Le procureur de la Colombie-Britannique, David Eby, espère qu’une enquête sur le blanchiment d’argent permettra de savoir comment cette activité criminelle a prospéré dans la province et d’identifier ceux qui l’ont permis.

Une enquête sur le blanchiment d’argent s’amorce en Colombie-Britannique

VANCOUVER - Le procureur de la Colombie-Britannique, David Eby, espère qu’une enquête sur le blanchiment d’argent permettra de savoir comment cette activité criminelle a prospéré dans la province et d’identifier ceux qui l’ont permis.

Le gouvernement néo-démocrate a commandé trois rapports qui ont révélé que les secteurs des jeux de hasard, de l’immobilier et des voitures de luxe attiraient l’argent sale. M. Eby croit qu’une enquête permettrait d’en savoir plus long en obligeant les témoins à parler.

«Il y a un certain nombre de personne, dont je fais partie, qui ne savent toujours pas comment la situation est devenue si mauvaise. Plusieurs questions sont sans réponse: quels avertissements ont été ignorés? Qui profitait de ce système? Comme cela fonctionnait-il? Quelles sont les étapes que doit prendre le gouvernement?», dit M. Eby.

Les audiences de l’enquête menée par le commissaire Austin Cullen commencent lundi. Une douzaine de participants, dont le gouvernement fédéral, la société des loteries de la province et l’Association immobilière de la Colombie-Britannique feront alors des présentations.

L’enquête se poursuivra en mai lorsqu’un aperçu du blanchiment d’argent en Colombie-Britannique sera placé sous la loupe des enquêteurs. Les principales audiences se dérouleront de septembre à décembre. On y examinera des secteurs spécifiques et les interventions gouvernementales.

Le gouvernement néo-démocrate a apporté plusieurs changements depuis son arrivée au pouvoir en 2017, notamment la création d’un registre public des propriétaires fonciers afin que ceux qui investissent dans l’immobilier ne puissent pas se cacher derrière des entreprises à numéro. Il a également pressé le gouvernement fédéral d’agir.

L’enquête aura-t-elle aussi un enjeu politique? Les prochaines élections provinciales en Colombie-Britannique se dérouleront l’an prochain. Les rapports dévoilés par l’actuel gouvernement ont reproché aux libéraux au pouvoir de 2009 à 2015 d’avoir laissé le blanchiment d’argent prospérer dans la province.

M. Eby soutient que la plupart des électeurs savent déjà que le gouvernement libéral précédent a, au mieux, fermé les yeux sur le phénomène.

«Il y a une sorte de sentiment général que quelque chose s’est très mal passé au gouvernement, mais les personnes qui ont pris les décisions, celles qui ont été impliquées, n’ont pas vraiment été tenues pour responsables», déplore le procureur général.

Les libéraux provinciaux n’étaient pas disponibles pour commenter, mais le chef Andrew Wilkinson a déjà dit que c’est le gouvernement précédent qui avait lancé un plan pour contenir le blanchiment, mais les criminels ont trouvé des façons de le contrer.

Selon M. Eby, le gouvernement fédéral a bien progressé sur certains fronts, notamment en réécrivant certaines sections du Code criminel pour faciliter les poursuites en matière de blanchiment d’argent et en améliorant le partage d’informations du Centre d’analyse des transactions et déclarations financières du Canada.

«Mais à d’autres égards, j’ai été incroyablement déçu de la réponse du gouvernement fédéral», dit-il, reconnaissant qu’Ottawa a annoncé une augmentation du financement de la lutte contre le blanchiment d’argent.

«Cet argent, bien qu’il ait été annoncé il y a de nombreux mois, n’est pas parvenu de quelque façon que ce soit dans la province.»

Le cabinet du ministre fédéral de la Sécurité publique, Bill Blair, relate que le gouvernement conservateur précédent avait coupé un demi-million de dollars dans le budget de la GRC, ce qui avait entraîné la suppression des 12 unités enquêtant sur les produits de la criminalité.

En revanche, le gouvernement libéral a affecté plus de 172 millions $ dans le budget 2019 à la GRC, à l’Agence du revenu et au Centre d’analyse. Il aussi annoncé la création prochaine d’une équipe d’application de la loi et d’un centre d’excellence.

«Notre gouvernement reste ferme: les criminels ne devraient pas pouvoir cacher leur argent au Canada», souligne le cabinet.

Les enquêtes publiques sont parfois critiquées comme trop coûteuses et trop longues, mais Simon Tremblay, ancien procureur de la Commission Charbonneau, soutient que l’enquête sur la corruption dans les contrats de construction publics était le meilleur investissement que le Québec ait jamais fait.

L’enquête a coûté 45 millions $, mais a permis à récupérer jusqu’à 150 millions $ de fonds publics et conduit à de nombreuses arrestations, relate-t-il.

«De toute évidence, le gouvernement doit s’assurer que les recommandations seront suivies. Mais en sachant un peu ce qui se passe dans votre province, cela va coûter très cher au parti politique au pouvoir d’ignorer les éventuelles recommandations du commissaire.»