Une coroner a déjà soulevé l’«absence apparente de collaboration» à la Résidence de l’Île

Sans avoir mené à des recommandations, l’investigation d’une coroner avait permis de déceler «l’absence apparente de collaboration» du personnel de la Résidence de l’Île – propriété du Groupe Katasa – après le décès d’un nonagénaire survenu en 2017. Cette entreprise gatinoise se retrouve aujourd’hui plongée dans une controverse après le décès de 31 résidents au Centre d’hébergement et de soins de longue durée (CHSLD) privé Herron, à Dorval.

Dans son rapport daté de juin 2019, la coroner Pascale Boulay revient sur les circonstances entourant le décès d’un homme de 94 ans, le 1er août 2017.

Me Boulay a conclu qu’il avait «probablement» succombé à une «arythmie maligne» et qu’il s’agissait d’une mort naturelle.

Le rapport de la coroner, dont Le Droit a obtenu copie, permet d’apprendre que l’homme était atteint de «démence sévère» et qu’il souffrait d’Alzheimer à un stade «avancé». À la demande du Centre intégré de santé et de services sociaux de l’Outaouais (CISSSO), il avait été admis en avril 2017 à la Résidence de l’Île, en attendant qu’une place se libère pour lui dans un CHSLD.

Le réseau public avait fait appel à l’agence OptiNursing pour «assurer la présence et la surveillance constante (24/7) d’un préposé aux bénéficiaires» auprès du nonagénaire, relate Me Boulay. Lorsqu’il a été trouvé inconscient, c’est une infirmière de la Résidence de l’Île qui a entamé des manœuvres de réanimation.

Groupe Katasa se retrouve aujourd’hui plongée dans une controverse après le décès de 31 résidents au Centre d’hébergement et de soins de longue durée (CHSLD) privé Herron, à Dorval.

Enquête policière

«J’ai demandé au Service de police de la Ville de Gatineau (SPVG) de mener une enquête policière pour m’aider à clarifier les circonstances du décès [...] en raison du peu d’informations fournies par le personnel de la Résidence et l’absence apparente de collaboration avec les premiers intervenants et le personnel médical au moment du constat du décès», écrit Me Boulay dans son rapport.

L’enquête policière avait notamment révélé qu’il n’y avait pas de défibrillateur sur place. Dans le cas du nonagénaire, il est toutefois «peu probable» qu’un tel appareil «aurait fait une différence vu son âge avancé et son cœur affaibli».

L’investigation de la coroner «ne donne pas lieu à des recommandations utiles pour la protection de la vie humaine». Elle aura toutefois permis d’établir que la Résidence de l’Île – où le CISSSO a envoyé le nonagénaire - «n’est pas adaptée pour un type de clientèle comme [lui]».

«Le CISSSO doit s’assurer ou prendre les mesures pour que les résidences privées accueillant leurs patients bénéficient de services sécuritaires adaptés à leurs conditions», note la coroner.

Dans son analyse du dossier, MBoulay souligne qu’«une meilleure collaboration du personnel sur place avec les ambulanciers et le personnel médical au moment du constat du décès aurait été souhaitable et aurait probablement évité une investigation du coroner dans ce dossier».

En août dernier, trois autres rapports d’investigation portant sur des décès d’aînés demeurant à la Résidence de l’Île ont été signés par des coroners, le Dr Paul G. Dionne et Me Francine Danais. Dans les trois cas, les coroners ont conclu à des décès accidentels et ont formulé des recommandations pour éviter la répétition de scénarios similaires.

Collaboration

Dans la foulée des décès survenus depuis le début de la pandémie au CHSLD privé Herron à Dorval, des visites ont été effectuées par le CISSSO dans les trois résidences appartenant au Groupe Katasa dans la région. Le CISSSO a indiqué, mardi, ne pas être inquiet pour les usagers demeurant à la Résidence de l’Île, au Village Riviera et à la résidence Le District. Alors que le premier ministre François Legault a évoqué samedi un manque de collaboration» de la part de l’entreprise basée à Gatineau, le CISSSO a indiqué, mardi, qu’il obtenait en ce moment «une excellente collaboration» du Groupe Katasa.