. 

En 2016, le taux de traite de personne pour 100 000 habitants a été presque huit fois plus élevé qu’en 2009. Durant ces huit années, les corps policiers canadiens ont déclaré 1099 infractions de traite de personnes. 

Statistique Canada estime que cette augmentation est attribuable à une croissance réelle du nombre de cas de traite de personne, mais aussi à la formation ou l’affectation de ressources supplémentaires aux enquêtes sur la traite des personnes. 

La création de nouveaux paragraphes du Code criminel qui permettent à la police de mieux déclarer et classer ces infractions pourrait aussi avoir eu un impact sur la hausse.

Au Canada, l’Ontario enregistre les deux tiers des infractions de traite de personne, mais le Québec n’est pas en reste, avec plus de 14 %. Les villes de Toronto, Ottawa et Montréal regroupent à elles seules la moitié des infractions. 

«Conditions horribles»

Dans son Plan d’action national de lutte contre la traite de personnes, le ministère fédéral de la Justice relève qu’au Canada, les victimes de ce crime sont le plus souvent des femmes et des enfants, autant d’origine canadienne qu’étrangère.

Pour «le bénéfice direct de ceux qui profitent d’elles», les victimes «sont privées de leur vie normale et sont forcées de fournir travail et services sexuels», souligne le ministère de la Justice. 

La coercition s’exerce de plusieurs façons : intimidation, usage de la force, agression sexuelle, menace de violences contre les victimes ou leur famille.

En 2013 , la Cour d’appel avait décrit en ces termes le comportement du montréalais Juan Pablo Urizar — reconnu coupable de traite de personne — envers sa victime : «Il lui déclare qu’il a tous les droits sur elle, qu’elle lui appartient, qu’il peut faire n’importe quoi avec elle. Il se montre de plus en plus violent avec elle aux plans physique et verbal. Il menace de la tuer. Et il lui dit que si elle le dénonce à la police, il trouvera facilement, pour quelques bouts de crack, un tueur à gages pour la tuer. Il lui disait que si elle se sauvait, il finirait bien par la retrouver et qu’il la poignarderait.»

Selon le ministère de la Justice, les victimes souffrent d’abus émotionnel ou physique et doivent souvent vivre et travailler «dans des conditions horribles». Et si elles essaient de se sauver de leurs exploiteurs, elles le font parfois au péril de leur vie. Les «tentatives d’évasion peuvent avoir des conséquences fatales», indique le ministère. 

La traite de personnes est perpétrée à la fois par des réseaux criminels organisés et des individus qui n’ont pas de liens avec eux. Au Canada, elle est axée principalement sur l’exploitation sexuelle, mais il peut s’agir aussi de travail forcé.

Traite de personnes › «La traite de personnes implique de recruter, de transporter et de loger des personnes ou d’exercer un contrôle ou une influence sur leurs mouvements afin de les exploiter, généralement à des fins sexuelles ou de travail forcé.» 

Source : Ministère de la Justice du Canada

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EN CHIFFRES

  • 865

Victimes de la traite des personnes au Canada de 2009 à 2016

  • 95 %

Des victimes sont des femmes

  • 72 %

Des victimes de la traite des personnes ont moins de 25 ans 

  • 1099

Dossiers de traite de personnes au Canada de 2009 à 2016

  • 149

Dossiers de traite de personnes au Québec de 2009 à 2016


Source : Statistique Canada